Favre
Juliette
HUMIDAÉ
Ce recueil de trois écrits relate le rapport que nous, individus, avons avec l’eau, ainsi que mon lien presque charnel avec la beauté de cet élément.
Fasciné par les usages, parfois rudimentaires, et par la valeur de l’eau dans les pays du Maghreb, je me suis penché sur le caractère pur, voir sacré de cette denrée précieuse qui a guidé mon travail de recherche et est devenue une source d’inspiration.
À la suite d’une résidence à Marrakech, au Maroc, j’ai eu l’opportunité de mieux comprendre la culture de l’eau. Je me suis appliqué à explorer la pérennisation et la ritualisation des objets dans le contexte du hammam marocain. Cette approche a été à l’origine d'une réflexion sur les objets en relation avec un habitat humide.
Dans le Maghreb, les pratiques ancestrales liées à certains lieux ou domaines, comme les hammams, restent imprégnées d’une culture et d’un savoir-faire à préserver, malgré le risque que certaines de ces pratiques se perdent.
J’aborde le rapport entre l’eau et la matière à travers le prisme du tadelakt, un enduit à base de chaux originaire de Marrakech, utilisé pour imperméabiliser les surfaces murales des bains au Maroc.
1/3 : La peau de l’eau
︎ Octobre 2024
2/3 : Empreintes humides
︎ Novembre 2024
3/3 : Dalaka
︎ Décembre 2024
Chapitre 3
DALAKA ︎1︎
Ce dernier chapitre, intitulé « Dalaka » qui signifie « masser la matière » évoque un geste passerelle entre le support, l’enveloppe et l’applicateur du tadelakt. Après avoir décortiqué ce savoir-faire marocain, j’ai eu la chance de rencontrer et d’échanger avec des artisans locaux pour me familiariser avec cette pratique méticuleuse, de la préparation à l’application de cet enduit coloré qui pare les façades murales du Maroc.
À la suite de ces rencontres, la définition du support adéquat est apparue comme une composante importante. Le support façonne la physionomie de l’objet et conditionne aussi l’hybridation des deux corps en symbiose.
De part ces recherches et une collaboration avec Jamal Daddis, un maâllem à concevoir une collection d’objets domestiques empreints de deux cultures voisines : la France et le Maroc.
Ces objets ont pour ambition de paraître mouillés tout en restant secs.

Juliette Favre, Tadelakt blanc cassé sur un débris de carreau en béton, Marrakech, 2024
AVANT PROPOS
Introduction
La création de cette enveloppe, qui confère à l’objet une matérialité imperméable, constitue ici un enjeu primordial. L’élaboration du tadelakt se place au cœur du projet, tant sur le plan technique qu’esthétique.
Nous avons pu mettre en lumière l’efficacité des mortiers et enduits à base de chaux dans le domaine de la construction, notamment en matière de durabilité. La chaux agit comme une seconde peau, une membrane régulatrice entre l’environnement intérieur et extérieur de l’objet ou de l’architecture. La réhabilitation de bâtiments anciens a démontré que les techniques d’application dites vernaculaires liées aux enduits à base de chaux apportent une réelle valeur ajoutée, que ce soit pour la préservation de ces savoir-faire ou pour le cachet conféré par les finitions de ce matériau.
Nous allons ici nous concentrer sur le tadelakt, sa mise en œuvre et l’application de cet enduit, afin de contribuer à la préservation et à la transmission de ce savoir-faire traditionnel marocain. La question du support est primordiale, car le lien entre le support et l’enveloppe conditionne la volumétrie de l’objet développé. Mais quel rapport concret existe-t-il entre le tadelakt et son support ? Comment le support et son environnement influent-ils sur le processus ?
Dans une première partie, nous examinerons la place et la définition du support. Celui-ci joue un rôle déterminant dans les étapes qui précèdent le façonnage du tadelakt. La tension entre les zones absorbantes (pour la chaux) et les zones non absorbantes (pour l’eau) doit être clairement définie. Cela suggère que le support contribue directement à l’enjeu principal du projet : produire une matérialité sans recourir à des processus énergivores. Peut-on envisager que cet enduit soit appliqué sur un support issu du bâtiment lui-même ?
