Lou Calestroupat
Au-delà du breuvage
Ce mémoire interroge le vin non comme simple boisson, mais comme un système symbolique, sensoriel et culturel, façonné par des siècles de gestes, d’objets, de récits et de rituels. Ancré dans un territoire précis — la région narbonnaise, marquée par l’héritage gallo-romain et la production antique d’amphores — il explore la manière dont le vin a longtemps articulé utilité, symbolique et formes matérielles, avant que la modernité technique ne tende à en neutraliser les surfaces, les gestes et la mémoire sensible. À travers une approche mêlant histoire, anthropologie et design, le mémoire met en lumière les tensions entre tradition et rationalisation contemporaine, et questionne la capacité du design à réinterpréter cet héritage sans le figer ni le réduire à un décor.
1/3 : Liturgie vinaire
︎ Novembre 2025
2/3 : Rejouer l’héritage
︎ Janvier 2026
3/3 : Entre parure et parerga
︎ Février 2026

François Desportes, Nature morte avec de l’argent, vers 1720.
Huile sur toile, 129 × 97 cm, musée du Louvre, Paris.
Huile sur toile, 129 × 97 cm, musée du Louvre, Paris.
Article 1
Liturgie vinaire
Repos, chorégraphie
et ornements
Au-delà de sa fonction alimentaire, le vin apparaît comme un médiateur social, religieux et poétique, profondément inscrit dans l’histoire des sociétés méditerranéennes. Des pratiques antiques aux usages contemporains, il s’accompagne de contenants “bavards” — amphores, jarres, cratères — dont l’ornement constitue un véritable langage, porteur de mythes, de rites et d’identités. L’attention portée au repos, à la lenteur et aux processus de vinification révèle une relation au temps fondée sur le soin et l’attente, où la matière participe activement à la construction du goût. L’observation de pratiques contemporaines, notamment au Domaine Lalaurie et sur le site archéologique Amphoralis, met toutefois en évidence une rupture : si la dégustation conserve encore des rituels visibles, la vinification actuelle, dominée par des contenants lisses et normés, tend à effacer la trace du geste et de la durée. Dans ce contexte, l’ornement n’est plus envisagé comme décor superflu, mais comme empreinte sensible du temps, du travail et de l’attention accordée au vin.
23 août 2025.
19h.
Je sors du caveau.
Le contraste de température me saisit.
Dehors, la canicule persiste.
Les rendements se heurtent désormais
à l’intensité du climat.
Nous espérons que l’hiver
ne sera pas aussi rude.
Chaque année,
des parcelles succombent,
prises entre la brûlure des chaleurs d’été
et les morsures du gel l’hiver.
Le plaisir que nous en tirons
porte aussi en lui son péril,
malheureusement.
Avant de verrouiller son accès,
j'hume instinctivement l’air de la cave.
J’affectionne ses notes épicées et boisées
qui viennent me picoter le palais.
Une effluve singulière,
sans équivalent.
Je pars,
longeant le Canal du Midi.
Dans la lumière qui s’adoucit,
je discerne les vendangeurs,
silhouettes penchées
qui emportent
les dernières grappes charnues.
J’approche de Narbonne.
Nostalgique,
j’aperçois au loin le domaine familial,
implanté en pleine campagne provinciale,
encerclé par la vigne.
J’y ai passé une enfance heureuse.
Mais aujourd’hui je poursuis mon chemin.
Je me dirige vers le carrefour
direction les routes des plages,
connu pour son immense amphore
dressée en son centre.
Je bifurque vers
Saint-Pierre-la-mer.
Dans mes pensées me revient
un retraité new-yorkais rencontré le matin.
Autrefois banquier,
il se plaisait à confronter
ses clients à la surprise.
Ils juraient reconnaître
un Château Cheval Blanc;
à leur stupeur,
ce n’était pas un cru prestigieux.
Il s’agissait en réalité d’une cuvée,
au millésime humble,
provenant du caveau de mon village.
L’expérience leur avait révélé une chose,
que l’essentiel
n’est pas toujours là où l’on croit.
L’illusion les avait troublés,
le dur labeur, sincère,
les avait séduits.
La route s’élève vers la garrigue.
Je descends la vitre.
Le soleil décline
derrière le Château de l’Hospitalet
et les rayons traversent la pinède.
Le camaïeu de vert épars,
les rangées de ceps
et les grillons s’accordent
à cette partition d’été.
J’atteins les reliefs du Massif de la Clape.
L’odeur du thym, du romarin,
de la lavande, des cistes,
relayée par celle iodée,
signale la proximité
avec la falaise.
Ensuite, le défilé;
les guinguettes,
les mouettes plongeantes,
les chalets
la mer
et l’eau qui se colore
en rose poudré.
Enfin, Gruissan.
Sous la pergola des salins,
je retrouve ma mère.
Nous avons quelque chose à célébrer.
Elle commande un Château La Voulte Gasparets.
Mon préféré.
19h.
Je sors du caveau.
Le contraste de température me saisit.
Dehors, la canicule persiste.
Les rendements se heurtent désormais
à l’intensité du climat.
Nous espérons que l’hiver
ne sera pas aussi rude.
Chaque année,
des parcelles succombent,
prises entre la brûlure des chaleurs d’été
et les morsures du gel l’hiver.
Le plaisir que nous en tirons
porte aussi en lui son péril,
malheureusement.
Avant de verrouiller son accès,
j'hume instinctivement l’air de la cave.
J’affectionne ses notes épicées et boisées
qui viennent me picoter le palais.
Une effluve singulière,
sans équivalent.
Je pars,
longeant le Canal du Midi.
Dans la lumière qui s’adoucit,
je discerne les vendangeurs,
silhouettes penchées
qui emportent
les dernières grappes charnues.
J’approche de Narbonne.
Nostalgique,
j’aperçois au loin le domaine familial,
implanté en pleine campagne provinciale,
encerclé par la vigne.
J’y ai passé une enfance heureuse.
Mais aujourd’hui je poursuis mon chemin.
Je me dirige vers le carrefour
direction les routes des plages,
connu pour son immense amphore
dressée en son centre.
Je bifurque vers
Saint-Pierre-la-mer.
Dans mes pensées me revient
un retraité new-yorkais rencontré le matin.
Autrefois banquier,
il se plaisait à confronter
ses clients à la surprise.
Ils juraient reconnaître
un Château Cheval Blanc;
à leur stupeur,
ce n’était pas un cru prestigieux.
Il s’agissait en réalité d’une cuvée,
au millésime humble,
provenant du caveau de mon village.
L’expérience leur avait révélé une chose,
que l’essentiel
n’est pas toujours là où l’on croit.
L’illusion les avait troublés,
le dur labeur, sincère,
les avait séduits.
La route s’élève vers la garrigue.
Je descends la vitre.
Le soleil décline
derrière le Château de l’Hospitalet
et les rayons traversent la pinède.
Le camaïeu de vert épars,
les rangées de ceps
et les grillons s’accordent
à cette partition d’été.
J’atteins les reliefs du Massif de la Clape.
L’odeur du thym, du romarin,
de la lavande, des cistes,
relayée par celle iodée,
signale la proximité
avec la falaise.
Ensuite, le défilé;
les guinguettes,
les mouettes plongeantes,
les chalets
la mer
et l’eau qui se colore
en rose poudré.
Enfin, Gruissan.
Sous la pergola des salins,
je retrouve ma mère.
Nous avons quelque chose à célébrer.
Elle commande un Château La Voulte Gasparets.
Mon préféré.
