Béatrice Bayard
Lithe
Pétrifier, c’est être changer en pierre. Goutte à goutte, les sucs minéraux imprègnent la matière organique et la figent dans l’éternité. Et s’il était possible de pétrifier le vivant en un temps record ?
Lithe détourne un procédé de pétrification artificielle appliqué au bois, issu du brevet d’Hamilton Hicks (1986). Par l’imprégnation de silicate de sodium, le bois tendre acquiert les propriétés du bois pétrifié. Ce projet à la volonté d’explorer un procédé historique et expérimental et de l’appliquer au design contemporain.
1/3 : Un grand calme
︎ Novembre 2025
2/3 : Tromper la nature
︎ Janvier 2026
3/3 : L'artifice de l'éternité
︎ Février 2026
Article 2
Tromper la nature
La pétrification est un processus où le vivant dans toute sa mollesse passe au minéral, dur et éternel. C’est un état de transformation de la matière, qui fascine nos imaginaires et vecteurs d’histoire, des mythes d'Ovide aux jardins de Bomarzo.
Ces textes visent à explorer la pétrification naturelle et artificielle, via le brevet d'Hamilton Hicks par l'usage du silicate de sodium. Celui-ci permet de minéraliser le bois en quelques jours, lui conférant les propriétés de la pierre. Cet article présente un projet de design expérimental visant à utiliser ces procédés chimiques pour créer du mobilier qui se veut éternel.

Scan de fossiles, production personnelle, Béatrice Bayard,
2025
Ce qui est gravé dans la pierre reste. La pierre incarne des idéaux de solidité et d'éternité. Mais à sa genèse, la roche n'est qu'une soupe de minéraux et métaux en fusion, qui en sortant des entrailles de la terre, se solidifie pour devenir les pierres formant nos paysages. Les pierres ne sont formées que par la réunion de molécules terreuses qui ont été dissoutes dans de l’eau. C’est précisément cet état liquide et mou de la roche, à l'opposé de son apparente rigidité, qui marque le basculement où la matière vivante, imprégnée de ces fluides minéraux, quitte l'organique pour se cristalliser dans l’éternel de la pétrification.
De la figure mythologique de Méduse aux géants de pierre du jardin de Bomarzo ︎1︎, la pétrification est une figure courante dans l'imaginaire et source d’inspiration artistique. C’est l’illusion de la vie : être pétrifié, c’est osciller entre le vivant et le minéral, inerte, dans un jeu sémiotique. Sous l’œil des alchimistes modernes ou de la géologie, la fossilisation opère une mutation : celle d'un organisme qui quitte son destin biologique pour entrer dans l'immortalité minérale. Tromper la nature en créant, en quelques jours seulement, des matériaux capables de traverser les ères, est la réflexion de ces écrits.
De la figure mythologique de Méduse aux géants de pierre du jardin de Bomarzo ︎1︎, la pétrification est une figure courante dans l'imaginaire et source d’inspiration artistique. C’est l’illusion de la vie : être pétrifié, c’est osciller entre le vivant et le minéral, inerte, dans un jeu sémiotique. Sous l’œil des alchimistes modernes ou de la géologie, la fossilisation opère une mutation : celle d'un organisme qui quitte son destin biologique pour entrer dans l'immortalité minérale. Tromper la nature en créant, en quelques jours seulement, des matériaux capables de traverser les ères, est la réflexion de ces écrits.
︎1︎
MORGAN, Luke. « Living Rocks and Petrified Giants in Vicino Orsini’s Sacro Bosco ». Architectural Theory Review, vol. 20, no 1, 2015, p. 7-29. Disponible sur : http://dx.doi.org/10.1080/13264826.2015.1049546
1.
L'intérêt pour la fossilisation
1a.
Pétrification et fossilisation
La fossilisation et la pétrification ︎2︎ sont des phénomènes naturels communs. Ils désignent une transformation de la matière organique en matière minérale grâce à une minéralisation progressive. Ce sont des transformations plus ou moins complexes qui demandent des conditions particulières liées à la géomorphologie d’un lieu. Les tissus sont remplacés par des substances minérales au sein de la roche sédimentaire, roche par excellence pour la conservation de fossiles. Il peut y avoir, plus rarement, une conservation de la matière organique, dans les cas de congélation, de momification ou d'inclusion dans de l'ambre. La minéralisation d’un corps désigne donc l’apport à la matière de substances minérales concentrées qui se cristallisent par dépôt dans ce corps mou, le rendant minéral.