Nous verrons ensuite comment le dessin et la définition du support destiné au tadelakt conditionnent le volume ainsi que l’application de cette technique. Nous évaluerons également la manière dont certaines parties d’une structure, une fois extraites de leur contexte d’origine, peuvent devenir des supports témoins propices à l’enduction. Enfin, quelle forme de porosité est-elle la plus adaptée pour être sublimée par le tadelakt ?
Dans cette démarche à la fois spécifique et technique, quel message transmet-on à travers cette réhabilitation du tadelakt ? Les espaces humides, tels que le hammam marocain, peuvent-ils devenir une source d’inspiration dans la création d’objets faisant corps avec l’eau ?
La place du support
Le support est la surface sur laquelle l’enduit est appliqué. Il joue un rôle crucial en tant qu’interface entre l’enveloppe et le cœur de l’objet. En réalité, il conditionne le design de l’objet et, par conséquent, détermine les lignes de l’enveloppe qui lui sera appliquée. Cette réflexion repose sur la recherche d’un équilibre optimal entre le support et l’adhérence de l’enduit. Le support occupe in fine une place centrale dans la construction de l’objet. J’ai choisi de me concentrer sur la définition du support dans sa globalité (dessin, procédé de mise en forme, reproduction sérielle, etc.), en tenant compte des contraintes d’adhérence propres au tadelakt. Cela permet d’optimiser le transfert de la chaux entre le tadelakt et le support. En tant que point de départ créatif, le support devient le noyau autour duquel gravite l’application de l’enduit et sa finition.
Dans le choix réfléchi de ce support, on peut voir une forme d’optimisation productive. Si le support influe sur la méthode d’application, l’outil doit alors être adapté à sa volumétrie. Si le support conditionne l’épaisseur ajoutée par la matière, le poids de la pièce doit être soigneusement géré pour faciliter sa manipulation pendant et après la production. Si le support détermine la géométrie finale, il doit être flexible, que ce soit par la malléabilité de sa structure ou sa modularité, permettant ainsi un assemblage intuitif.
La démarche créative et le projet d’Élise Gabriel mettent en lumière deux concepts entre une matière ajoutée et le support, qui m’intéressent particulièrement et par lesquels j’aimerais passer. Cette designer emploie le Zelfo, un matériau à base de fibres cellulosiques. À l’issue de la mise en œuvre de cette matière, elle a réalisé la collection Étreinte du Zelfo, comprenant une lampe, une table et une chaise, en partenariat avec le VIA et The Green Factory en 2010.
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Élise Gabriel utilise ce matériau sous le prisme structurel : en séchant, le Zelfo se rétracte de 70 %, conférant à la pièce un assemblage robuste, sans colle ni vis. Elle exploite également le Zelfo pour sa palette texturale et ses qualités esthétiques, telles que son opalescence. Le Zelfo agit ici comme une enveloppe qui trouve un équilibre subtil entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, de manière réfléchie. La pièce de jonction n’est pas pleine : elle entoure un élément en bois, jouant le rôle d’un collier de serrage, avec une âme en bois au cœur de la structure. Ce support reste visible, permettant d’observer la structure en bois, qui semble s’hybrider avec l’enveloppe en Zelfo. Les deux matériaux se complètent et s’unissent, offrant une synergie d’ensemble à l’objet.
Pour établir une véritable fusion entre le corps et son enveloppe, le support doit être à la fois absorbant et rugueux. La chaux, en particulier, agit comme une passerelle entre ces deux éléments. Une forme poreuse s’impose alors comme une réponse tangible à cette nécessité d’adhérence. Mais quel type de porosité serait le plus adapté ?
Les matériaux minéraux se déclinent en un vaste éventail de formes, allant de la roche au grain de sable. Son choix influe directement sur l'environnement et les possibilités productives. Le tadelakt est traditionnellement appliqué sur des matériaux tels que la céramique brute non émaillée (carreaux de faïence façonnés à la main) ou le plâtre. La brique, un module extrudé dans des briqueteries, est également utilisée, notamment pour les parements de maisons.