Originaire de Narbonne, une terre vitivinicole marquée par l’héritage antique︎1︎, je m’intéresse à la viniculture et à l'œnologie︎2︎, non pas seulement pour ses techniques, mais comme un système symbolique, sensoriel et culturel. Un ensemble de mythes, de savoir-faire et d’éloges qui ont traversé les siècles. Admiratrice de la portée spirituelle des objets et des gestes, mon intérêt ne porte pas sur le rapport direct avec le vin, mais plutôt toute sa dimension autour. Ce n’est pas seulement une boisson : c’est un patrimoine ancré, beau à voir — par ses paysages, ses vignes, ses couleurs, ses objets, ses rituels —, beau sur un plan symbolique et philosophique, il s’inscrit dans les mythes et les traditions religieuses, mais aussi beau à entendre — dans la richesse lexicale et la poésie qu’il inspire. À travers ce mémoire, je souhaite explorer les pratiques vinicoles de l’Antiquité et interroger leur influence sur notre rapport contemporain au vin. Les récipients gallo-romains, ces jarres de terre cuite autrefois objets de vinification de prestige, ont laissé place à des cuves aseptisées, réduisant le processus à une pure technique. Pourquoi, alors que la dégustation reste empreinte de rituels, l’acte de vinifier s’est-il progressivement dénudé de sa profondeur symbolique ? Ce questionnement oriente tout l’article : d’abord replacer le vin dans la longue durée; puis montrer que le repos est une opération révélatrice ; enfin, défendre l’ornement comme mémoire des gestes et langage des formes, contre la neutralité contemporaine.
︎1︎Narbonne fut la première colonie romaine en Gaule et devint une capitale commerciale majeure grâce à son port relié à la Méditerranée, qui facilitait l’exportation du vin vers tout l’Empire. Située au cœur d’un territoire viticole prospère, elle concentra la production, le stockage et le commerce des amphores, devenant un centre stratégique du commerce du vin antique.
︎2︎La viniculture désigne l’ensemble des activités liées à la production du vin, incluant la vinification, la conservation et la commercialisation. L’œnologie, pour sa part, est la science appliquée qui étudie les aspects physiologiques, chimiques, biologiques et sensoriels du vin — de la vendange à la dégustation. À distinguer de viticulture, qui s’arrête à la récolte, dont les étapes précédentes sont : choix du cépage et du porte-greffe, implantation, taille, palissage, gestion des sols et de la canopée, protection du vignoble, irrigation/fertilisation, suivi de maturité.
︎2︎La viniculture désigne l’ensemble des activités liées à la production du vin, incluant la vinification, la conservation et la commercialisation. L’œnologie, pour sa part, est la science appliquée qui étudie les aspects physiologiques, chimiques, biologiques et sensoriels du vin — de la vendange à la dégustation. À distinguer de viticulture, qui s’arrête à la récolte, dont les étapes précédentes sont : choix du cépage et du porte-greffe, implantation, taille, palissage, gestion des sols et de la canopée, protection du vignoble, irrigation/fertilisation, suivi de maturité.
1. Le vin, témoin des sociétés
Le vin et ses prémices : apprivoiser la vigne
Bien avant Homo sapiens, la vigne sauvage (Vitis vinifera subsp. sylvestris) court le pourtour méditerranéen. Les fermentations accidentelles, comme des grappes oubliées ou du jus macéré, ont sans doute précédé les premières intentions de créer du vin. Au Néolithique (v. -6000), la domestication de la vigne s’affirme dans le Caucase︎3︎ et le Levant︎4︎: pépins carbonisés, traces de pressoirs, diffusion des techniques. Le vin entre alors dans la triade céréales-olive-vigne, matrice d’une culture agraire et rituelle. Avec les Grecs et les Romains, la vigne gagne une maturité culturelle. Chez les Grecs, le vin et les objets se mettent en scène dans le symposium ︎5︎: boisson mêlée d’eau, instrument de convivialité, médiateur pour converser et philosopher. Chez les Romains, planter la vigne, c’est romaniser : les amphores circulent, marquées, standardisées, premières logistiques du goût à l’échelle de l’Empire. Mais aussi celles ornementées, avec les vases et autres contenants en tout genre, généralement présents dans les banquets étrusques︎6︎, riches en symboles, rappelant leurs liens avec l’histoire.
1. Anselm Feuerbach, Le Banquet de Platon, 1869.
Huile sur toile, Neue Pinakothek, Munich
2. Scène de banquet en plein air, 40–60 apr. J.-C.
Fresque romaine, Maison du Triclinium, Pompéi,
Musée archéologique national de Naples
Huile sur toile, Neue Pinakothek, Munich
2. Scène de banquet en plein air, 40–60 apr. J.-C.
Fresque romaine, Maison du Triclinium, Pompéi,
Musée archéologique national de Naples
︎3︎Le Caucase est une région montagneuse située entre la mer Noire et la mer Caspienne, couvrant principalement la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et le sud de la Russie, et incluant parfois des zones limitrophes de la Turquie et de l’Iran.
︎4︎Le Levant désigne la région du Proche-Orient située sur la côte orientale de la Méditerranée, englobant aujourd’hui principalement la Syrie, le Liban, Israël, la Jordanie et la Palestine.
︎5︎DARTHOU Sonia, La symbolique du vin en Grèce ancienne, Paris, Histoire antique et médiévale, 2009.
“Moment d’élévation intellectuelle, philosophique et poétique. Le vin est consommé mélangé à l’eau dans un krater, et il devient le vecteur d’un échange mesuré, censé conduire à la sagesse ou à l’ivresse maîtrisée (métis)”
︎6︎ Lié à la religion et à la mort : on festoie pour accompagner le défunt dans l’au-delà. Valeur sociale : il affirme le rang des familles et la cohésion du groupe. On y mange, boit, danse, joue de la musique. Atmosphère festive et inclusive.
Le vin et le divin
Le vin excède l’aliment : il médie entre humains et divins. Dionysos︎7︎en condense l’ambiguïté : mesure et ivresse, maîtrise et démesure. Les cultes dionysiaques, infusent les pratiques conviviales ; la pensée y voit un équilibre fragile entre corps et esprit︎8︎. Dans le christianisme, l’Eucharistie élève le vin au rang de signe (sang du Christ), transfigurant la matière en mystère et l’iconographie transpose ce lien : de la Dernière Cène︎9︎ jusqu’aux vanités du XVIIᵉ siècle︎10︎. Le vin devient symbole : synonyme d’élévation sociale, nectar sacré, métaphore du temps, vecteur de convivialité et de fête.
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Vitrail, Église Saint-Étienne-du-Mont,
Paris, 2025. Photographie personnelle.
Le vin excède l’aliment : il médie entre humains et divins. Dionysos︎7︎en condense l’ambiguïté : mesure et ivresse, maîtrise et démesure. Les cultes dionysiaques, infusent les pratiques conviviales ; la pensée y voit un équilibre fragile entre corps et esprit︎8︎. Dans le christianisme, l’Eucharistie élève le vin au rang de signe (sang du Christ), transfigurant la matière en mystère et l’iconographie transpose ce lien : de la Dernière Cène︎9︎ jusqu’aux vanités du XVIIᵉ siècle︎10︎. Le vin devient symbole : synonyme d’élévation sociale, nectar sacré, métaphore du temps, vecteur de convivialité et de fête.

Pietro da Cortona, Le Triomphe de Bacchus, vers 1630–1635, huile sur toile.
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Nicolas Poussin, Bacchanale devant un temple, vers 1630–1635, huile sur toile.

Nicolas Poussin, Bacchanale devant un temple, vers 1630–1635, huile sur toile.

Vitrail, Église Saint-Étienne-du-Mont,
Paris, 2025. Photographie personnelle.
︎7︎Dieu Grec du vin, de la fête et de la nature, Bacchus chez les Romains.
︎8︎DARTHOU Sonia, op. cit.
︎9︎Léonard de Vinci, La Cène, 1495-1498, fresque, église Santa Maria delle Grazie, Milan.
︎10︎Pieter Claesz, Nature morte avec coupe de römer, 1636, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris.
