Ella Deyaert
Diaphane
Comment dépasser la rigidité de nos espaces domestiques en repensant leurs surfaces comme des dispositifs de dialogue et de transition ?
Diaphane cristallise mon attachement à une qualité relationnelle de l’espace. Celle qui tend vers le dévoilement des formes plutôt que leur exposition, en engageant un espace dans une modulation continue des rapports de visibilité, d’intimité et de présence. En repensant ces surfaces comme des dispositifs actifs de dialogue et de transition, cette recherche propose d’amorcer une domesticité plus souple et attentive, capable de répondre aux enjeux contemporains de densification, de standardisation des intérieurs et de perte progressive du sens du lieu.
1/3 : Surfaces
︎ Novembre 2025
2/3 : Interfaces
︎ Janvier 2026
3/3 : Dualité matérielle
︎ Février 2026
Article 1
Surfaces
Nos espaces domestiques sont construits selon un principe de rigidité. Leur structure rassure par son ordre, sa permanence et son apparente maîtrise du réel. Les surfaces planes, les volumes droits et les angles fixes nous donnent une impression de fiabilité constante. Comme une assurance de cadre stable, face à l’incertitude du monde. Pourtant, cette rigidité fige peu à peu notre relation au lieu. Ce qui semble nous envelopper finit par nous éloigner puisqu’il réduit notre capacité à évoluer avec eux.
Le monde contemporain, marqué par un renouvellement constant, altère notre rapport au lieu et à la permanence. Nos repères se déplacent, nos usages évoluent et nos rythmes de vie se fragmentent. Repenser cette fixité implique de faire dialoguer construction et mouvement, en intégrant à nos structures des objets-architecturaux inscrits dans la matérialité même de l’espace. Ces éléments établissent un rapport direct avec le corps permettant d’échapper à une saturation matérielle, tout en réintroduisant une conscience du lieu fondée sur l’expérience vécue et engagée.

VALLÉE Garance, La Maison d’en face, 2022, scénographie, Paris.
1.0 Recto
Le terme recto désigne à mes yeux ce qui fonde l’espace architectural. Je pense notamment à cette dimension lisible et exposée, directement accessible au regard, à partir de laquelle se structurent nos constructions. En soulignant les premiers principes du lieu habité, de son ordre à sa mesure, je cherche à comprendre ses mutations dans un contexte contemporain. Revenir à ces fondamentaux me permet de questionner la rigueur constructive qui façonne nos espaces domestiques afin de la repenser comme un terrain de dialogue entre corps et matière.
1.1 Composition structurelle
Penser la composition structurelle de l’espace domestique revient à souligner ses fondements, à ce qui en établit la cohérence première avant toute adaptation contemporaine. De prime abord, il nous apparaît que tout milieu habité se construit à partir de trois plans essentiels : un sol ancré et relié au monde, un mur qui délimite et oriente, un plafond qui recouvre et rassemble. Leur articulation constitue le point d’équilibre entre structure et expérience, déterminant la manière dont le corps s’inscrit dans l’espace. Il m’importe ici d’aborder l’espace avec simplicité afin d’en saisir clairement le sens de sa composition, posant ainsi les bases d’une réflexion lisible et ancrée. Cette démarche me permet de comprendre l’architecture non dans sa complexité formelle, mais dans la lisibilité de ce qui la constitue et lui donne sens.
Cette approche est théorisée par Auguste Perret dans son ouvrage ︎1︎ Contribution à une théorie de l’architecture (1952). Formulant un triptyque constructif fondamental, il érige en principes universels l’articulation des éléments sol, mur et plafond. Ces trois plans forment la trame originelle de tout espace habité. Depuis cette interdépendance, Perret conçoit l’architecture comme un art de l’ordre et de la clarté. Une pratique où la beauté découle d’une justesse constructive. Le béton armé, matériau de prédilection de l’architecte, incarne cette idée de vérité structurelle : il ne dissimule rien, mais révèle une cohérence entre matière, forme et fonction. Ainsi, sa théorie dépasse le cadre technique pour devenir une philosophie de l’espace, où la rigueur constructive révèle une éthique du bâtiment. Revenir à cette théorie, me permet de reconnaître la portée fondatrice d’une pensée qui a profondément façonné notre manière de concevoir l’habitat et qui demeure, aujourd’hui encore, un repère essentiel pour comprendre l’évolution de nos structures spatiales.
︎1︎PERRET Auguste, Contribution à une théorie de l’architecture, Paris, Fréal & Cie, 1952.