D’autres matériaux, comme les fibres végétales, offrent des surfaces absorbantes idéales pour la chaux. Par exemple, le chanvre, combiné avec la chaux, est de plus en plus courant dans la construction, notamment pour créer des modules hybrides. Le béton cellulaire, facile à sculpter, peut également être travaillé rapidement pour obtenir une surface lisse ou rugueuse. Enfin, les pierres tendres, comme le calcaire, la dolomite ou les roches volcaniques, sont d’excellents absorbants.
L’enjeu du choix du support réside donc dans la combinaison de deux impératifs : utiliser un matériau peu énergivore à la fois pour l’application du tadelakt et pour l’extraction et la mise en œuvre du support.
Pour aboutir à une cohérence pratique et formelle dans la création de ces pièces, il est essentiel de considérer les enjeux énergétiques liés aux matières premières. Dans le cadre d’une production peu énergivore, comme celle impliquant la mise en œuvre du tadelakt, il est évident que le support doit également respecter ces principes. Le tadelakt traditionnel repose sur des liants naturels, sans produits chimiques, et son séchage s’effectue à froid.
Cet enduit à base de chaux peut être appliqué manuellement tout en restant reproductible dans le cadre d’une petite série. La question de l’objet d’exception et de son équilibre entre artisanat et production en série mérite alors d’être explorée.
Dans cette optique, je m’attache à allier une réflexion sur le dessin des pièces et une pratique mettant en valeur les qualités esthétiques, sensuelles et colorées du tadelakt. Si les apports théoriques permettent une première compréhension du savoir-faire, seule une collaboration avec un maître artisan pourrait véritablement affiner le processus créatif et technique.
C’est dans ce cadre que j’ai eu l’opportunité de rencontrer Jamal Daddis, designer et artisan marocain, né à Marrakech et installé en France depuis 1991. Maître dans l’art du tadelakt, il est également peintre et décorateur, à la croisée des cultures marocaine et française. Passionné par les enduits à base de chaux, il porte une attention particulière au stuc italien et s’est spécialisé dans le tadelakt, qu’il apprécie pour ses qualités esthétiques, sa polyvalence et sa capacité à allier décoration et fonctionnalité.
Au fil de sa carrière, Jamal Daddis a exploré des formes et des couleurs dépassant le cadre des surfaces murales traditionnelles. Il crée aujourd’hui des objets décoratifs tels que des vases, des amphores ou des tableaux, intégrant parfois calligraphie et mosaïque. Selon lui, chaque œuvre est un dialogue entre matière et créativité. La chaux, souligne-t-il, exige un support spécifique, naturel et sain, en cohérence avec une philosophie de conception peu énergivore.
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Son parcours, qui débute dans la maçonnerie, lui a permis de travailler sur des projets de grande envergure, utilisant différentes techniques adaptées au matériau et à l’esthétique souhaitée, qu’il s’agisse de sculpter des formes ou d’appliquer du mortier.
Jamal Daddis collabore étroitement avec le centre de formation Okhra à Roussillon, où il s’efforce de pérenniser la pratique du tadelakt. Il propose des modules de formation axés sur les techniques décoratives et les liants naturels, et développe également un programme annuel à Marrakech en partenariat avec des artisans locaux.
“L’art de la chaux est une pratique exigeante, mais elle offre une infinité de possibilités. Je cherche constamment à innover tout en respectant les traditions. Chaque projet, qu’il s’agisse d’un hammam ou d’un objet décoratif, est pour moi une nouvelle manière de célébrer cette matière vivante et intemporelle.”
Jamal Daddis pourrait jouer un rôle central dans ce projet. En tant que “maâlem” (maître artisan), il serait un partenaire idéal pour explorer la création de mobilier en tadelakt, une tendance encore émergente. Une collaboration entre designer et artisan-décorateur pourrait ainsi donner naissance à une collection de pièces cohérentes et novatrices.
