Béatrice Bayard
Lithe
Pétrifier, c’est être changer en pierre. Goutte à goutte, les sucs minéraux imprègnent la matière organique et la figent dans l’éternité. Et s’il était possible de pétrifier le vivant en un temps record ?
Lithe détourne un procédé de pétrification artificielle appliqué au bois, issu du brevet d’Hamilton Hicks (1986). Par l’imprégnation de silicate de sodium, le bois tendre acquiert les propriétés du bois pétrifié. Ce projet à la volonté d’explorer un procédé historique et expérimental et de l’appliquer au design contemporain.
1/3 : Un grand calme
︎ Novembre 2025
2/3 : Tromper la nature
︎ Janvier 2026
3/3 : L'artifice de l'éternité
︎ Février 2026
Article 1
Un grand calme
La pierre est une matière de calme absolu. Elle porte en elle des rêveries d’éternité, de repos et de disparition. À travers ma pratique du dessin, j’explore cette minéralité. La pierre devient alors un support de projection : elle condense nos peurs face à la mort et nos désirs de permanence. Lire les pierres invite à rêver la matière et le design comme un lieu où l’imaginaire peut s’ancrer.

Image retravaillée, Béatrice Bayard, 2025
Les mythes et histoires façonnent notre manière de rêver la matière. Certaines matières portent en elles toutes ces rêveries. Un grand calme, voici ce qu'est la pierre, une rêverie de repos éternel
︎1︎. C’est la volonté de se laisser couler entre les minéraux pour figer son corps dans la nuit des temps. Y a- t-il plus calme qu'une pierre ?
Je souhaite me nourrir d’images me permettant d’explorer des matières qui portent la minéralité en elles. Rêver du minéral est une manière de créer des histoires sensibles sur des procédés tels le moulage, la cire perdue, la gravure, qui font sens à ma pratique en dessin. Au cours des années, une quantité de dessins s’accumule dans mes placards. Je les attache et regarde l’ensemble de mes productions : bien que les techniques, formats et sujets soient plus qu’hétéroclites, l'atmosphère est toujours la même. Il y a comme quelque chose de figé, lourd mais lointain, une sorte de grand calme comme un silence pesant. Il y a un mystère, une histoire illisible dans le lointain d’un paysage. Je parle de pierres car ce sont des images qui me parlent. La roche contient une lourdeur (par nature, une pierre est lourde), et est porteuse d'un mysticisme plus que séduisant. Elle attire par son essence. Les merveilles géologiques nous perdent, nous absorbent par leur présence magnétique. Ces textes ont pour objectif d’explorer différents états de la pierre et des rêveries sous-jacentes en parlant de personnes hors du temps, hors de pensée, qui se sont construit leur mythe à partir de la pierre. Des fous de la pierre. Ils nous font rêver, ils ont osé agir sur leur pensées les plus folles. A mon sens, le design est plus sage. Rêver d’objets et de matières, c’est tenter d’amener une sensibilité à ma pratique en comprenant et analysant ces images.
Je souhaite me nourrir d’images me permettant d’explorer des matières qui portent la minéralité en elles. Rêver du minéral est une manière de créer des histoires sensibles sur des procédés tels le moulage, la cire perdue, la gravure, qui font sens à ma pratique en dessin. Au cours des années, une quantité de dessins s’accumule dans mes placards. Je les attache et regarde l’ensemble de mes productions : bien que les techniques, formats et sujets soient plus qu’hétéroclites, l'atmosphère est toujours la même. Il y a comme quelque chose de figé, lourd mais lointain, une sorte de grand calme comme un silence pesant. Il y a un mystère, une histoire illisible dans le lointain d’un paysage. Je parle de pierres car ce sont des images qui me parlent. La roche contient une lourdeur (par nature, une pierre est lourde), et est porteuse d'un mysticisme plus que séduisant. Elle attire par son essence. Les merveilles géologiques nous perdent, nous absorbent par leur présence magnétique. Ces textes ont pour objectif d’explorer différents états de la pierre et des rêveries sous-jacentes en parlant de personnes hors du temps, hors de pensée, qui se sont construit leur mythe à partir de la pierre. Des fous de la pierre. Ils nous font rêver, ils ont osé agir sur leur pensées les plus folles. A mon sens, le design est plus sage. Rêver d’objets et de matières, c’est tenter d’amener une sensibilité à ma pratique en comprenant et analysant ces images.