La fossilisation
J’ai grandi dans une famille qui cherche des pierres et des fossiles. Lorsque l’on se promène, on baisse le regard et on épie chaque roche : la quête consiste à mettre au jour des trésors dissimulés entre les pierres et la boue des champs. Chez moi, les allées des jardins sont ponctuées de fossiles d’huîtres et de coquillages contenus dans le calcaire. Le fossile est à la fois rare et banal ; les coquilles marines fossilisées étant extrêmement communes et faciles à trouver. Cette banalité n’enlève pas leur préciosité : on a retrouvé, dans des centaines de sépultures de l’âge du Bronze, des fossiles d’oursins qui indiquent, par leur disposition, qu’environ dix-huit mille ans plus tôt, des hommes ont pu les considérer comme des objets inhabituels. Durant des siècles d’ignorance quant à leur formation, de nombreux récits ont avancé des hypothèses pour expliquer leur existence. Les fossiles pouvaient alors être considérés comme des divertissements du diable, placés dans les rochers afin de détourner la race humaine. Parfois, ils étaient attribués au Déluge ; d’autres fois, ils étaient perçus comme des jeux de la nature, ou encore comme le résultat d’une force vivante cherchant en vain à faire émerger des rochers des organismes doués de vie. Ce n’est qu’au cours des derniers siècles que les fossiles ont été étudiés de manière scientifique et approfondie afin de comprendre leur formation.
A de rares exceptions près, les fossiles ︎3︎ ne sont plus que les parties dures d’organismes qui ont vécu autrefois : coquilles de bivalves, d’oursins, dents et os d'invertébrés, branches et feuilles d’arbres. Les parties molles ont disparu, en raison de la rapidité du processus de décomposition, bien souvent secondé par l’attaque des nécrophores de toutes sortes. Pour que la fossilisation ︎4︎ait lieu, il est nécessaire que l’organisme soit rapidement recouvert de sédiments qui, en s’accumulant au fil du temps, transforment progressivement l’organisme en pierre. Ce processus peut prendre des millions d’années et implique souvent plusieurs étapes, au cours desquelles les matières organiques sont remplacées par des minéraux. Il existe différents types de fossilisation, qui se distinguent par le degré de fidélité au vivant passé du fossile et par les processus par lesquels le vivant devient pierre. On distingue notamment la pétrification, la carbonisation, la momification, la préservation dans l’ambre, ainsi que les empreintes et les moulages.
La pétrification, sujet de cet écrit, est donc un processus naturel de fossilisation avec des différences tant dans sa formation que son résultat, la différence majeure étant l’action des sels minéraux dissolvant et leur dépôt.
La pétrification
La pétrification est une opération de la nature, par laquelle un corps du règne végétal, ou du règne animal, est converti en pierre, mais contrairement à la fossilisation, se doit de conserver la forme qu’il avait auparavant. C’est un processus plus ou moins complexe, qui peut être expliqué plus simplement avec l’exemple du bois pétrifié. Vivant, le bois est un assemblage de fibres (lignine, cellulose…), qui sont autant de tuyaux qui donnent passage à la sève. A sa chute, le bois mort est enfoui sous terre et ne tarde point à être pénétré par l’eau. Dans la majorité des cas, cela signifie sa putréfaction mais dans le cas de sols avec des eaux chargées en minéraux, cela peut signifier sa conservation grâce à la pétrification. Pour que cette opération se fasse, il faut que la terre dans laquelle est renfermé le bois ne soit ni trop sèche, ni trop humide. Trop d’eau ferait pourrir le bois trop rapidement, et le réduirait en terre avant que les molécules aient le temps de se disposer peu-à-peu. D’un autre côté, un terrain trop sec ne fournirait pas assez d’eau qui, comme vu, est un élément essentiel à la pétrification. Les pores et les tuyaux se dilatent et s’agrandissent, l’eau y entre comme dans une éponge. Chargée de minéraux, cette eau s’insinue dans les pores et les fibres, dissolvant par son passage les substances organiques. Le bois conserve son tissu et sa forme : les molécules se combinent au bois, elles s’y moulent, elles remplissent, et à l’aide de l’évaporation, ces molécules accumulées se lient les unes avec les autres. Le bois changé en pierre conserve alors la même forme qu’il avait auparavant.
Les vraies pétrifications sont donc les corps soit animaux, soit végétaux, qui ont été imbibés du suc pierreux, qui est venu remplacer la composition originale dont ces corps étaient composés, sans changer la structure du tissu les composant. De cette manière, des arbres entiers pétrifiés, avec leurs branches et leurs racines, ont été trouvés aux quatres coins du globe.
Photo de troncs pétrifiés (
Trias) , Parc national de la Forêt pétrifiée, Arizona, États-Unis.

La couleur du bois pétrifié provient des métaux traces. Le fer peut produire une gamme de teintes selon son état d'oxydation et le chrome produit du bois pétrifié vert vif. Les variations de couleur reflètent souvent différentes phases de minéralisation.
La fossilisation et la pétrification représentent un changement de la matière vivante, molle et indubitablement censée disparaître, compostée dans la terre. Mais dans les bonnes conditions, le vivant triomphe de la disparition complète : il se cristallise de minéraux divers, se durcit pour ne devenir que pierre. Les fossiles sont les témoins du caractère éphémère de la vie mais aussi de sa pérennité : ils deviennent alors une preuve de vie, figés, surpassant notre destin de devenir poussière. Le repos du fossile est plus profond que celui de la mort : c’est le repos de la vie dans la matière. C’est une mort qui traverse les ères, celle enfouie dans le plus profond des sols sédimentaires. Comment ne pas être fasciné par la vue du vivant figé dans la pierre ? Les fossiles créent ainsi un lien contre-intuitif entre la pierre, inerte et dur, et le vivant, mou et plastique. « Le fossile n’est plus simplement un être qui a vécu, c’est un être qui vit encore, endormi dans sa forme.» ︎5︎ , affirme Gaston Bachelard en parlant du travail de Jean Baptiste Robinet qui pense les fossiles comme formes de vie partielles.