1.2 Fragmentation contemporaine
Poursuivre la réflexion sur les fondements de l’espace, c’est constater leur progressive dissolution au sein de la pensée architecturale contemporaine. L’unité qui structurait autrefois la conception du lieu me semble céder aujourd’hui la place à une composition éclatée où chaque partie acquiert sa propre autonomie. Nous n’envisageons plus une architecture comme un cadre stable, mais comme un ensemble d’éléments indépendants : telles sont mes préoccupations tout au long de mon article. Ce glissement marque un basculement du statique vers le dynamique, du cadre vers le système. L’espace domestique, autrefois ordonné par la gravité et la mesure, devient un territoire composite où la technique et le confort s’entremêlent. Comprendre cette transformation, c’est admettre que l’architecture est davantage une coordination d’interactions multiples où la matière et les usages se reconfigurent en permanence. C’est dans cette complexité mouvante que je cherche à repenser nos manières d’habiter.
Cette mutation est notamment soulignée par Rem Koolhaas dans Éléments d’architecture (2018) ︎2︎ lorsqu’il déplace cette logique unitaire vers une fragmentation systémique. Autrefois défini par la cohérence des plans fondateurs, l’espace se dissout en une constellation d’éléments autonomes. Fenêtres, couloirs, escaliers ou dispositifs techniques cessent d’être des éléments secondaires pour devenir des unités de sens de l’architecture contemporaine. L’architecture ne s’organise plus selon une hiérarchie stable, mais selon un ensemble de flux et de réseaux, comme l’air et la lumière, qui redéfinissent notre manière d’habiter. Koolhaas révèle ainsi une mutation profonde : d’une stabilité constructive à la réversibilité, il intègre désormais des ajustements permanents. L’architecture reflète alors une société contemporaine, fluide et interconnectée, où le lieu se conçoit moins comme un cadre à habiter qu’un système à activer.
Rem Koolhaas (OMA), Maison à Bordeaux (Maison Lemoine), 1998, Floirac, France. Vues illustrant la transparence structurelle et la stratification verticale des espaces.
Sa Maison Lemoine ︎3︎ incarne avec justesse cette pensée du mouvement et de la réversibilité. Conçue pour un habitant à mobilité réduite, elle remet en cause la logique statique du bâtiment en introduisant un principe de fluidité au cœur même de la structure. Une plateforme élévatrice traverse les trois niveaux, reconfigurant le lieu à chaque trajet en transformant la maison en un organisme habité, capable de s’ajuster aux besoins de son occupant. Le sol devient un plan actif, un prolongement du corps qui articule les étages, la lumière et les gestes quotidiens. La porte circulaire, massive et pivotante, m’a particulièrement intriguée par la manière dont elle incarne une forme architecturale en soi. Une construction où la matière devient expérience. Son mouvement, à la fois massif et mesuré, fait de chaque passage une expérience pleinement vécue où le corps devient conscient de son espace. La Maison Lemoine témoigne d’une architecture en constante redéfinition par le mouvement.
︎2︎KOOLHAAS, Rem, Éléments d’architecture, trad. de l’anglais, Cologne, Taschen, 2018.
︎3︎ BÊKA Ila & LEMOINE Louise, Koolhaas Houselife, film documentaire, 2008, 58 minutes, consacré à la Maison à Bordeaux de Rem Koolhaas (En ligne : https://vimeo.com/21876246?fl=pl&fe=sh)
︎3︎ BÊKA Ila & LEMOINE Louise, Koolhaas Houselife, film documentaire, 2008, 58 minutes, consacré à la Maison à Bordeaux de Rem Koolhaas (En ligne : https://vimeo.com/21876246?fl=pl&fe=sh)
2.0 Verso
Le verso me permet de mettre en lumière une autre face de l’espace domestique, celle moins évidente mais tout aussi essentielle, où l’architecture se révèle dans sa dimension sensible. Il matérialise à mes yeux la part intérieure du lieu, celle que l’on ressent et éprouve en son sein, évoquant ainsi un aspect plus intime de l’espace. Un aspect où la matière, la lumière et la couleur façonnent silencieusement notre manière d’habiter. À travers ce terme, il s’agit moins d’observer ce que l’architecture montre que de comprendre ce qu’elle fait éprouver. Le verso me permet ainsi de penser l’espace non plus comme une forme stable, mais comme un ensemble de phénomènes sensibles qui nous traversent et nous affectent. Il nous conduit à reconnaître l’interdépendance entre nos corps et la matière qui nous environne, à admettre que l’architecture se construit autant par sa structure que par ce qu’elle émet et provoque en nous.