Le vin comme muse
Dans la modernité, le vin nourrit un motif dithyrambique. Baudelaire célèbre une ivresse fraternelle, « sociable, joyeuse, généreuse », opposée aux isolements d’autres paradis︎11︎, tout en gardant l’ambivalence de l’élévation et de la perte. Colette parle d’« illumination des papilles neuves », faisant du vin une mémoire liquide︎12︎ ; Brillat-Savarin en fait un professeur du goût, reliant terre, âme et société︎13︎. Mais cette poésie est aussi sociale : boisson populaire et alambic bourgeois se répondent, avec des codes différenciés de consommation et de distinction, sans abolir la capacité du vin à rassembler︎14︎. Des repas ouvriers aux tables de fête, le vin traverse les classes, réchauffe, rassure, libère la pudeur et la torpeur et son cristallin scelle les célébrations. C’est un art distinct qui exalte et fascine : robe, rotation du verre, nez, attaque, caudalie. Le lexique œnologique, parfois jugé obscur pour les non-initiés, traduit une finesse sensorielle et technique : cépage, moût, tanins, millésime, assemblage… Enfin, par le terroir, le vin devient paysage : collines languedociennes, murets de pierre sèche, terrasses au bord de l’eau, parcelles de villages pittoresques..Il signe une identité, particulièrement en France, où il participe à la fois au patrimoine matériel et immatériel, à cet “art de vivre” où l’on prend le temps de savourer.
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Dans la modernité, le vin nourrit un motif dithyrambique. Baudelaire célèbre une ivresse fraternelle, « sociable, joyeuse, généreuse », opposée aux isolements d’autres paradis︎11︎, tout en gardant l’ambivalence de l’élévation et de la perte. Colette parle d’« illumination des papilles neuves », faisant du vin une mémoire liquide︎12︎ ; Brillat-Savarin en fait un professeur du goût, reliant terre, âme et société︎13︎. Mais cette poésie est aussi sociale : boisson populaire et alambic bourgeois se répondent, avec des codes différenciés de consommation et de distinction, sans abolir la capacité du vin à rassembler︎14︎. Des repas ouvriers aux tables de fête, le vin traverse les classes, réchauffe, rassure, libère la pudeur et la torpeur et son cristallin scelle les célébrations. C’est un art distinct qui exalte et fascine : robe, rotation du verre, nez, attaque, caudalie. Le lexique œnologique, parfois jugé obscur pour les non-initiés, traduit une finesse sensorielle et technique : cépage, moût, tanins, millésime, assemblage… Enfin, par le terroir, le vin devient paysage : collines languedociennes, murets de pierre sèche, terrasses au bord de l’eau, parcelles de villages pittoresques..Il signe une identité, particulièrement en France, où il participe à la fois au patrimoine matériel et immatériel, à cet “art de vivre” où l’on prend le temps de savourer.

Auguste Renoir, Le Déjeuner des canotiers, 1881. Huile sur toile, 130 × 175 cm,
The Phillips Collection, Washington D.C.
The Phillips Collection, Washington D.C.
Luca Moglia, Langhe, Italie, 2013. Photographie (série)
︎11︎BAUDELAIRE Charles, Du vin
et du haschich, Paris, Mille et une nuits, 2020.
︎12︎COLETTE, Prisons et paradis, Paris, Babelio, 2004.
︎13︎BRILLAT-SAVARIN Jean Anthelme, Physiologie du goût, Paris, Flammarion,
coll. « Champs classiques », 2017 [1826].
︎14︎PIVOT Bernard, Dictionnaire amoureux
du vin, Paris, Plon/Flammarion, 2021.
2. La subtilité du repos
Domaine Lalaurie, Ouveillan, Août 2025
Durant plusieurs étés, j’ai travaillé au Domaine Lalaurie, au nord de la région narbonnaise. Cette immersion dans le monde viticole et oenologique m’a fait apprécier le vin au-delà de sa dimension gustative : non plus seulement comme boisson, mais comme matière vivante, fruit d’un temps, d’un climat, d’un savoir-faire. De cette proximité est née l’envie d’en faire le cœur de mon mémoire. J’ai souhaité en prolonger le regard par un entretien avec celles qui le font naître.
Entretien
Rencontre avec Camille, œnologue, et Audrey Lalaurie, sa sœur jumelle, vigneronnes︎15︎héritières d’une lignée depuis dix générations, de la parcelle au caveau. “On élève, on veille, on patiente.” Dans le chai, les gestes sont réglés : prise de densité, ouillage, soutirage ; mais la parole revient souvent au temps. “Ici, le vent déploie les arômes au chai ; on ferme tôt l’été pour garder le repos.” Repos : mot simple, central.
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Rencontre avec Camille, œnologue, et Audrey Lalaurie, sa sœur jumelle, vigneronnes︎15︎héritières d’une lignée depuis dix générations, de la parcelle au caveau. “On élève, on veille, on patiente.” Dans le chai, les gestes sont réglés : prise de densité, ouillage, soutirage ; mais la parole revient souvent au temps. “Ici, le vent déploie les arômes au chai ; on ferme tôt l’été pour garder le repos.” Repos : mot simple, central.

Portraits de vigneronnes au Domaine Lalaurie, Ouveillan, s.d. Photographie
︎15︎Personne qui cultive la vigne et vinifie son propre raisin pour produire du vin ; par extension, l’exploitant·e d’un domaine viticole qui assume (tout ou partie) : conduite du vignoble, vendanges, vinification, élevage, mise en bouteille et souvent commercialisation.
La vinification & ses réceptacles
Pour comprendre ce poids du mot “repos”, il faut rappeler ce qu’est la vinification. Elle désigne l’ensemble des opérations qui transforment le raisin en vin. Autrement dit, c’est le processus technique et culturel qui commence après la vendange et qui comprend plusieurs étapes︎16︎:
- préparation de la vendange : égrappage (séparation des baies de la rafle), foulage (écrasement des baies), pressurage (extraction du jus : le moût) ;
- fermentation : les levures transforment les sucres du raisin en alcool et en gaz carbonique
- macération (selon le type de vin) : contact du jus avec les peaux, pépins, rafles pour extraire couleur, tanins et arômes ;
- élevage : phase de repos et de maturation du vin, en cuve ou en barrique, qui affine les saveurs et stabilise le produit ;
- mise en bouteille : le vin est soutiré, filtré si nécessaire, puis conditionné.
- la commercialisation : le vin est importé ou exporté, il se vend, se partage ou non.
- la dégustation : le vin s’ouvre, se décante dans une carafe, accompagne, se discute, rassemble et se savoure.
La vinification n’est donc pas seulement un procédé chimique : c’est aussi un ensemble de gestes, de savoir-faire et de choix culturels (matériaux, contenants, rythmes, rituels) qui donnent son identité à chaque vin.
Les contenants observés au domaine sont la cuve en inox, surface lisse, hygiène irréprochable, thermorégulation : l’outil moderne par excellence et la barrique en chêne, dont le bois réhausse, amplifie, sculpte le goût. Les deux assurent la régularité des volumes, favorisant l’efficacité de la production et, par conséquent, la consommation.
Pour comprendre ce poids du mot “repos”, il faut rappeler ce qu’est la vinification. Elle désigne l’ensemble des opérations qui transforment le raisin en vin. Autrement dit, c’est le processus technique et culturel qui commence après la vendange et qui comprend plusieurs étapes︎16︎:
- préparation de la vendange : égrappage (séparation des baies de la rafle), foulage (écrasement des baies), pressurage (extraction du jus : le moût) ;
- fermentation : les levures transforment les sucres du raisin en alcool et en gaz carbonique
- macération (selon le type de vin) : contact du jus avec les peaux, pépins, rafles pour extraire couleur, tanins et arômes ;
- élevage : phase de repos et de maturation du vin, en cuve ou en barrique, qui affine les saveurs et stabilise le produit ;
- mise en bouteille : le vin est soutiré, filtré si nécessaire, puis conditionné.
- la commercialisation : le vin est importé ou exporté, il se vend, se partage ou non.