1b.
Le mou qui devient pierre :
de la dialectique des matières au basculement sémiotique
Avant d’explorer les mythes et le symbolisme associés aux fossiles et à la pétrification, il faut d’abord comprendre la matière. Qu'est-ce que la matière ? Il y a tellement de nuances dans la manière dont nous vivons chacune d’entre elles ; comment décrire la qualité matérielle des substances et des masses qui nous entourent ? Et au-delà de la qualité matérielle, comment expliquer les rêveries sous-jacentes de toutes ces matières ?
Le couple consistance/inconsistance ︎6︎ permet de couvrir plusieurs états de la matière ; deux mots qui permettent d’expliquer une grande partie de notre imagination matérielle. Sur cette échelle, nous avons deux états en opposition complète, le mou et le dur, où toute matière peut vivre toutes ses nuances et tensions internes. En sémiotique, ce couple sert à décrire la manière dont des objets ou des valeurs sont perçus selon leur degré de cohésion et de solidité, au sens symbolique et pas seulement matériel. Ce qui est dur/consistant est stable, structuré, résistant et porte les valeurs de l’autorité, l’ordre, voire un idéal de beauté. La consistance porte des valeurs essentiellement positives. L’inconsistance de la matière est plus désarmante : ce qui est mou est instable, souple, malléable. Le mou renvoie au vivant, à la sensibilité et au chaos. Les fossiles et les pétrifications posent question car c’est le vivant figé dans la pierre, ou la pierre qui porte la vie ; le mou va donc à l'encontre de cette dialectique. Il y a un jeu qui prend forme, une sorte de trompe-l'œil de la nature qui opère, ce que Emile de Vissher dans la revue .able (2023) ︎7︎ nomme un basculement sémiotique. Dans cet entre-deux, la pétrification ne se contente pas de durcir une substance ; elle transforme radicalement le statut ontologique de l'entité : le corps-sujet (souple, périssable, agissant) s'efface pour devenir un objet-trace. La "dureté" acquise par le corps n'est plus seulement une propriété tactile, mais devient le signe d'une immutabilité face à la corruption organique. En devenant pierre, le vivant quitte le temps biologique pour entrer dans un temps géologique. Dès lors, toute matière allant à l'encontre de son ordre naturel pose question, et les fossilisations n'échappent pas à cette règle. Si le vivant, voué à la putréfaction et à la disparition, se transforme en pierre, cette permanence peut être interprétée comme un signe de sainteté. Dans le monde chrétien, cette idée s’est notamment matérialisée à travers la création d’andro-lithes ︎8︎ , issus de procédés d’embaumation visant à pétrifier le corps humain, tant pour des usages médicaux que pour des pratiques relevant du domaine funéraire. Le fait qu’un corps, en totalité ou en partie, échappe à la décomposition a ainsi été perçu comme une manifestation visible de la sainteté, croyance encouragée, approuvée ou tolérée par l’Église, et ayant conduit à la sacralisation de restes humains transformés en reliques. Pourtant, des processus naturels ont de tout temps permis la conservation des corps, sans qu’une intervention divine ne soit nécessaire, nous rappelant que ce basculement sémiotique de la chair vers la pierre est avant tout un procédé naturel, sans connotations bibliques.
1c.
L'imaginaire de la Pétrification,
une lecture ambivalente
La pétrification n'est pas un processus neutre. Elle est porteuse d'un imaginaire culturel très puissant, une transformation qui interroge notre rapport à la mort et à la permanence. Si la culture populaire y voit majoritairement une privation de la vie (sens fig. Figer dans une certaine expression ; rendre sans expression, sans vie.) ︎9︎ , la pétrification peut être lue dans deux sens. Être figée dans une mort éternelle, ou émerger de la pierre, en attente de prendre vie. Cette dualité est visible dans les géants pétrifiés du Sacro Bosco d’Orsini situé au nord de l’italie comme l’explique Luke Morgan ︎10︎ , chercheur en art, design et architecture. Le bois d'Orsini comprend plusieurs statues, bâtiments et monuments, dont beaucoup ont été taillés à même la roche. C’est un jardin très mystérieux, dont l’histoire racontée par ces statues gigantesque reste énigmatique. Encore aujourd’hui, il n’existe peu ou pas de consensus dans la littérature sur la signification du Sacro Bosco. Selon Luke Morgan, un élément d’interprétation se trouve dans une caractéristique singulière du Sacro Bosco : les colosses sont sculptés in situ dans la roche, technique aussi appelée pietra viva (roche vivante). Elle permet une interprétation à double sens : soit les géants du Sacro Bosco émergent de la roche, soit comme se pétrifiant dans le paysage.