2.1 Abstraction chromatique
Aborder l’espace depuis sa dimension intérieure, revient à reconnaître que ce qui nous entoure agit avant tout par ses qualités sensibles. La lumière, la couleur et la matière façonnent notre perception au-delà de la structure elle-même. Il me semble que ces éléments participent à notre manière d’habiter autant qu’à celle d’éprouver une distance, de la chaleur ou une densité du lieu. Dans cette approche, la couleur apparaît comme un champ d’intensité capable d’influencer notre rapport au monde. Une abstraction chromatique, devenant un mode d’approche pour le milieu domestique : elle est celle qui nous invite à percevoir l'espace non plus comme un volume figé, mais comme une vibration qui enveloppe nos corps, façonne nos sensations et impacte notre expérience du lieu.
Cette approche rejoint la réflexion de Gaston Bachelard, exposée dans ︎4︎ La Poétique de l’espace (1957). À travers cet ouvrage, il cherche à comprendre la manière dont l’imaginaire et la perception participent à notre expérience de l’espace domestique. Il définit l’image poétique comme une révélation immédiate, née du contact direct entre le monde et notre sensibilité. Elle ne découle ni du savoir ni de la culture, mais surgit dans l’instant de la perception comme une émotion première. Par cette expérience, l’espace ne se perçoit plus comme une enveloppe extérieure, mais comme un champ capable de faire résonner en nous une partie inconsciente. L’image poétique agit comme un langage à part entière, une forme d’expression antérieure aux mots, qui traduit ce lien intime avec la matière. D’après le philosophe, “habiter poétiquement le monde” revient à éprouver l’espace dans sa profondeur, le vivre avant le penser. Cette lecture éclaire notre réflexion : dépasser la rigidité domestique consiste à redonner aux surfaces et aux objets leur puissance d’évocation.

Mark Rothko, No. 9 (Dark over Light Earth), 1954, huile sur toile, Museum of Fine Arts, Houston.
Cette dimension perceptive se manifeste pleinement dans Dark Over Light Earth de Mark Rothko, où la surface picturale devient un espace d’interprétation sensible. Deux champs chromatiques s’y superposent verticalement : une zone supérieure lumineuse et diffuse semble irradier la toile, tandis qu’un registre inférieur plus sombre et dense absorbe le regard. La rencontre entre ces deux masses colorées ne forme pas une ligne franche, mais une transition floue, un seuil instable où la lumière paraît se déposer et se transformer. Rien ne demeure stable : les contours vibrent, la couleur se dilate et déborde du cadre. Le peintre nous démontre que la matière, lorsqu’elle est superposée, peut engendrer un mouvement, presque une dynamique au sein de la toile.
Ce tableau me paraît traduire une composition spatiale par la couleur, où chaque champ chromatique délimite un espace singulier. La couleur semble attribuer à la surface des tonalités propres, engendrant pour celui qui la perçoit un sentiment presque intime. Chaque teinte devient un espace, chaque nuance une tonalité et chaque contraste une séparation différente : une expérience à la fois visuelle et intérieure.
2.2 Triade spatiale
Aborder l’espace domestique, c’est comprendre qu’il ne se limite pas à une forme construite mais qu’il se constitue dans la relation entre le corps, la matière et la pensée. Après avoir envisagé la couleur comme un langage du sensible, il convient désormais d’interroger l’articulation de cette sensibilité à la structure et au geste. Dans ︎5︎ La production de l’espace (1974) Henri Lefebvre propose une critique de l’espace moderne qu’il ne considère plus comme un cadre matériel, mais comme une production à la fois sociale et vécue. Il distingue trois dimensions indissociables : le conçu ainsi que le perçu et vécu, qui n’existent qu’en interaction. Le premier relève de la pensée du planificateur, le second dans la pratique corporelle et le dernier engage la mémoire et l’affect. Ensemble, ils créent un espace relationnel où structure, expérience et signification s’entremêlent.

Garance Vallée, La Maison d’en face, 2022, scénographie, Paris.
Dans la scénographie de Garance Vallée, La maison d’en face ︎6︎ chaque déplacement réécrit le sens de l’espace. L’intérêt de ce dispositif réside dans la tension qu’il installe entre la fixité de la forme et la fluidité du vécu. Par modulation des teintes et des intensités lumineuses, la conceptrice donne à la matière une respiration, un pouvoir de réponse au geste. L’espace ne se contente plus de contenir le mouvement, il le prolonge et le répercute. Cette approche souligne la capacité de la surface à devenir un dispositif de perception, une interface active entre le corps et le lieu. En prolongeant la pensée d'Henri Lefebvre, Garance Vallée transpose dans l’espace sa triade spatiale. Elle rend perceptible l’espace conçu à travers sa scénographie, l’espace vécu à travers le corps des danseurs et l’espace perçu à travers le regard des spectateurs. Tous participent à la construction du lieu. L’espace devient alors une expérience collective où la conception, l’usage et la perception se confondent. Cette pièce est à mes yeux un espace total, mouvant et habité où la structure se réinvente continuellement à travers ceux qui la traversent.