- la dégustation : le vin s’ouvre, se décante dans une carafe, accompagne, se discute, rassemble et se savoure.
La vinification n’est donc pas seulement un procédé chimique : c’est aussi un ensemble de gestes, de savoir-faire et de choix culturels (matériaux, contenants, rythmes, rituels) qui donnent son identité à chaque vin.
Les contenants observés au domaine sont la cuve en inox, surface lisse, hygiène irréprochable, thermorégulation : l’outil moderne par excellence et la barrique en chêne, dont le bois réhausse, amplifie, sculpte le goût. Les deux assurent la régularité des volumes, favorisant l’efficacité de la production et, par conséquent, la consommation.
© Mouton Cadet,
Récolte – vendange avant égrappage & fermentation / macération : transfert du moût,
Pauillac, 2024. Photographie
Récolte – vendange avant égrappage & fermentation / macération : transfert du moût,
Pauillac, 2024. Photographie
︎16︎MOREL François, Les objets de la vigne
et du vin, Romagnat, Éditions de Borée, 2007.
© Sandrine Verdun,
Élevage : barriques, chai et mise en bouteille au Domaine Lalaurie,
Ouveillan, 2023-2024. Photographie (série)
Élevage : barriques, chai et mise en bouteille au Domaine Lalaurie,
Ouveillan, 2023-2024. Photographie (série)
Chorégraphie ou rituels contemporains
Vendanges : café à la lueur du matin, blagues, première benne ; le son du sécateur établit un battement. On goûte la baie, on juge la maturité par les pépins. Les aller-retour se font entre les rangées de ceps. On se lève, s’accroupit et se relève. Le midi, un repas rassemble. Plus tard, le premier nez d’une cuve en fin de fermentation est accueilli comme un signe de fierté. En fin de journée, la récompense. Le bouchon résonne, on penche son verre au-dessus d’une surface claire, on observe la couleur de sa robe, son opacité, sa rondeur, ses larmes. On le balance, on l’amène à son nez, les arômes s’en dégagent; innombrables. Notes de cuir, de fleurs blanches ou encore de confiture de fraise. Puis, l’attaque en bouche. Un ballet : un début, un milieu et une fin. Le vin accroche, boisé, plutôt épicé, puis devient beurré avec des notes de noisettes et tient en longueur pour finir sur de la mûre et de la réglisse. Un cocktail sensoriel. Tout se passe comme si la liturgie antique s’était déplacée : moins visible, mais persistante dans les petits gestes et les micro-rites. Nous ne pouvons plus totalement dire la même chose concernant la vinification, qui se fait plus discrète.
© Sandrine Verdun, Vendange au Domaine Lalaurie,
Ouveillan, s.d. Photographie.
Ouveillan, s.d. Photographie.

Maureen Martinez-Evans, Puglia, 2025. Photographie.
La lenteur qui œuvre
La vinification suppose une lenteur : un temps offert au liquide pour se poser (dépôt), pour se taire (fermentation), pour s’accorder (élevage). Cette éthique de la lenteur, si essentielle au sensible, est ce que Pierre Sansot désigne comme une attention aux rythmes justes, contre les “hâtives fébrilités”︎17︎. Dans le chai, le repos n’est pas une pause : c’est une opération active. Ce qui pourrait sembler un “temps mort” devient en réalité une étape centrale, où le vin se construit par l’invisible. Comme le sommeil pour un corps, il répare et compose. Le repos n’est pas un retard, mais une forme de justesse qui inscrit l’homme dans un rythme plus vaste. Dans la cave, on ne se contente pas d’attendre : on pratique une veille. Cette attention délicate magnifie le vin en lui permettant de se révéler. On retrouve ce principe à plusieurs étapes : dans la vigne en dormance hivernale, comparable à une jachère︎18︎, à la cave où s’affinent arômes et tanins, jusqu’à la bouteille que l’on laisse vieillir ou respirer dans le verre, chaque phase révèle que le vin se construit dans le repos. La lenteur n’est pas décorative : elle fait œuvre. Jean-Anthelme Brillat-Savarin pressentait déjà cette logique dans La physiologie du goût : il n’est pas de mets ou de boisson qui puisse émouvoir sans un certain temps accordé à sa maturation. Un plat hâtivement exécuté ne peut toucher l’âme︎19︎. Le vin partage cette nécessité : il est un art qui suppose l’attente comme condition d’émotion. Gaston Bachelard voyait dans ce “temps suspendu” non pas un vide, mais une germination invisible︎20︎, il rappelle qu’il faut consentir au temps pour que l’essentiel advienne. Et c’est précisément ce contraste, entre un repos fécond et notre frénésie contemporaine de vitesse, d’efficacité et donc de neutralité, qui éclaire la perte d’un héritage symbolique que nous examinerons ensuite.
La vinification suppose une lenteur : un temps offert au liquide pour se poser (dépôt), pour se taire (fermentation), pour s’accorder (élevage). Cette éthique de la lenteur, si essentielle au sensible, est ce que Pierre Sansot désigne comme une attention aux rythmes justes, contre les “hâtives fébrilités”︎17︎. Dans le chai, le repos n’est pas une pause : c’est une opération active. Ce qui pourrait sembler un “temps mort” devient en réalité une étape centrale, où le vin se construit par l’invisible. Comme le sommeil pour un corps, il répare et compose. Le repos n’est pas un retard, mais une forme de justesse qui inscrit l’homme dans un rythme plus vaste. Dans la cave, on ne se contente pas d’attendre : on pratique une veille. Cette attention délicate magnifie le vin en lui permettant de se révéler. On retrouve ce principe à plusieurs étapes : dans la vigne en dormance hivernale, comparable à une jachère︎18︎, à la cave où s’affinent arômes et tanins, jusqu’à la bouteille que l’on laisse vieillir ou respirer dans le verre, chaque phase révèle que le vin se construit dans le repos. La lenteur n’est pas décorative : elle fait œuvre. Jean-Anthelme Brillat-Savarin pressentait déjà cette logique dans La physiologie du goût : il n’est pas de mets ou de boisson qui puisse émouvoir sans un certain temps accordé à sa maturation. Un plat hâtivement exécuté ne peut toucher l’âme︎19︎. Le vin partage cette nécessité : il est un art qui suppose l’attente comme condition d’émotion. Gaston Bachelard voyait dans ce “temps suspendu” non pas un vide, mais une germination invisible︎20︎, il rappelle qu’il faut consentir au temps pour que l’essentiel advienne. Et c’est précisément ce contraste, entre un repos fécond et notre frénésie contemporaine de vitesse, d’efficacité et donc de neutralité, qui éclaire la perte d’un héritage symbolique que nous examinerons ensuite.
︎17︎ SANSOT Pierre, Du bon usage de la lenteur, Paris, Babel, 2000 [1998].
︎18︎BRUN Jean-Pierre et BALMELLE Catherine, Les derniers vignobles de l’Antiquité. Vendanges et vinification, Gollion, Infolio, 2004.
︎19︎ BRILLAT-SAVARIN Jean Anthelme, op.cit.
︎20︎BACHELARD Gaston, La poétique de la rêverie, Paris, PUF, 1960.