Le Bois Sacré de Bomarzo, ou Parc des Monstres, comme on l'appelle communément en raison de la présence de sculptures grotesques dispersées dans un bois, est l'idée du prince Pier Francesco (surnommé Vicino) Orsini en 1552.
L’idée d’une roche vivante, vivum saxum, est une figure mentionnée dans plusieurs sources classiques connues à la Renaissance. Les Métamorphoses d'Ovide furent le texte classique le plus influent pour l'art paysager de la Renaissance. Pour Ovide, la nature insuffle la vie à toute chose, même à la pierre. Cette idée implique un paysage animé, en perpétuelle croissance et transformation. Le Sacro Bosco fait directement référence à Ovide, dans le choix des thèmes et statues présentés. Plus significatif encore, la technique de la pietra viva, par nature, évoque également le topos ovidien de la roche vivante. Les blocs sculptés du Sacro Bosco rappellent directement les pierres qui, dans le poème d'Ovide, prennent peu à peu l'apparence d'hommes et de femmes. Orsini avait peut-être à l'esprit l'histoire de Deucalion et Pyrrha, racontant la métamorphose de pierres en humains :
“Ils descendent, se voilent la tête, dénouent leurs tuniques
et sur leurs pas, derrière eux, selon l'ordre reçu, lancent les pierres.
Ces pierres - qui le croirait, si l'antiquité n'en témoignait ? -
commencèrent à perdre leur rigidité et leur raideur,
à ramollir peu à peu et, une fois ramollies, à prendre forme.
Bientôt, quand elles eurent grandi et pris une nature plus douce,
une certaine forme humaine put apparaître, non évidente toutefois,
mais semblable à des ébauches de marbre, qui ne seraient pas
assez achevées et ressembleraient fort à des statues grossières.
cependant, la partie de ces pierres, constituée de terre mêlée
à des sucs humides, se métamorphose pour servir de corps ;
la partie solide qui ne peut être pliée se change en ossements ;
ce qui naguère était veine, reste veine, et conserve donc son nom.
En très peu de temps, par la volonté des dieux, les pierres
lancées par les mains de l'homme prirent un aspect masculin
et de celles jetées par la femme fut reconstituée une femme.
C'est pourquoi notre race est dure, rompue à l'effort ;
et nous donnons la preuve de l'origine de notre naissance. ︎11︎ ”
et sur leurs pas, derrière eux, selon l'ordre reçu, lancent les pierres.
Ces pierres - qui le croirait, si l'antiquité n'en témoignait ? -
commencèrent à perdre leur rigidité et leur raideur,
à ramollir peu à peu et, une fois ramollies, à prendre forme.
Bientôt, quand elles eurent grandi et pris une nature plus douce,
une certaine forme humaine put apparaître, non évidente toutefois,
mais semblable à des ébauches de marbre, qui ne seraient pas
assez achevées et ressembleraient fort à des statues grossières.
cependant, la partie de ces pierres, constituée de terre mêlée
à des sucs humides, se métamorphose pour servir de corps ;
la partie solide qui ne peut être pliée se change en ossements ;
ce qui naguère était veine, reste veine, et conserve donc son nom.
En très peu de temps, par la volonté des dieux, les pierres
lancées par les mains de l'homme prirent un aspect masculin
et de celles jetées par la femme fut reconstituée une femme.
C'est pourquoi notre race est dure, rompue à l'effort ;
et nous donnons la preuve de l'origine de notre naissance. ︎11︎ ”

Deucalion et Pyrrha jetant les pierres, fresque de Baldassarre Peruzzi (1481-1536), Villa Farnesine, Rome
Les statues d’Orsini émergent de la terre, au sens propre du terme — à différents stades de maturation. Ce mythe de la création est mis en scène dans le Sacro Bosco, ou la vie émerge de la roche, et se fige à différents stade de “mise à vie”.
Au lieu d'émerger de la roche-mère et de perdre petit à petit leur rigidité jusqu'à acquérir une forme humaine, ces géants peuvent être interprétés comme ayant subi un processus inverse de pétrification, semblable à la métamorphose d'Atlas. Dans les jardins de la Renaissance, les éléments du paysage étaient fréquemment personnifiés sous forme de figures anthropomorphes colossales. La description par Ovide de la transformation d'Atlas, où le géant est instantanément pétrifié lorsque Persée le confronte à la tête de Méduse, étaient source d’inspiration pour cette métaphore du corps qui devient topographie :
“sa barbe et ses cheveux se changent en forêts, ses épaules et ses mains
se muent en crêtes. Ce qui était sa tête coiffe le sommet du mont,
ses os deviennent des rochers. Alors élevé en toutes ses parties,
il s'accroît immensément - ainsi, ô dieux, l'avez-vous décidé -,
et le ciel tout entier avec ses astres sans nombre s'est reposé sur lui. ︎12︎”
se muent en crêtes. Ce qui était sa tête coiffe le sommet du mont,
ses os deviennent des rochers. Alors élevé en toutes ses parties,
il s'accroît immensément - ainsi, ô dieux, l'avez-vous décidé -,
et le ciel tout entier avec ses astres sans nombre s'est reposé sur lui. ︎12︎”

Persée transformant Atlas en pierre,
Gillis Coignet,
Private Collection / Bridgeman Images
Les géants du Sacro Bosco peuvent être interprétés de l'une ou l'autre de ces manières opposées : comme des images d'une vie émergente ou d'une pétrification posthume créant le paysage. En choisissant de sculpter directement les blocs de roche plutôt que de suivre un plan narratif préétabli, Orsini a créé une œuvre fondamentalement ouverte et libre d'interprétation pour le visiteur. La pétrification y est un seuil : elle est à la fois la fin de la vie et la création de la vie.