︎1︎
BACHELARD, Gaston, La terre et les rêveries du repos, Paris, José Corti, 1948.
1.
Le défi de l’éternité
Ce qui est gravé dans la pierre reste. Autant de messages, structures et objets ont traversé les siècles pour nous parvenir, intacts, ou presque. La pierre, c’est la solidité. C’est la fondations de nos maisons, celle qui reste quand le bois des charpentes a pourri, c'est notre dernière maison sous la pierre tombale. C’est la fondation de notre histoire, âge de la pierre taillée (Paléolithique), de la pierre polie (Néolithique). Solide, la pierre porte néanmoins en elle une fragilité : la roche s’effrite, les statues sont cassées. D'où vient cette préconception, presque stéréotypée, que la pierre (et par extension la sculpture) est éternelle ? Pour cela, il faut prendre en compte nos inquiétudes profondes au sujet de la mort et de notre disparition inéluctable. Selon Ariane Aujoulat, doctorante en Histoire de l’art de la Mésopotamie à l’École du Louvre, c’est ici que réside le nœud de cette préconception. Face à la disparition du corps humain, la sculpture est une des seules solutions nous assurant un semblant d'immortalité︎2︎.
1a.
La pierre dans l’art statuaire : un double de soi éternelle
Tout commence à l'émergence des premières civilisations : vers la fin du quatrième millénaire, les villages préhistoriques s’organisèrent en villes, créant ainsi de nouvelles structures de pouvoir. La mémoire devient un réel enjeu pour les rois : avoir une forme écrite et visuelle de son passage devient un moyen d’assurer son règne, même après sa mort. Dès lors, la statue représente l'éternité. Le choix des matériaux est donc crucial : pierre et métal sont alors particulièrement recherchés pour leur solidité. Un exemple célèbre se trouve dans l’art statuaire de Gudéa, un puissant souverain de la cité-État de Lagash, en Mésopotamie ancienne. Il est connu pour le simple fait que nous avons retrouvé un nombre conséquent de statues le représentant. Gudéa utilise la pierre de la manière la plus rocheuse possible : la majorité de ces sculptures sont réalisées en diorite, une roche magmatique noire appréciée pour sa dureté, ce qui la rend difficile à sculpter mais surtout à abimer. Sculpté dans la pierre, il est écrit :
“ (...) Depuis le pays de Magan, Gudea fit venir de la diorite afin d’en sculpter une statue de pierre. Cette statue on ne la fit ni en argent, ni en lapis lazuli, ni en cuivre, ni en étain, ni en bronze . Elle est en diorite, par violence, puisse l’homme ne peut pas la détruire. ︎3︎”
Inscription sur la statue Gudea B dit “architecte au plan”, (Vers 2120 av. J. - C.)
Cette inscription exprime bien l'intentionnalité de Gudea d'utiliser la diorite. Parce qu'elle est solide, elle traverse les temps et son règne sera donc éternel.
Architecte au plan ; Gudea B, sculpture datant de 2120 avant J.-C
Photo (C) Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Les frères Chuzeville
Photo (C) Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Les frères Chuzeville
2b.
La fragilité de la pierre
La fragilité de la pierre
Paradoxalement, c’est parce que l’on projette des idéaux d'éternité sur les sculptures qu’elles sont fragiles. On craint leur destruction. En effet, si une statue permet de faire vivre éternellement la personne représentée alors sa destruction signifie la mort complète et absolue de cet individu. En mésopotamie, les monuments sont régulièrement pillés au cours de conflits, et les sculptures “tuées”. Mettre fin à la vie des images, c’est détruire le pouvoir de l’éternité. C’est parce que nous posons la statue comme éternelle que certains peuvent éprouver le besoin de la détruire. Conscient de la fragilité de ces statues, le choix du matériau devient essentiel : il faut être dur pour survivre à l'éternité. Le bois pourrit, et les métaux refondus. Les rois mésopotamiens connaissaient bien ce problème et c’est pour cela que la pierre est préférée.