Héritage interrompu
Dans une société gouvernée par la vitesse et l’instantané, le vin rappelle que certaines beautés n’existent qu’à la condition du temps. Il faut « laisser advenir » plutôt que de produire immédiatement. Pourtant, les contenants contemporains, cuves en inox, en béton ou en fibre, traduisent une autre temporalité : celle de l’efficacité. Lisses, neutres, standardisés, ils garantissent la propreté, la maîtrise thermique et la conformité aux normes sanitaires. Cette perfection technique, légitime dans son cadre industriel, suivant une logique d’hygiène et de rendement, a toutefois déplacé le rapport sensible à la matière : les surfaces sont devenues muettes. Si l’on compare ces contenants modernes aux récipients antiques, la différence ne réside pas seulement dans la forme, mais dans la manière dont chacun inscrit le temps et la mémoire. La jarre, l’amphore ou le dolium︎21︎ associaient matériau, geste et identité. Leur terre poreuse respirait ; leurs parois conservaient les marques du façonnage, les sceaux d’atelier, les traces du feu. Chaque irrégularité, même discrète, racontait un lieu, une main, un rythme. À l’inverse, les cuves contemporaines, pensées pour durer sans s’altérer, effacent la main qui les a faites. Leur uniformité rend impossible toute lecture du geste. Là où la jarre liait utilité, identité et mémoire collective, la cuve se contente aujourd’hui de contenir. Comme l’écrivait Montaigne dans les Essais, « il n’est rien de plus beau et de plus digne que de se souvenir de son origine »︎22︎. Cette mémoire des formes est ce que les objets techniques ont peu à peu perdu. Réintroduire des signes, ce n’est pas refuser le progrès, c’est rétablir une continuité entre le faire et le sens, celui d’une identité collective enracinée dans un territoire. Les normes qui imposent la neutralité des surfaces répondent à des nécessités objectives, nettoyage automatisé, absence de micro-organismes, stabilité chimique, mais elles ont déplacé la symbolique de la vinification vers l’invisible. Pierre Sansot rappelait que la lenteur, loin d’être un retard, est une forme d’attention au monde. En ce sens, l’ornement, compris non comme décor mais comme empreinte du geste, devient une trace visible de cette attention︎23︎. Loin d’être superflu, il incarne le temps accordé aux choses, une éthique du soin matérialisée. L’ornement, par sa présence, réinscrit la dimension humaine au sein de l’objet industriel : il témoigne du temps, du lieu et du corps qui l’ont produit. Ainsi, l’héritage vinicole est suspendu par la technique. Cependant, il peut y avoir un nouvel équilibre, où la rigueur contemporaine et la mémoire du passé, la profondeur du sens, entre la surface lisse et la matière imparfaite, engagent une dyade qui tend vers une conception plus juste.
Dans une société gouvernée par la vitesse et l’instantané, le vin rappelle que certaines beautés n’existent qu’à la condition du temps. Il faut « laisser advenir » plutôt que de produire immédiatement. Pourtant, les contenants contemporains, cuves en inox, en béton ou en fibre, traduisent une autre temporalité : celle de l’efficacité. Lisses, neutres, standardisés, ils garantissent la propreté, la maîtrise thermique et la conformité aux normes sanitaires. Cette perfection technique, légitime dans son cadre industriel, suivant une logique d’hygiène et de rendement, a toutefois déplacé le rapport sensible à la matière : les surfaces sont devenues muettes. Si l’on compare ces contenants modernes aux récipients antiques, la différence ne réside pas seulement dans la forme, mais dans la manière dont chacun inscrit le temps et la mémoire. La jarre, l’amphore ou le dolium︎21︎ associaient matériau, geste et identité. Leur terre poreuse respirait ; leurs parois conservaient les marques du façonnage, les sceaux d’atelier, les traces du feu. Chaque irrégularité, même discrète, racontait un lieu, une main, un rythme. À l’inverse, les cuves contemporaines, pensées pour durer sans s’altérer, effacent la main qui les a faites. Leur uniformité rend impossible toute lecture du geste. Là où la jarre liait utilité, identité et mémoire collective, la cuve se contente aujourd’hui de contenir. Comme l’écrivait Montaigne dans les Essais, « il n’est rien de plus beau et de plus digne que de se souvenir de son origine »︎22︎. Cette mémoire des formes est ce que les objets techniques ont peu à peu perdu. Réintroduire des signes, ce n’est pas refuser le progrès, c’est rétablir une continuité entre le faire et le sens, celui d’une identité collective enracinée dans un territoire. Les normes qui imposent la neutralité des surfaces répondent à des nécessités objectives, nettoyage automatisé, absence de micro-organismes, stabilité chimique, mais elles ont déplacé la symbolique de la vinification vers l’invisible. Pierre Sansot rappelait que la lenteur, loin d’être un retard, est une forme d’attention au monde. En ce sens, l’ornement, compris non comme décor mais comme empreinte du geste, devient une trace visible de cette attention︎23︎. Loin d’être superflu, il incarne le temps accordé aux choses, une éthique du soin matérialisée. L’ornement, par sa présence, réinscrit la dimension humaine au sein de l’objet industriel : il témoigne du temps, du lieu et du corps qui l’ont produit. Ainsi, l’héritage vinicole est suspendu par la technique. Cependant, il peut y avoir un nouvel équilibre, où la rigueur contemporaine et la mémoire du passé, la profondeur du sens, entre la surface lisse et la matière imparfaite, engagent une dyade qui tend vers une conception plus juste.
Juliette Baudoux, Amphore de type Pascual 1, dans Les amphores du nord-est de la Gaule.
Chapitre 2 : Les amphores – Morphologie, chronologie et diffusion, fig. 8,
Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1996.
Dessin archéologique.
Chapitre 2 : Les amphores – Morphologie, chronologie et diffusion, fig. 8,
Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1996.
Dessin archéologique.
︎21︎Jarre ovoïde, d'une hauteur comprise entre 1,50 m et plus de 2 m et d'une capacité pouvant dépasser 2000 litres, le dolium (pl. dolia) sert au stockage du vin, de l'huile ou de la saumure.
︎22︎Michel de Montaigne, Essais,
Livre I, chap. 26, [1580], Paris, Gallimard, 1962.
︎23︎SANSOT Pierre, op. cit., p. 46-48.

Thomas Adank, Tillingham Wines,
East Sussex, 2018. Photographie.

Lukas Diemling, Cuves en inox,
chai, 2024. Photographie.
3. Marquer la trace : critique de la neutralité
Contenants bavards dans l’Antiquité
Peintre de Munich 1736 (Attique),
Cratère à colonnes à figures noires,
vers 520 av. J.-C. Terre cuite, 47 × 54 × 47,1 cm.
The J. Paul Getty Museum, Villa Collection, Malibu (Californie),
don de Seymour Weintraub, inv. 75.AE.106.
Cratère à colonnes à figures noires,
vers 520 av. J.-C. Terre cuite, 47 × 54 × 47,1 cm.
The J. Paul Getty Museum, Villa Collection, Malibu (Californie),
don de Seymour Weintraub, inv. 75.AE.106.
Sur ce cratère athénien à figure noire, Dionysos, dieu du vin et de la fertilité, se tient au centre d’un cortège de satyres et de ménades en pleine célébration. Sa posture immobile, couronnée de lierre et tenant une corne à boire, contraste avec la frénésie de ses compagnons : image de la mesure dans l’ivresse, symbole du contrôle du chaos dionysiaque. Cette iconographie évoque directement le symposium, moment collectif où le vin, dilué dans ce type de vase, était partagé entre les convives. L’objet ne servait pas seulement au mélange du vin et de l’eau mais de médium de transmission culturelle, reflétant les rites et les usages du peuple grec antique, où la boisson était liée à la fête, au culte et à la transmission des mythes. Par son ornementation, le vase rappelle les valeurs du banquet, la convivialité, la mesure, la mémoire du dieu et conserve la trace d’un rituel collectif central dans la culture grecque. De l'autre côté du vase, deux lions ravagent un taureau. Le motif de l'attaque du lion était au cœur de l'art archaïque et de la littérature grecque des années 800 aux années 500 avant J.-C. et a servi de métaphore du triomphe héroïque ou même divin. Il a été référencé dans une grande variété de contextes, des poèmes épiques d'Homère, à la sculpture sur des temples monumentaux, en passant par la décoration sur des vases faits pour un usage privé, comme celui-ci. Les motifs végétaux décorent le bord du récipient. Les feuilles de lierre recouvrent le bord extérieur et les bourgeons de lotus entourent le haut. Les têtes barbues sur les plaques de poignée étaient une décoration typique pour ces contenants. Par sa double fonction, mélanger et remémorer, ce cratère est à la fois un objet d’usage et un support de mémoire : il témoigne d’une pratique religieuse et sociale où le vin rappelait le monde des dieux et unissait les hommes.