Taillé dans la roche, le colosse de l'Apennin, haut de 14 mètres, représenterait le dieu des montagnes – les Apennins étant tout proches – dont il symboliserait la rudesse (voir les stalactites dans la barbe et les cheveux). Il a été construit entre 1579 et 1583, au nord de Florence, en Italie.
Giambologna, Appennino, 1579, Pratolino, photo de Luke Morgan
Giambologna, Appennino, 1579, Pratolino, photo de Luke Morgan
︎2︎ “Pétrification”. Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernier dépôt 5 février 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Petrifaction
︎3︎ KIRKALDY, J. F. Les fossiles en couleurs. Paris : Fernand Nathan, 1972
︎4︎ LA RÉDACTION. « Fossilisation : qu’est-ce que c’est ? ». Futura Planète [en ligne], 13 avril 2024.Consulté le 04/02/2026, sur : https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/paleontologie-fossilisation-1972/
︎5︎ BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Paris, Presses universitaires de France, 1957.
︎6︎ PARRET, Herman. « Éléments d’une sémio-esthétique de l’inconsistance ». Actes sémiotiques, no 127, 2022. ISSN 2270-4957. Consulté le 04/02/2026, sur https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/7782
︎7︎ DE VISSCHER, Emile, et MAURUS, Ophélie. « Pétrification : transmutations matérielles et archéologie spéculative ». Revue .able, 25 mars 2023. Disponible sur : https://able-journal.org/fr/petrification
︎8︎ Vidor, G. M. (2010). Andro-lithe et pétrification des cadavres humains au xixe siècle. Frontières, 23(1), 66–73. Consulté le 04/02/2026, sur : https://doi.org/10.7202/1004025ar
︎9︎CNRTL – Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. pétrifier. Définition du CNRTL
︎10︎ MORGAN, Luke. Living Rocks and Petrified Giants in Vicino Orsini’s Sacro Bosco. Architectural Theory Review [en ligne], 2015, vol. 20, no 1, p. 7-29.
︎11︎ OVIDE, Les Métamorphoses. Livre I : L’humanité renouvelée (1, 253-415) [en ligne]. Traduction française annotée par A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2005. Bibliotheca Classica Selecta, Disponible sur : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/metam/Met01/M01-253-415.html
︎12︎ OVIDE, Les Métamorphoses. Livre IV : Première partie de la légende de Persée (4, 604-803) [en ligne]. Traduction française annotée par A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2006. Bibliotheca Classica Selecta, Disponible sur : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met04/Met-04-604-803.htm
︎3︎ KIRKALDY, J. F. Les fossiles en couleurs. Paris : Fernand Nathan, 1972
︎4︎ LA RÉDACTION. « Fossilisation : qu’est-ce que c’est ? ». Futura Planète [en ligne], 13 avril 2024.Consulté le 04/02/2026, sur : https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/paleontologie-fossilisation-1972/
︎5︎ BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Paris, Presses universitaires de France, 1957.
︎6︎ PARRET, Herman. « Éléments d’une sémio-esthétique de l’inconsistance ». Actes sémiotiques, no 127, 2022. ISSN 2270-4957. Consulté le 04/02/2026, sur https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/7782
︎7︎ DE VISSCHER, Emile, et MAURUS, Ophélie. « Pétrification : transmutations matérielles et archéologie spéculative ». Revue .able, 25 mars 2023. Disponible sur : https://able-journal.org/fr/petrification
︎8︎ Vidor, G. M. (2010). Andro-lithe et pétrification des cadavres humains au xixe siècle. Frontières, 23(1), 66–73. Consulté le 04/02/2026, sur : https://doi.org/10.7202/1004025ar
︎9︎CNRTL – Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. pétrifier. Définition du CNRTL
︎10︎ MORGAN, Luke. Living Rocks and Petrified Giants in Vicino Orsini’s Sacro Bosco. Architectural Theory Review [en ligne], 2015, vol. 20, no 1, p. 7-29.
︎11︎ OVIDE, Les Métamorphoses. Livre I : L’humanité renouvelée (1, 253-415) [en ligne]. Traduction française annotée par A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2005. Bibliotheca Classica Selecta, Disponible sur : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/metam/Met01/M01-253-415.html
︎12︎ OVIDE, Les Métamorphoses. Livre IV : Première partie de la légende de Persée (4, 604-803) [en ligne]. Traduction française annotée par A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2006. Bibliotheca Classica Selecta, Disponible sur : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met04/Met-04-604-803.htm
2.