La pierre est solide : par le biais de l’art statuaire elle porte en elle nos idéaux d'éternité. Ceci dit, cette même pierre peut être fragile par le simple fait qu'elle est perçue comme éternelle. La conception d’un objet éternel est tout de même une idée très forte. Aujourd’hui, les objets en pierre du quotidien ne sont pas communs. Avons nous besoin d’objets éternels ? Y a- t-il une place pour des objets solides et lourds alors que nous préférons des objets légers et jetables ?
︎2︎AUJOULAT, Ariane, Sculpture en Mésopotamie : le défi de l’éternité, Intervention dans Journée d’études : Sculpture et fragilité, Musée Rodin, Paris, 15 juin 2018
https://www.musee-rodin.fr/musee/agenda/sculpture-et-fragilite
︎3︎ Ibid
https://www.musee-rodin.fr/musee/agenda/sculpture-et-fragilite
︎3︎ Ibid
2.
Monolithe et chaos rocheux, le mystère du gigantisme de la pierre
Au-delà des promesses d'éternité implicites dans la pierre, il ne faut pas oublier le mystère qu'elle porte en elle. Comment ne pas être fasciné par le chaos rocheux de Fontainebleau ? Comment ne pas ressentir la tension obscure cachée derrière les constructions mégalithiques de Bretagne ? Il y a un mystère construit même dans la roche, presque indescriptible mais si séduisant. Les chaos rocheux, monolithes et autres structures mégalithiques sont des figures qui, pour moi, portent cette tension.
2a.
Les chaos rocheux
La Bretagne est une région remplie de curiosité minérale liée à son passé volcanique. En se promenant, ma mère me racontait la formation des chaos rocheux granitiques. Elle m’explique : au cours des différentes ère de glaciations et réchauffement, d'énormes blocs de roches étaient alors délogés de leur lit. Les pierres gigantesques roulaient, bougeaient puis se stabilisaient jusqu'à en arriver là, au milieu de la forêt d’Huelgoat. Quelle violence pour ces grands blocs de granit, immuable, désormais nul part entre la route et les champs ! Voici une autre histoire sur la formation des chaos, plus précise sur la géomorphologie de ces espaces. Les roches granitiques ont jailli du centre de la Terre, il y a de cela plusieurs millions d’années, quand le magma régnait encore en maître. Au fil du temps, les pressions souterraines répétées ont fait remonter les roches à la surface. Puis, l'érosion des roches plus tendres fait affleurer le pluton ︎4︎granitique. L'eau s'infiltre dans les crevasses et finit par faire éclater la roche. Il en résulte des pierres de toutes tailles qui finissent par s'amasser les unes aux autres dans des équilibres parfois précaires. Puis l'érosion adoucit la surface de ces géantes boules en granit.
Que se soit en Bretagne ou à Fontainebleau, ces chaos ne sont jamais passés inaperçus. Plusieurs mythes et toponymes évocateurs (« pierres branlantes », « roches tremblantes », « pierres folles ») sont liés à ces espaces hors du commun, où les histoires racontent leurs formations légendaires.

Capture d’écran extraite de : Bretagne : Huelgoat, le sanctuaire chaotique des druides — GEO France
Louis Chauris ︎5︎ , spécialiste de la culture bretonne et celtique au CNRS, s'intéresse à la pierre bretonne et des légendes l’accompagnant. Il explique : l’abondance de ces rochers arrondis au Huelgoat ne pouvait qu’inspirer légendes et interprétations fantaisistes. Certains remontent jusqu’au Créateur, imaginant qu’en préparant le granite comme une bouillie, il en avait laissé tomber les grumeaux sur la région. Les accumulations de boules granitiques dataient seulement de Gargantua qui, mécontent de la nourriture qui lui avait été servie au Huelgoat, se serait vengé en projetant, à l'emplacement du chaos, les blocs rocheux qui se trouvaient sur sa route. C’est bel et bien un chaos, tant dans la forme
géologique que l’histoire vernaculaire. Le mythe du lancé de pierres gigantesques de Gargantua explique bien le chaos rocheux : un espace désorganisé avec toute la violence qui explique son existence et son histoire géologique.