︎5︎LEFEBVRE Henri, La Production de l’espace, Paris, Anthropos, 1974.
︎6︎VALLÉE Garance, La maison d’en face, 2022, scénographie pour le spectacle de Léo Walk, Théâtre du Châtelet, Paris.
︎6︎VALLÉE Garance, La maison d’en face, 2022, scénographie pour le spectacle de Léo Walk, Théâtre du Châtelet, Paris.
3.0 Bord
Le bord désigne la limite où un espace se termine et entre en contact avec un autre, séparant deux réalités sans pour autant les isoler totalement. Il ne constitue pas une frontière strictement fermée, mais une zone plus ou moins épaisse, comparable à une lisière ︎7︎, qui affecte la relation entre ces milieux et admet un degré variable de dialogue entre eux. Ni tout à fait dedans ni tout à fait dehors, il module, par sa matière, ces interactions en venant amplifier ou entraver les passages visuels. Cette position intermédiaire
3.1 Porosité
La dimension poreuse du bord engage une relation mutuelle entre les espaces qu’il sépare. Ainsi pensé, le bord n’appartient plus à la logique de la cloison mais à celle de la relation : il fait dialoguer la densité de la structure architecturale avec la fluidité du vécu, révélant une continuité entre nos espaces de retrait et le monde extérieur. Penser la porosité du bord, c’est interroger notre manière d’habiter, non comme une volonté de maîtrise, mais comme une recherche d’équilibre entre isolement et ouverture.
Pierre Chareau, La Maison de Verre, 1932, habitation, structure métallique et pavés de verre, Paris.
Cette pensée trouve une traduction concrète dans La Maison de Verre (1932) de Pierre Chareau. En reconsidérant la paroi, cet architecte semble transformer un élément structurel en dispositif spatial. Les briques de verre, par leur ambiguïté de transparence, filtrent la lumière tout en maintenant la cohérence fonctionnelle du mur. Cette surface ne cloisonne plus : elle laisse dialoguer la façade, admettant une profondeur nouvelle à la limite. Le mur cesse d’être une séparation pour devenir un médium de relation entre intérieur et extérieur. Par cette approche, Chareau matérialise la capacité de la matière à rendre visible la continuité du lieu : le verre filtre et laisse passer le regard, redéfinissant ainsi la limite. En modifiant un seul élément, il reconfigure toute une manière d’habiter, où la lumière et la transparence deviennent de véritables structures du lieu.
Maria Appleton, Unperceptibles, 2024, installation textile, Vergez Collection, Buenos Aires.
Cette continuité entre matière, lumière et expérience vécue se prolonge à travers les travaux de Maria Appleton. Cette artiste textile explore la manière dont la surface dépasse sa fonction esthétique et pratique, afin de devenir un agent de transformation spatiale. Dans ︎8︎ son essai Matter and Interiority of the Home (2018), elle décrit l’habitat comme un lieu façonné par des couches matérielles successives qui modulent la relation entre nos corps et leurs environnements. Les murs en forment la structure visible, mais ce sont les éléments plus ténus – rideaux ou textiles suspendus – qui déterminent les degrés de visibilité et donc d’intimité. Appleton montre ainsi comment la matière, loin du simple support, agit comme un seuil reliant le corps à l’espace. Elle matérialise sa pensée à travers Unperceptibles en concevant des espaces non plus clos, mais traversables. Le textile y devient un véritable élément architectural, capable d’articuler la lumière, le geste et la perception. Par le déploiement de toiles suspendues, l’artiste conçoit des espaces de passage plutôt que des volumes fixes. Chaque toile devient un dispositif poreux, orientant la déambulation, modulant la distance et imposant une tonalité propre à la pièce. La surface devient agissante, générant un espace mouvant où l’objet et l’architecture se confondent. Par sa légèreté et sa transparence, le tissu révèle que l’espace peut naître d’un simple geste de matière : aussi fragile qu’un fil et pourtant capable de redéfinir notre rapport au monde.