La pétrification artificielle
Chercher à capturer la pérennité de la pierre au cœur du vivant, voici toute la problématique de ce sujet. Si la nature pétrifie le bois sur des millions d’années, la pétrification artificielle offre un raccourci vers l’inaltérable en un temps record. C’est contrôler un processus lent et plus ou moins aléatoire au service de l’éloboration de matière nouvelle et le design d’objet contemporain.
Bien que la pétrification naturelle du bois soit relativement rare, le processus est aujourd'hui bien compris. Des expériences en laboratoire ont démontré que le bois peut être pétrifié artificiellement en un temps remarquablement court. En 1986, le chercheur américain Hamilton Hicks a breveté une méthode impliquant un mélange de silicate de sodium (verre liquide), d'eau riche en minéraux et d'acides. La solution pénètre le bois et, une fois sèche, lui confère les propriétés du bois pétrifié, notamment une résistance au feu, à l'humidité, aux insectes et à la décomposition. Ces découvertes montrent que le bois peut être rapidement pétrifié par silicification ︎13︎ , ceci à des températures et des pressions normales. Contrairement à la croyance répandue selon laquelle le bois fossilisé doit mettre des milliers ou des millions d'années à se former, la science moderne démontre que la pétrification peut se produire beaucoup plus rapidement lorsque les conditions nécessaires sont réunies.
2a.
La pétrification artificielle,
une vue d’ensemble
La pétrification artificielle regroupe les procédés visant à reproduire les propriétés du bois fossile. Si l'étude du processus géologique naturel a permis d'imiter la formation du bois pétrifié, il convient de distinguer les techniques de contrefaçon des avancées en science des matériaux. Les méthodes d'imitation et de stabilisation les plus courantes reposent sur l'imprégnation de polymères ou de résines colorées dans le bois. Bien que ces méthodes améliorent la conservation du bois et imitent ses teintes chatoyantes, elles ne modifient pas sa structure moléculaire. À un niveau plus avancé, la méthode historique d'Hamilton Hicks permet une infiltration minérale plus profonde le rapprochant ainsi physiquement de la pierre.
Le procédé de minéralisation du bois par le brevet d'Hamilton Hicks est une première tentative pour standardiser et industrialiser ce processus. Mais il s'inscrit dans une quête scientifique amorcée dès le XIXe. À cette époque, les travaux sur le silicate de sodium, ou "eau de verre", cherchaient déjà à conférer au bois l'inaltérabilité de la pierre pour des applications industrielles et pratiques. L'essor du chemin de fer et de la construction navale exigeait des bois imputrescibles et ignifuges. Des chercheurs comme Johann Nepomuk von Fuchs (inventeur du « verre soluble » ou silicate de sodium vers 1820) ont posé les bases de ce que Hicks a perfectionné plus tard. L'objectif était alors de saturer les fibres ligneuses avec des sels minéraux pour stopper la décomposition. Il faut noter aussi l'héritage de Girolamo Segato ︎14︎, cartographe et naturaliste italien, célèbre pour ses travaux sur la l’apparente pétrification de tissus organiques, détaillée plus tôt avec les andro-lithes. Bien qu'il se soit principalement illustré sur des restes humains et animaux, ses recherches ont alimenté le mythe et l'intérêt scientifique pour la transformation du vivant en pierre, influençant indirectement les premières tentatives de minéralisation du bois.
En 2005, des scientifiques du Pacific Northwest National Laboratory (PNNL) ︎15︎ont annoncé avoir réussi à pétrifier artificiellement des échantillons de bois, en seulement quelques jours. Contrairement à la pétrification naturelle ou au silicate de sodium, ils ont infiltré les échantillons dans des solutions acides, puis les ont imprégnés de titane et de carbone ou silicate de sodium. Les échantillons sont cuits dans un four à haute température (environ 1 400 °C) sous atmosphère inerte. Le résultat est un composite céramique-bois artificiel à matrice de carbure de titane et de carbure de silicium, conservant la structure initiale du bois. Ces matériaux bois-céramique sont des sortes de pétrification du fait qu’ils conservent leur intégralité, ceci jusqu’au grain du bois. Cependant, cette réaction, forcée en laboratoire, ne se produit pas dans la nature. Au-delà de la simple reproduction, ces nouveaux matériaux poreux et ultra-résistants trouvent des applications industrielles stratégiques. Ils sont notamment étudiés pour la filtration et le stockage de déchets radioactifs, grâce à leur capacité à supporter des températures extrêmes tout en conservant une structure filtrante héritée de la biologie végétale.
Bois dur : micrographie électronique d’un bois transformé en pierre en quelques jours grâce à l’acide et à la chaleur, photos du Laboratoire national du Nord-Ouest Pacifique
Cependant, toutes ces avancées doivent être considérées comme une semi-pétrification, ou au moins, comme la production d'un type de composite de bois. Le matériau ligneux reste présent dans une certaine mesure ; les constituants du bois (cellulose, lignines, etc.) n'ont pas été remplacés par le silicate et autres minéraux, mais ont été plus simplement infiltrés par des solutions acides spécialement formulées. Ces avancées permettent donc de créer de nouveaux matériaux qui gagnent les propriétés techniques de la pierre, mais d’un regard paléontologique ou géologique, ils ne sont en aucun point de réels fossiles.