Ce rapport entre ornement et usage n’était pas propre au monde grec : il se prolonge, sous d’autres formes, dans les cultures gallo-romaines. Les poteries liées au vin formaient un langage complet, associant fonction, matière et rituel. Le dolium servait à la vinification, l’amphore au transport, le cratère au mélange lors du banquet, et la kylix, le skyphos ou le kantharos à la consommation. Chacun participait d’une chaîne cohérente de gestes, du façonnage à la libation, où la matière, la forme et le décor expriment autant la fonction que la culture d’un peuple. Leurs surfaces conservaient des empreintes, des sceaux, des traces d’atelier, des reliefs utilitaires servant autant à la préhension qu’à la lecture du contenu. L’objet y liait utilité, identité et mémoire. Il n’était pas neutre : chaque marque, chaque motif signalait un territoire, un savoir-faire, une appartenance. Les amphores estampillées des provinces gauloises, transportées jusqu’à Rome, portaient déjà en elles une signature, un contrat visuel entre le producteur et le consommateur. Le récipient devenait messager, témoin d’une économie et d’une région.

Kantharos (coupe à boire), Grande-Grèce,
début de la période hellénistique, vers 320–310 av. J.-C.
Terre cuite. Museum of Fine Arts, Boston.
début de la période hellénistique, vers 320–310 av. J.-C.
Terre cuite. Museum of Fine Arts, Boston.
Amphore binaire gauloise (Gauloise 4),
Sallèles-d’Aude, 80–200 apr. J.-C. Céramique.
Photographie personnelle & scan, musée Narbo Via,
dépôt de la ville de Sallèles-d’Aude, 2025.
Cette amphore a été produite dans l’atelier retrouvé lors des fouilles d’Amphoralis à Sallèles-d’Aude (village à cinq minutes du Domaine des sœurs Lalaurie), qui se spécialise dans les années 50-60 dans la production de ce type de contenant. Du Ier siècle au IIIe siècle ap. J.C, les amphores de type Gauloise 4 sont les amphores de prédilection du grand commerce du vin gaulois. Ces amphores ont été exportées dans de nombreuses provinces de l’empire romain, et au-delà : certaines ont été retrouvées en Afrique de l’est et même en Inde du Sud.
Sallèles-d’Aude, 80–200 apr. J.-C. Céramique.
Photographie personnelle & scan, musée Narbo Via,
dépôt de la ville de Sallèles-d’Aude, 2025.
Cette amphore a été produite dans l’atelier retrouvé lors des fouilles d’Amphoralis à Sallèles-d’Aude (village à cinq minutes du Domaine des sœurs Lalaurie), qui se spécialise dans les années 50-60 dans la production de ce type de contenant. Du Ier siècle au IIIe siècle ap. J.C, les amphores de type Gauloise 4 sont les amphores de prédilection du grand commerce du vin gaulois. Ces amphores ont été exportées dans de nombreuses provinces de l’empire romain, et au-delà : certaines ont été retrouvées en Afrique de l’est et même en Inde du Sud.
Cette iconographie, abondante et codifiée, avait une fonction de transmission. L’ornement devenait une écriture sociale. Il enseignait autant qu’il décorait. L’objet ne se contentait pas de contenir le vin, il en portait le sens. Ainsi, dans l’Antiquité, les contenants étaient véritablement bavards : ils parlaient par l’ornement. Ils liaient fonction et récit, technique et symbolisme. À travers eux, le vin devenait un médium de communication et de mémoire. Ce contraste éclaire la situation contemporaine : nos contenants modernes ont perdu cette dimension narrative. L’ornement, autrefois langage collectif, s’est progressivement détourné vers une quête de neutralité, au profit d’une économie implacable. Pourtant, l’étude de ces objets anciens rappelle que la beauté d’un contenant ne résidait pas seulement dans sa forme, mais dans sa capacité à signifier une culture méditerranéenne.
1. Groupe de Foggia, Cratère à figures rouges, Apulie, vers 325–300 av. J.-C. Argile, peinture brillante avec rehauts blancs et jaunes, 66 × 31,6 cm.
Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines,
salle 660, inv. ED 197 / N 2815 / K 73. Photographie.
2. Wilhelm Wagenfeld, Service « Turmalin » : carafes et verres, Allemagne, vers 1960.
Verre soufflé, dimensions variables. Photographie.
Musée du Louvre, département des Antiquités grecques, étrusques et romaines,
salle 660, inv. ED 197 / N 2815 / K 73. Photographie.
2. Wilhelm Wagenfeld, Service « Turmalin » : carafes et verres, Allemagne, vers 1960.
Verre soufflé, dimensions variables. Photographie.
Ornementer pour signifier : relire Loos à rebours
En 1908, Adolf Loos publie Ornament und Verbrechen (Ornement et crime)︎24︎, texte fondateur d’une modernité qui se veut morale autant qu’esthétique. Loos y dénonce la surcharge décorative comme symptôme d’une décadence sociale. L’ornement, pour lui, n’est plus signe d’artisanat mais de retard culturel : il coûte du temps, de l’argent, et détourne l’homme moderne de la pureté fonctionnelle. Il faut donc en finir avec le superflu pour retrouver l’essence de l’objet : la fonction. Mais lire Loos uniquement comme un apôtre de la surface nue, c’est oublier le contexte de son propos. Sa condamnation du décor est d’abord morale : elle vise l’excès bourgeois, non la disparition du sens. En cela, une relecture s’impose. L’ornement, loin d’être un crime, peut redevenir un langage. Il n’est pas contraire à la fonction : il en est parfois l’expression la plus lisible. Gottfried Semper, bien avant Loos, voyait déjà dans l’ornement un élément structurel du faire humain : la trace d’un geste, une “écriture des matériaux”︎25︎. Il liait le décor à la technique, le motif à la mémoire d’un usage. Un siècle plus tard, Venturi et Scott Brown répondront à Loos en défendant la “complexité et la contradiction” comme richesse du sens : un objet peut être à la fois utile et expressif︎26︎. Entre ces deux visions se dessine un terrain fécond pour le design contemporain. Appliqué aux contenants du vin, ce débat prend une résonance particulière. Les surfaces antiques parlaient : elles racontaient l’origine, la main, le temps. Les cuves modernes, lisses et anonymes, ne sont pas muettes par hasard, elles répondent à des normes d’hygiène, à des protocoles de nettoyage automatisé, à une traçabilité qui déplace le signe de la paroi vers l’étiquette ou le code. L’ornement n’a pas disparu : il s’est déplacé, rendu invisible, réduit à un chiffre. Il s’agit donc de repenser la question autrement : comment l’ornement pourrait-il redevenir fonctionnel ? Une micro-texture facilitant la prise en main, une gravure discrète indiquant le domaine, un motif respirant favorisant l’écoulement du liquide, autant de formes où le sens rejoint la technique. L’ornement, ici, n’est plus décor : il devient signal, mémoire, ergonomie. Loin de trahir la modernité, cette lecture rétablit l’équilibre entre la précision industrielle et la présence sensible. La nature elle-même n’est pas lisse : les nervures d’une feuille, la structure d’un coquillage, les strates d’une roche ou les alvéoles d’une ruche témoignent d’un ordre vivant. L’ornement rend visible cette organisation subtile. Plutôt que d’opposer fonction et ornement, il faut les comprendre comme les deux faces d’un même geste : l’un agit, l’autre signifie. Dans le monde du vin, orner, c’est faire mémoire ; c’est inscrire dans la matière la trace du soin et du temps. Comme l’a montré Jean-Robert Pitte, les objets “habillés” du rituel vinicoles, calices, jarres, coupes ou cuves, signent la solennité du moment︎27︎. Loin d’être un crime, l’ornement certifie la valeur d’un lien entre le geste, la matière et la culture qu’elle transmet.