Productions personnelles, Béatrice Bayard, 2025
2b.
Les monolithes et mégalithes
La Bretagne est une région avec une forte présence d’un mégalithisme aux architectures variées datant du néolithique. Ils ne sont jamais passés inaperçus, nombreux ont été détruits, ou sont tombés naturellement, abîmés par les aléas. Mais c’est avant tout des figures énigmatiques, qui provoquent l’imagination par le mystère de leurs origines et l'énigme de leur fonction. Leur taille déconcerte : certaines de ces structures, comme le Grand menhir brisé de Locmariaquer mesure 21 mètres et 300 tonnes. Ces structures mégalithiques paraissent d’autant plus gigantesques que leur fonction n’est pas connue. On ne peut que fantasmer sur les raisons d'être de ce gigantisme. Deux voies mènent à un tel jugement : un monument paraît gigantesque si sa taille n'est pas justifiée par sa fonction ; il paraît gigantesque s'il semble avoir exigé un effort démesuré par rapport aux moyens techniques dont on crédite ses constructeurs. Cela revient dans les deux cas à reprocher à ceux-ci de s'être écartés du « raisonnable ». Les études archéologiques mènent à juger que l’ensemble de ces structures étaient des monuments funéraires, et les procédés utilisés pour mettre en place les blocs mégalithiques sont documentés. Il reste encore des parts d’ombre, mais les fonctions et méthodes de constructions sont expliquées et rationalisées. Mais voir ces structures comme rationnelles est limitant. Il y a bien une esthétique du monolithe et une fascination pour le gigantisme de la pierre érigée. Il existe de nombreuses histoires relatant l’apparition soudaine de bloc de pierre gigantesque dans une réserve naturelle ou le jardin de son voisin dans les journaux. Cet imaginaire « paléo futuriste » est riche et nourri. Le monolithe est un véritable phénomène qui, par sa présence, réveille toute une mythologie grotesque. Car la pierre a un poids : elle commande l’espace.
Dessins et peintures produits cet été pendant l’écriture de cet article.
Productions personnelles, Béatrice Bayard, 2025
Productions personnelles, Béatrice Bayard, 2025
︎4︎
(En géologie) « Corps de roche magmatique cristallisée en profondeur, généralement de grande taille, formé par le refroidissement lent du magma. » - Dictionnaire de géologie, 9ᵉ édition, A. Foucault & J.-F. Raoult, Dunod, 2022.
︎5︎ CHAURIS Louis , « Pierres à légendes », Penn ar Bed, no 178, septembre 2000, p. 4
︎5︎ CHAURIS Louis , « Pierres à légendes », Penn ar Bed, no 178, septembre 2000, p. 4
3.
Lire les pierres
3a.
Faire sens des fragments
Lire les pierres, c’est tenter de donner du sens aux formes que l’on voit. Roger Caillois ︎6︎ lit dans les pierres précieuses, les pierres paysages, un certain mysticisme de la matière. Mais aimer les pierres c’est aussi aimer les cailloux, les ramasser, collecter et les regarder dans le moindre petit détail pour découvrir une préciosité visible que par le plus perceptible. Si on cherche bien, des paysages luxueux se trouvent dans les plus beaux marbres (marbre à ruines ou paesines) ou dans le caillou sous ses pieds. C'est un exercice simple de l’imagination auquel nous avons tous participé, qui s’apparente à la paréidolie ︎7︎, typique chez les enfants, dans lequel des visages, des traits humains ou animaux peuvent être reconnus sous la forme de paysages ou d’objets inanimés. Lire les pierres précieuse est une chose et lire des histoires dans les pierres “banales” en est une autre. Nous sommes attirés par celles qui ont une anomalie de formes, une étrangeté suggestive que ce soit dans la couleur ou la forme. Les pierres possèdent une sorte de gravitas, quelque chose de fondamental et d'immuable, quelque chose qui ne périra jamais ou qui l'a déjà fait. Mais certains vont au-delà de la simple collecte.