3.2 Rebord
Le rebord prolonge la réflexion en lui donnant une nouvelle épaisseur. Si le bord établit la relation entre deux espaces, le rebord la rend concrète en transformant la limite en une surface tangible avec laquelle le corps peut entrer en contact direct. Il ne se contente plus d’organiser le dialogue à distance, il engage physiquement celui qui s’en approche et oriente sa manière de se tenir ou de circuler. Par sa forme et son déploiement matériel, il influence la manière dont on traverse physiquement la limite entre deux espaces. Le rebord introduit ainsi une dimension tactile et située à la relation, où la limite cesse d’être abstraite pour devenir une expérience vécue par le corps. En ce sens, il ne relève plus seulement d’une logique de séparation ou de passage, mais d’une relation rendue tridimensionnelle, où la continuité entre les espaces se construit dans l’épaisseur même de la matière qui les met en contact.

Pierre Paulin, Déclive, 1983, fauteuil, structure en bois et mousse, Mobilier national, Paris.
Conclusion
À travers cette étude, j’ai exploré la manière dont la structure, la matière et la lumière peuvent redevenir des lieux de dialogue entre le corps et l’architecture. Cette démarche m’a amenée à reconnaître que nos habitats ne se définissent pas seulement par leur forme, mais par la relation qu’ils entretiennent avec ceux qui les habitent. L’espace cesse alors d’être un cadre figé pour devenir une surface en mouvement, un organisme réactif capable de s’adapter, de se transformer et d’accueillir nos gestes.
Cette réflexion m’a ouvert à une autre manière d’habiter : plus fluide, plus attentive, où la limite n’est plus une séparation mais un espace de relation. En brouillant les frontières entre mobilier et architecture, l’espace se charge d’une nouvelle présence. Il s’allège de l’accumulation d’objets pour retrouver l’essentiel : la continuité entre corps, matière et lumière.
︎7︎Du français ancien (« bordure »), « lisière » désigne la limite ou la bordure d’un espace, notamment la zone de transition entre une forêt et un espace ouvert ; par extension, toute frange périphérique entre deux milieux.
︎8︎APPLETON, Maria, Matter and Interiority of the Home, trad. de l’anglais, Lisbonne, Faculdade de Belas-Artes, Universidade de Lisboa, 2020.
︎8︎APPLETON, Maria, Matter and Interiority of the Home, trad. de l’anglais, Lisbonne, Faculdade de Belas-Artes, Universidade de Lisboa, 2020.
Bibliographie
︎Entretien
APPLETON Maria, entretien avec l’artiste textile, Lisbonne, 17 juillet 2025.
︎Ouvrages
GROSSMAN, Vanessa et MIGUEL, Ciro, Everyday Matters: Contemporary Approaches to Architecture, trad. de l’anglais, Berlin, Ruby Press, 2021.
COCCIA, Emanuele, Philosophie de la maison, trad. de l’italien par Léo Texier, Paris, Rivages, 2024.
KOOLHAAS, Rem, Éléments d’architecture, trad. de l’anglais, Cologne, Taschen, 2018.
LEFEBVRE Henri, La Production de l’espace, Paris, Anthropos, 1974.
PERRET Auguste, Contribution à une théorie de l’architecture, Arles, Éditions du Linteau, 2016.
︎Essais
ILLICH Ivan, La convivialité, Paris, Éditions du Seuil, collection « Points Essais », 2003.
HEIDEGGER Martin, Bâtir, habiter, penser, Paris, Gallimard, 1958.
BACHELARD Gaston, La Poétique de l’espace, Paris, Presses Universitaires de France, collection « Quadrige », 1957.
HERTZBERGER Herman, L’Espace de l’architecte, Amsterdam, SUN/Paperback, 1999.
SIMONDON Gilbert, Du mode d’existence des objets techniques, Paris, Aubier-Montaigne, 1958.
ZUMTHOR Peter, Atmosphères, Bâle, Birkhäuser, 2006.
SEMPER, Gottfried, Der Stil, trad. de l’allemand, Berlin, Verlag für Kunst und Wissenschaft, 1862.
︎Articles
HOYAUX Pierre, « De l’espace domestique au monde domestiqué : point de vue phénoménologique sur l’habitation », dans Annales de géographie, n° 654, 2007, p. 381-400.
POMMIER Juliette et THOMAS Nathanaël, « L’appropriation des logements d’Herman Hertzberger : de l’espace conçu à l’espace vécu », dans Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, n° 6, 2019.
VANSTIPHOUT, Wouter, « Rockbottom: Villa by OMA », dans Harvard Design Magazine, n° 5, Design Arts and Architecture, essai, Harvard Design Press, 1998. Disponible en ligne : https://www.harvarddesignmagazine.org/articles/rockbottom-villa-by-oma/

DEYAERT Ella, Modélisation et rendu 3D (Blender), 2025.