En 1908, Adolf Loos publie Ornament und Verbrechen (Ornement et crime)︎24︎, texte fondateur d’une modernité qui se veut morale autant qu’esthétique. Loos y dénonce la surcharge décorative comme symptôme d’une décadence sociale. L’ornement, pour lui, n’est plus signe d’artisanat mais de retard culturel : il coûte du temps, de l’argent, et détourne l’homme moderne de la pureté fonctionnelle. Il faut donc en finir avec le superflu pour retrouver l’essence de l’objet : la fonction. Mais lire Loos uniquement comme un apôtre de la surface nue, c’est oublier le contexte de son propos. Sa condamnation du décor est d’abord morale : elle vise l’excès bourgeois, non la disparition du sens. En cela, une relecture s’impose. L’ornement, loin d’être un crime, peut redevenir un langage. Il n’est pas contraire à la fonction : il en est parfois l’expression la plus lisible. Gottfried Semper, bien avant Loos, voyait déjà dans l’ornement un élément structurel du faire humain : la trace d’un geste, une “écriture des matériaux”︎25︎. Il liait le décor à la technique, le motif à la mémoire d’un usage. Un siècle plus tard, Venturi et Scott Brown répondront à Loos en défendant la “complexité et la contradiction” comme richesse du sens : un objet peut être à la fois utile et expressif︎26︎. Entre ces deux visions se dessine un terrain fécond pour le design contemporain. Appliqué aux contenants du vin, ce débat prend une résonance particulière. Les surfaces antiques parlaient : elles racontaient l’origine, la main, le temps. Les cuves modernes, lisses et anonymes, ne sont pas muettes par hasard, elles répondent à des normes d’hygiène, à des protocoles de nettoyage automatisé, à une traçabilité qui déplace le signe de la paroi vers l’étiquette ou le code. L’ornement n’a pas disparu : il s’est déplacé, rendu invisible, réduit à un chiffre. Il s’agit donc de repenser la question autrement : comment l’ornement pourrait-il redevenir fonctionnel ? Une micro-texture facilitant la prise en main, une gravure discrète indiquant le domaine, un motif respirant favorisant l’écoulement du liquide, autant de formes où le sens rejoint la technique. L’ornement, ici, n’est plus décor : il devient signal, mémoire, ergonomie. Loin de trahir la modernité, cette lecture rétablit l’équilibre entre la précision industrielle et la présence sensible. La nature elle-même n’est pas lisse : les nervures d’une feuille, la structure d’un coquillage, les strates d’une roche ou les alvéoles d’une ruche témoignent d’un ordre vivant. L’ornement rend visible cette organisation subtile. Plutôt que d’opposer fonction et ornement, il faut les comprendre comme les deux faces d’un même geste : l’un agit, l’autre signifie. Dans le monde du vin, orner, c’est faire mémoire ; c’est inscrire dans la matière la trace du soin et du temps. Comme l’a montré Jean-Robert Pitte, les objets “habillés” du rituel vinicoles, calices, jarres, coupes ou cuves, signent la solennité du moment︎27︎. Loin d’être un crime, l’ornement certifie la valeur d’un lien entre le geste, la matière et la culture qu’elle transmet.
︎24︎LOOS Adolf, Ornement et crime, trad. Sabine Cornille et Jean-Claude Lebensztejn, Paris, Ivrea, 1994 [1908].
︎25︎SEMPER Gottfried, Le Style : les éléments techniques de l’art, trad. Jean-Louis Déotte, Paris, Éd. Carré, 1989 [1860-1863].
︎26︎VENTURI Robert, Complexity and Contradiction in Architecture, New York, The Museum of Modern Art, 1966 ; SCOTT BROWN Denise, VENTURI Robert et IZENOUR Steven, Learning from Las Vegas, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1972.
︎27︎PITTE Jean-Robert, Le vin et le divin, Paris, Fayard, 2004.

Angaria sphaerula (Kiener, 1839),
île de Panglao, Bohol, Philippines, 2014.
Coquille de 62,9 mm,
collectée en eau profonde par filet enchevêtrement.
Photographie, collection Chong Chen.
île de Panglao, Bohol, Philippines, 2014.
Coquille de 62,9 mm,
collectée en eau profonde par filet enchevêtrement.
Photographie, collection Chong Chen.

Ernst Haeckel, Peromedusae (Taschenquallen),
planche 38 extraite de Kunstformen der Natur, Leipzig et Vienne,
Verlag des Bibliographischen Instituts,1899–1904.
Lithographie en couleur.
Vers un design réconcilié
La question est celle du design contemporain : comment renouer avec la mémoire de l’ornement sans tomber dans le pastiche ? Il ne s’agit pas de réinventer les jarres antiques ni de surcharger les contenants, mais d’introduire une frugalité signifiante : symétries discrètes, textures, motifs inspirés de l’histoire du vin et de la vigne, qui redonnent à l’objet sa capacité narrative. Réinterpréter un héritage ne consiste pas à le copier, mais à le faire résonner autrement. Certains designers, comme Don Tanani ou Sizar Alexis, proposent cette réconciliation entre mémoire et contemporanéité. Dans les deux cas, l’ornement est déplacé : il n’est plus surface ajoutée, mais contenu latent, inscrit dans la matière même. Transposé au monde du vin, le design n’a donc pas à choisir entre froideur fonctionnelle et décor superflu : l’ornement peut redevenir langage ; l’objet peut être complet, non seulement utile, mais sensoriel et porteur d’histoire. C’est dans cette tension, entre la précision technique et la profondeur symbolique, que se dessine la possibilité d’un design réconcilié.
La question est celle du design contemporain : comment renouer avec la mémoire de l’ornement sans tomber dans le pastiche ? Il ne s’agit pas de réinventer les jarres antiques ni de surcharger les contenants, mais d’introduire une frugalité signifiante : symétries discrètes, textures, motifs inspirés de l’histoire du vin et de la vigne, qui redonnent à l’objet sa capacité narrative. Réinterpréter un héritage ne consiste pas à le copier, mais à le faire résonner autrement. Certains designers, comme Don Tanani ou Sizar Alexis, proposent cette réconciliation entre mémoire et contemporanéité. Dans les deux cas, l’ornement est déplacé : il n’est plus surface ajoutée, mais contenu latent, inscrit dans la matière même. Transposé au monde du vin, le design n’a donc pas à choisir entre froideur fonctionnelle et décor superflu : l’ornement peut redevenir langage ; l’objet peut être complet, non seulement utile, mais sensoriel et porteur d’histoire. C’est dans cette tension, entre la précision technique et la profondeur symbolique, que se dessine la possibilité d’un design réconcilié.
Don Tanani, Banc Ouroboros, Égypte, 2021. Photographie.
Bois de chêne oxydé avec incrustation de pigment bleu.
153 × 48 × 48 cm. Édition limitée de 8.
L'Ouroboros est la représentation d'un serpent mangeant sa queue,
qui est un symbole de résurrection et de renouveau.
Les ouroboros dans l'Égypte ancienne
symbolisaient à la fois le début et la fin des temps.
Sizar Alexis, Ode Chair, 2021. Photographie.
Pin massif brûlé et taché noir, 55 × 45 × 80 cm.
“Je veux mettre en évidence et partager la richesse
de la culture ancienne mésopotamienne avec un public plus large,
et dans une partie différente du monde”
Tentative consciente de fusionner les influences culturelles de l'Antiquité
avec les principes contemporains de simplicité,
de fonctionnalité et de matérialité du design scandinave.
Bois de chêne oxydé avec incrustation de pigment bleu.
153 × 48 × 48 cm. Édition limitée de 8.
L'Ouroboros est la représentation d'un serpent mangeant sa queue,
qui est un symbole de résurrection et de renouveau.