La Ricerca (La recherche) est une installation composée de milliers de pierres soigneusement cataloguées par Luigi Lineri ︎8︎. En remarquant la récurrence de certaines formes sur les bords de la rivière Adige (italie), il développe une théorie d’une ancienne civilisation qui aurait laissé un alphabet de formes témoignant de leur histoire. Les formes de ces cailloux ne relèvent pas de la simple érosion mais d’un réel travail de sculpture par ces anciennes civilisations. Sa théorie n’est pas retenue académiquement mais Lineri décide de collecter de manière obsessionnelle des spécimens pour vérifier sa théorie par la quantité et la récurrence de ces formes. Il compte des dizaines de milliers de galets, classés selon leur forme évocatrice : têtes de moutons, animaux, silhouettes humaines, symboles archétypaux. Réduire à la paréidolie son travail serait enlever toute la force des histoires. Il parle d’”alphabet des pierres” : mises côte à côte, ces pierres forment alors une écriture universelle. Les pierres illustrent alors des thèmes et symboles universelles comme la maternité (galets arrondis se rapprochant de ventres), la mort (pierres sombres et formes de crânes, la fertilité (pierre-sein et pierre-phallus) et la protection (pierre en forme de bouclier et visages de gardiens).

Luigi Lineri avec ses pierres dans son atelier.
Crédit photo : © Pierres-Info – « IL COLLEZIONISTA »
Crédit photo : © Pierres-Info – « IL COLLEZIONISTA »
Comme d'autres, il fait sens des fragments retrouvés. Il déchiffre dans les interstices des cailloux une histoire. Nous sommes libres d’y croire ou de ne pas y croire, mais celle-ci reste touchante. Lire les fragments est une science bancale qui témoigne d’un excès d’imagination. C’est un art : une part est ancrée dans le réel, le scientifique, une autre dans l'imaginaire le plus lointain de son narrateur. Dans son ouvrage De la Nature ︎9︎ , paru en 1761, Jean Baptiste Robinet formule l’idée que les organismes vivants se transforment de manière à former une chaîne ininterrompue. Il voit dans les fossiles une longue succession d’arrangements et de déplacements, d’additions et de suppressions, d’altérations de tous les genres, qui amène à l'organisation complexe de l’homme. Ce sont des animalités partielles, des ébauches d'organes, qui trouveront leur vie cohérente au sommet d'une évolution qui prépare l'homme. Victime de son imagination, le philosophe naturaliste se crée un vocabulaire classifiant les fossiles et leurs organes apparentés. Il voit des Lithocardites, des pierres de cœur, des Encéphalithes, préludant à la cervelle, des Phalloïdes imitant les organes masculins et l'Histerapetia imitant les organes féminins. La liste est longue : les mots rêvent, ceci sont accompagnés de gravures et descriptions nourries. Aujourd’hui, sa théorie est prouvée comme fausse et ses mots valises à racine latine oubliés mais l'honnêteté de ses idées parles.
Scan des gravures dans le livre Vues philosophiques de la gradation naturelle des formes de l’être, ou les essais de la nature qui apprend à faire l’homme de Jean-Baptiste ROBINET
︎6︎
CAILLOIS, Roger, La lecture des pierres, Paris : Gallimard, 1970
︎7︎ Couramment. Tendance naturelle à voir des formes familières (un visage, un animal, par exemple) dans des images vagues ou ambiguës (nuages, rochers, taches d'encre, etc.). - Larousse, s.v. « Paréidolie »
︎8︎ « Image de pierre », Revue Profane – Revue d’art consacrée aux amateurs, artistes et collectionneurs, https://www.revueprofane.com/fr/image-de-pierre (consultée le 15/10/2025)
︎9︎ROBINET, Jean-Baptiste, Vues philosophiques de la gradation naturelle des formes de l’être, ou les essais de la nature qui apprend à faire l’homme, Paris : Charles Saillant, 1768.