2b.
Liqueur de cailloux
Liqueur de cailloux
Le silicate de sodium ︎16︎ , désigné par les appellations vernaculaires « verre soluble » ou « liqueur de cailloux », est le principe actif le plus commun dans les protocoles de pétrification artificielle. Le silicate de sodium est une base forte, inodore et hautement hydrosoluble, dont la structure vitreuse lors du séchage en fait un liant minéral excellent. Au-delà de la minéralisation du bois, le silicate de sodium est commun dans de nombreux secteurs industriels, notamment pour ses propriétés ignifuges et hydrofuges. Son usage s'étend à la formulation de ciments spécialisés, de matériaux réfractaires, ainsi qu'aux industries textiles et cosmétiques où il sert d'agent de viscosité ou de fixation. La présence de ce composé s'explique par la facilité avec laquelle il s'intègre à diverses préparations. Au début du XXe siècle, le silicate de sodium était même utilisé comme additif alimentaire réglementé sous le numéro E550. Le silicate de sodium était utilisé pour la conservation des œufs frais : l'immersion dans cette solution permettait de boucher les pores de la coquille, isolant ainsi l'œuf des bactéries. Ce procédé garantissait la consommation jusqu'à neuf mois. Avant de consommer l'œuf, il fallait percer la coque avant toute cuisson à l'eau bouillante ; l'étanchéité totale de la paroi empêchait la vapeur d'eau de s'échapper pour éviter l'éclatement de l'œuf…
L'utilisation du silicate de sodium, telle que formalisée par le brevet d'Hamilton Hicks ︎17︎, permet de transformer les propriétés intrinsèques du bois en minéraux, ceci rapidement et avec des matériaux facilement sourçables. Ce procédé repose sur l'imprégnation d'une solution silicatée minéralisée qui, une fois infiltrée dans les cellules ligneuses, se gélifie. L'eau minérale et le silicate de sodium sont proportionnés de manière à ce que la solution soit un liquide de viscosité stable et est acidifiée à un degré provoquant une « gélification naissante ». Le bois complètement imprégné, par des applications répétées ou sous vide, possède après séchage des caractéristiques similaires au bois pétrifié, y compris son apparence. Cette métamorphose confère au bois une densité accrue et une dureté comparable à celle de la pierre. Il ne faut pas confondre cette application a celle des vernis classiques, le silicate de sodium pénètre en profondeur pour fixer les minéraux au cœur des fibres, créant ainsi un matériau composite capable de charbonner sans jamais s'enflammer.
Dans le cas de Hamilton Hicks, l’utilisation du bois pétrifié était très pratique, principalement orienté vers la protection des infrastructures équestres. Selon ses mots : “Par conséquent, la solution peut être totalement non toxique et peut être utilisée pour les boxes de chevaux, où elle sert non seulement à prévenir les incendies, mais présente l'avantage pratique considérable que, bien qu'elle soit non toxique, elle a un goût désagréable qui empêche les chevaux de détruire les parties en bois du box en les mâchant ou en les rongeant en morceaux.” ︎18︎. Cependant, malgré la validation technique du procédé (deux écuries ont été mises à feu mais n’ont pas brûlé grâce au traitement), l'invention n'a pas rencontré de succès commercial. Plusieurs facteurs expliquent ce déploiement limité : d'une part, une logistique complexe imposant l’importation d'eaux minérales volcaniques spécifiques, rendant la production industrielle moins compétitive comparé aux ignifuges chimiques conventionnels ; d'autre part, le bois traité devient plus lourd mais aussi plus friable ! Pour la construction, cette modification de la souplesse naturelle du bois est un frein structurel.
Aujourd'hui, le brevet US 4,612,050 est expiré. Son héritage survit principalement dans le domaine du design expérimental et la recherche en matériaux composites. C’est une méthode historiquement validée par des tests d'incendie, mais qui reste un terrain d'exploration ouvert pour le mobilier d'art.
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La silicification est un processus géologique de pétrification par lequel des fluides riches en silice pénètrent un matériau — organique ou minéral — et remplacent progressivement ses composants initiaux. Ce phénomène conduit à la minéralisation de la matière tout en conservant, dans de nombreux cas, la structure et les formes du matériau d’origine, comme cela s’observe notamment dans le cas du bois silicifié.
« Silicification », Wikipédia, l’encyclopédie libre, consulté le 11/02/2026, disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silicification.
︎14︎ “Artificial Petrifaction”. Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernière modification le 17 janvier 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Petrifaction
︎15︎ SHIN, Yongsoon, WANG, Chong M. et EXARHOS, Gregory J. « Synthesis of SiC ceramics by the carbothermal reduction of mineralized wood with silica ». Advanced Materials, vol. 17, no. 1, 2005, p. 73-77
︎16︎ « Silicate de sodium ». Wikipédia, l’encyclopédie libre, dernière modification consultée le 5 février 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silicate_de_sodium
︎17︎ HICKS, Hamilton. Sodium silicate composition. Brevet américain US 4612050, délivré en 1986. Disponible sur : https://www.freepatentsonline.com/4612050.html
︎18︎ Ibid
« Silicification », Wikipédia, l’encyclopédie libre, consulté le 11/02/2026, disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silicification.