Les ouroboros dans l'Égypte ancienne
symbolisaient à la fois le début et la fin des temps.
Sizar Alexis, Ode Chair, 2021. Photographie.
Pin massif brûlé et taché noir, 55 × 45 × 80 cm.
“Je veux mettre en évidence et partager la richesse
de la culture ancienne mésopotamienne avec un public plus large,
et dans une partie différente du monde”
Tentative consciente de fusionner les influences culturelles de l'Antiquité
avec les principes contemporains de simplicité,
de fonctionnalité et de matérialité du design scandinave.
Conclusion
Le vin apparaît, à l’issue de ce parcours, comme une identité absolue︎28︎: il réunit l’utile et le symbolique, la fonction et l’excédent de sens, il est sacré et quotidien, science et mythe. Tenir un propos, c’est situer la controverse et assumer une sensibilité : la mienne est de voir dans le vin une poésie totale, une mémoire historique et culturelle qui façonne les territoires, émerveille les classes et fascine les grandes figures littéraires. Des gestes antiques aux objets contemporains, tout concourt à en faire un éloge, porteur de valeurs et d’émotions. La question désormais est celle du design : dans les objets autour du vin, aujourd’hui dépourvus de présence spirituelle au profit du rendement, Comment, dès lors, le design peut-il sublimer un patrimoine et renouer avec une symbolique perdue? Comment réinterpréter cet héritage sans tomber dans la neutralité ni le superflu ? Comment inscrire la viniculture et l’œnologie dans un dialogue entre tradition et modernité ? C’est ce que mon article 2 cherchera à explorer, en s’éloignant du monde du vin pour examiner comment des designers, artisans ou graphistes contemporains se réapproprient la mémoire d’un geste, d’une forme ou d’un rituel sans verser dans le pastiche. Entre hommage et détournement, je m’intéresserai à la manière dont certains rendent sensible une tradition tout en la réinventant, quand d’autres en forcent les codes jusqu’à la caricature. Cette réflexion se prolongera dans l’étude des postures de création capables de maintenir un juste équilibre entre référence et invention, que je développerai ensuite dans ma propre recherche plastique autour d’un vocabulaire de formes inspiré du monde du vin et de la vigne.
︎28︎SIMONDON, Gilbert. Du mode d’existence des objets techniques. Paris : Aubier-Montaigne, 1958. Simondon analyse la genèse des objets techniques et propose que l’objet « parfait » (même définition, que l’objet absolu définit par Baudrillard, ibid.) est celui qui atteint une concrétisation maximale, c’est-à-dire une intégration harmonieuse de ses parties et de son environnement, dépassant la simple fonction mécanique pour devenir une figure expressive du monde. Elle désigne une forme (objet, geste, paysage, œuvre, symbole…) qui ne se contente pas d’exister matériellement, mais qui exprime quelque chose de plus vaste que sa simple présence.
Glossaire
ASSEMBLAGE
Mélange de plusieurs cépages ou de vins de cuves différentes, réalisé par l’œnologue pour rechercher un équilibre aromatique et structurel.
ATTAQUE
Première impression en bouche, au moment où le vin entre en contact avec le palais ; elle peut être souple, vive, franche, acide, etc.
CAUDALIE
Unité de mesure de la persistance aromatique d’un vin après l’avoir avalé ou recraché ; une caudalie correspond à une seconde de durée de l’arôme en bouche.
CÉPAGE
Variété de vigne cultivée donnant un type de raisin particulier (ex. : Syrah, Grenache, Chardonnay).
CHAI
Lieu de vinification et d’élevage du vin, souvent organisé pour favoriser le repos, le contrôle des températures et la qualité du vieillissement.
LARMES
Traces formées à l’intérieur du verre après rotation ; leur lenteur et leur épaisseur donnent une indication sur la teneur en alcool ou en sucres du vin.
MOÛT
Jus de raisin frais, encore non fermenté, contenant la pulpe, les sucres et parfois les parties solides (peaux, pépins, rafles).
MILLÉSIME
Année de récolte des raisins utilisés pour produire un vin. La qualité d’un millésime dépend fortement des conditions climatiques.
OUILLAGE
Opération consistant à compléter régulièrement les barriques pour compenser l’évaporation du vin et éviter l’oxydation.
PRISE DE DENSITÉ
Mesure effectuée pendant la fermentation pour suivre la transformation des sucres en alcool (la densité du liquide diminue au fur et à mesure).
ROBE
Aspect visuel du vin dans le verre (couleur, intensité, limpidité, reflets). Elle renseigne sur le cépage, l’âge et l’évolution du vin.
RONDEUR
Impression tactile d’un vin en bouche, marquée par le moelleux, la souplesse, une certaine onctuosité qui adoucit l’acidité et les tanins.
SOUTIRAGE
Action de transvaser le vin d’une cuve ou barrique à une autre pour le séparer de ses dépôts (lies).
TANIN
Substances présentes dans la peau, les pépins, les rafles et parfois le bois des barriques ; elles donnent au vin structure, astringence et capacité de vieillissement.
Jus de raisin frais, encore non fermenté, contenant la pulpe, les sucres et parfois les parties solides (peaux, pépins, rafles).
MILLÉSIME
Année de récolte des raisins utilisés pour produire un vin. La qualité d’un millésime dépend fortement des conditions climatiques.
OUILLAGE
Opération consistant à compléter régulièrement les barriques pour compenser l’évaporation du vin et éviter l’oxydation.
PRISE DE DENSITÉ
Mesure effectuée pendant la fermentation pour suivre la transformation des sucres en alcool (la densité du liquide diminue au fur et à mesure).
ROBE
Aspect visuel du vin dans le verre (couleur, intensité, limpidité, reflets). Elle renseigne sur le cépage, l’âge et l’évolution du vin.
RONDEUR
Impression tactile d’un vin en bouche, marquée par le moelleux, la souplesse, une certaine onctuosité qui adoucit l’acidité et les tanins.
SOUTIRAGE
Action de transvaser le vin d’une cuve ou barrique à une autre pour le séparer de ses dépôts (lies).
TANIN
Substances présentes dans la peau, les pépins, les rafles et parfois le bois des barriques ; elles donnent au vin structure, astringence et capacité de vieillissement.
Bibliographie
︎Ouvrages complémentaires
AVRIL, Jacques, De l’amphore à la bouteille. La Vigne et le vin. La Manufacture, Paris, 1988.
BAUDELAIRE, Charles, Les paradis artificiels [1860]. Paris, Éditions Flammarion, 2021.
CAHOURS D’ASPRY, Jean-Bernard, La vigne et le vin : histoire, légendes et symbolisme. Biarritz, Atlantica, 2006.
DION, Roger, Le paysage et la vigne : essais de géographie historique. Paris, Payot, 1990.
FEIRING Alice, Le vin nu, Jean-Paul Rochet, Nort sur Erdre, 2011.
LAUBENHEIMER, Fanette, Le temps des amphores en Gaule : vins, huiles et sauces. Paris, Éditions Errance, 1990.
︎Article
Auteur.ice inconnu.e, « Archélogie du vin » , Inrap, date inconnue , https://www. inrap.fr/dossiers/Archeologie-du-Vin/Histoire-du-vin/Antiquite-Culture-et-societe, page consultée le 28/02/2025
︎Vidéo
Vinsurvin, https://www.youtube.com/watch?v=jlOj2THP4xc, 04 décembre 2015.
Contact ︎
︎ loucalestroupat@outlook.fr
︎@calestroupat
Le projet de diplôme ︎

Tire-bouchon bilame,
Modélisation 3D sur Rhinocéros, Rendu 3D sur Keyshot et Retouches sur Photoshop.
Lou Calestroupat, 2026.
Modélisation 3D sur Rhinocéros, Rendu 3D sur Keyshot et Retouches sur Photoshop.
Lou Calestroupat, 2026.