︎7︎ Couramment. Tendance naturelle à voir des formes familières (un visage, un animal, par exemple) dans des images vagues ou ambiguës (nuages, rochers, taches d'encre, etc.). - Larousse, s.v. « Paréidolie »
︎8︎ « Image de pierre », Revue Profane – Revue d’art consacrée aux amateurs, artistes et collectionneurs, https://www.revueprofane.com/fr/image-de-pierre (consultée le 15/10/2025)
︎9︎ROBINET, Jean-Baptiste, Vues philosophiques de la gradation naturelle des formes de l’être, ou les essais de la nature qui apprend à faire l’homme, Paris : Charles Saillant, 1768.
Conclusion
Que ce soit pour Lineri ou Robinet, c'est l’histoire qui séduit. Leurs théories sur l’Homme sont rocambolesques et c'est pour cela qu'elles sont séduisantes. Pour faire sens des fragments inexpliqués comme la forme des cailloux de l’Adige ou des fossiles, il est plus séduisant d'écrire des histoires scientifiques au lieu de laisser les formes parlées. Ils tentent de traduire dans la matière brute une quête de sens universelle. Qu’importe que leurs théories soient fragiles ou rejetées — elles révèlent la force du regard humain, capable de transformer la simple observation en récit. Et c’est peut-être là, dans cet écart entre la vérité et l’invention, que se loge toute la poésie du monde minéral.
Parler de ces démarches, tout comme des structures mégalithiques ou des pseudo-sciences qui les entourent, c’est nourrir un imaginaire autour de ce que peut être la pierre. Ces visions, qu’elles soient rationnelles ou déraisonnables, participent à construire une sensibilité envers la matière. En tant que designer, ces approches invitent à envisager la pierre autrement : non plus comme une matière figée, mais comme un matériau porteur d’histoires et de transformations. La pierre est vaste, immuable, mais elle se fragmente aussi en cailloux porteurs d’histoires et de questions. Solide en apparence, elle fut pourtant, à son origine, liquide et incandescente. Au début, dans le plus profond de la croûte terrestre, la roche est une soupe liquide de minéraux. Dans la chaleur la plus extrême, la roche est toujours liquide. Par un long chemin, cette soupe de minéraux liquide subit différentes transformations pour ensuite se solidifier et devenir la roche dure que nous connaissons. Et si la roche était liquide ?
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Bibliographie
︎Articles
« Image de pierre », Revue Profane – Revue d’art consacrée aux amateurs, artistes et collectionneurs, https://www.revueprofane.com/fr/image-de-pierre
︎Ouvrages
BACHELARD, Gaston, La terre et les rêveries du repos, Paris, José Corti, 1948.
CHAURISLouis , « Pierres à légendes », Penn ar Bed, no 178, septembre 2000, p. 4
CAILLOIS, Roger, La lecture des pierres, Paris : Gallimard, 1970
ROBINET, Jean-Baptiste, Vues philosophiques de la gradation naturelle des formes de l’être, ou les essais de la nature qui apprend à faire l’homme, Paris : Charles Saillant, 1768.
︎Podcasts
AUJOULAT, Ariane, Sculpture en Mésopotamie : le défi de l’éternité, Intervention dans Journée d’études : Sculpture et fragilité, Musée Rodin, Paris, 15 juin 2018
https://www.musee-rodin.fr/musee/agenda/sculpture-et-fragilite
Contact ︎
︎ beayard0@gmail.com
︎@bea.ici
Le projet de diplôme ︎

Maquette carton échelle 1 de la chaise Lithe, Béatrice Bayard, 2025

Productions personnelles, Béatrice Bayard, 2025