︎14︎ “Artificial Petrifaction”. Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernière modification le 17 janvier 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Petrifaction
︎15︎ SHIN, Yongsoon, WANG, Chong M. et EXARHOS, Gregory J. « Synthesis of SiC ceramics by the carbothermal reduction of mineralized wood with silica ». Advanced Materials, vol. 17, no. 1, 2005, p. 73-77
︎16︎ « Silicate de sodium ». Wikipédia, l’encyclopédie libre, dernière modification consultée le 5 février 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silicate_de_sodium
︎17︎ HICKS, Hamilton. Sodium silicate composition. Brevet américain US 4612050, délivré en 1986. Disponible sur : https://www.freepatentsonline.com/4612050.html
︎18︎ Ibid
Conclusion
Explorer le phénomène de pétrification est pour moi un vaisseau pour développer une histoire sensible. Des matières organiques, telle le bois, peuvent être rendues immortelles en se minéralisant, renversant ainsi sa destinée de se putrefier et disparaître à jamais. Ce projet a pour but d’explorer les techniques de pétrification artificielle recréant les processus naturels. Il a donc une forte part de narration mais aussi de chimie. C’est un projet qui se veut à la croisée de l’art et de la recherche matière, où chaque objet raconte le processus lent de pétrification, s’adressant à un public sensible à l’expérimentation et à la narration matérielle.
Ces recherches autour de la pétrification artificielle permettent de mettre à jour un procédé historique et expérimental et de l'appliquer au design contemporain. Appliqués au bois et au papier, cette recette permet de créer un mobilier éternel, fonctionnel et innovant matériellement. Mon travail ne cherche pas à imiter la pierre, mais à proposer un matériau innovant entre bois et minéral.
Bibliographie
︎Articles
MORGAN, Luke. « Living Rocks and Petrified Giants in Vicino Orsini’s Sacro Bosco ». Architectural Theory Review, vol. 20, no 1, 2015, p. 7-29. Disponible sur : http://dx.doi.org/10.1080/13264826.2015.1049546
PARRET, Herman. « Éléments d’une sémio-esthétique de l’inconsistance ». Actes sémiotiques, no 127, 2022. ISSN 2270-4957. Consulté le 04/02/2026, sur https://www.unilim.fr/actes-semiotiques/7782
VIDOR, G. M. (2010). Andro-lithe et pétrification des cadavres humains au xixe siècle. Frontières, 23(1), 66–73. Consulté le 04/02/2026, sur : https://doi.org/10.7202/1004025ar
SHIN, Yongsoon, WANG, Chong M. et EXARHOS, Gregory J. « Synthesis of SiC ceramics by the carbothermal reduction of mineralized wood with silica ». Advanced Materials, vol. 17, no. 1, 2005, p. 73-77
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︎Ouvrages
KIRKALDY, J. F. Les fossiles en couleurs. Paris : Fernand Nathan, 1972
BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Paris, Presses universitaires de France, 1957.
OVIDE, Les Métamorphoses. Livre I : L’humanité renouvelée (1, 253-415) [en ligne]. Traduction française annotée par A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2005. Bibliotheca Classica Selecta, Disponible sur : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/metam/Met01/M01-253-415.html
OVIDE, Les Métamorphoses. Livre IV : Première partie de la légende de Persée (4, 604-803) [en ligne]. Traduction française annotée par A.-M. Boxus et J. Poucet, Bruxelles, 2006. Bibliotheca Classica Selecta, Disponible sur : https://bcs.fltr.ucl.ac.be/METAM/Met04/Met-04-604-803.htm
︎Sites
“Pétrification”. Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernier dépôt 5 février 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Petrifaction
LA RÉDACTION. « Fossilisation : qu’est-ce que c’est ? ». Futura Planète [en ligne], 13 avril 2024.Consulté le 04/02/2026, sur : https://www.futura-sciences.com/planete/definitions/paleontologie-fossilisation-1972/
DE VISSCHER, Emile, et MAURUS, Ophélie. « Pétrification : transmutations matérielles et archéologie spéculative ». Revue .able, 25 mars 2023. Disponible sur : https://able-journal.org/fr/petrification
CNRTL – Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. pétrifier. Définition du CNRTL
« Silicification », Wikipédia, l’encyclopédie libre, consulté le 11/02/2026, disponible sur : https://fr.wikipedia.org/wiki/Silicification.
“Artificial Petrifaction”. Wikipedia, The Free Encyclopedia, dernière modification le 17 janvier 2026. Consulté le 05/02/2026, sur : https://en.wikipedia.org/wiki/Petrifaction
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Maquette carton échelle 1 de la chaise Lithe, Béatrice Bayard, 2025

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