Cependant, une question essentielle demeure : celle de l’extraction de la matière première destinée au support. Quels gisements peuvent-ils conditionner les matériaux nécessaires à la conception de l’objet ?
“ [ ] Plus qu’aucun autre élément peut-être, l’eau est une réalité poétique complète. Une poétique de l’eau, malgré la variété de ses spectacles, est assurée d’une unité.
L’eau doit suggérer au poète une obligation nouvelle : l’unité d'élément. Faute de cette unité d’élément, l’imagination matérielle n’est pas satisfaite et l’imagination formelle n’est pas suffisante pour lier les traits disparates. L'œuvre manque de vie parce qu’elle manque de substance.” ︎
L’eau doit suggérer au poète une obligation nouvelle : l’unité d'élément. Faute de cette unité d’élément, l’imagination matérielle n’est pas satisfaite et l’imagination formelle n’est pas suffisante pour lier les traits disparates. L'œuvre manque de vie parce qu’elle manque de substance.” ︎
Introduction
La création de cette enveloppe, qui confère à l’objet une matérialité imperméable, constitue ici un enjeu primordial. L’élaboration du tadelakt se place au cœur du projet, tant sur le plan technique qu’esthétique.
Nous avons pu mettre en lumière l’efficacité des mortiers et enduits à base de chaux dans le domaine de la construction, notamment en matière de durabilité. La chaux agit comme une seconde peau, une membrane régulatrice entre l’environnement intérieur et extérieur de l’objet ou de l’architecture. La réhabilitation de bâtiments anciens a démontré que les techniques d’application dites vernaculaires liées aux enduits à base de chaux apportent une réelle valeur ajoutée, que ce soit pour la préservation de ces savoir-faire ou pour le cachet conféré par les finitions de ce matériau.
Nous allons ici nous concentrer sur le tadelakt, sa mise en œuvre et l’application de cet enduit, afin de contribuer à la préservation et à la transmission de ce savoir-faire traditionnel marocain. La question du support est primordiale, car le lien entre le support et l’enveloppe conditionne la volumétrie de l’objet développé. Mais quel rapport concret existe-t-il entre le tadelakt et son support ? Comment le support et son environnement influent-ils sur le processus ?
Dans une première partie, nous examinerons la place et la définition du support. Celui-ci joue un rôle déterminant dans les étapes qui précèdent le façonnage du tadelakt. La tension entre les zones absorbantes (pour la chaux) et les zones non absorbantes (pour l’eau) doit être clairement définie. Cela suggère que le support contribue directement à l’enjeu principal du projet : produire une matérialité sans recourir à des processus énergivores. Peut-on envisager que cet enduit soit appliqué sur un support issu du bâtiment lui-même ?
Nous verrons ensuite comment le dessin et la définition du support destiné au tadelakt conditionnent le volume ainsi que l’application de cette technique. Nous évaluerons également la manière dont certaines parties d’une structure, une fois extraites de leur contexte d’origine, peuvent devenir des supports témoins propices à l’enduction. Enfin, quelle forme de porosité est-elle la plus adaptée pour être sublimée par le tadelakt ?
Dans cette démarche à la fois spécifique et technique, quel message transmet-on à travers cette réhabilitation du tadelakt ? Les espaces humides, tels que le hammam marocain, peuvent-ils devenir une source d’inspiration dans la création d’objets faisant corps avec l’eau ?
DISSIMULER OU AFFICHER LA STRUCTURE INTERNE DE L’OBJET ?
La place du support
Le support est la surface sur laquelle l’enduit est appliqué. Il joue un rôle crucial en tant qu’interface entre l’enveloppe et le cœur de l’objet. En réalité, il conditionne le design de l’objet et, par conséquent, détermine les lignes de l’enveloppe qui lui sera appliquée. Cette réflexion repose sur la recherche d’un équilibre optimal entre le support et l’adhérence de l’enduit. Le support occupe in fine une place centrale dans la construction de l’objet. J’ai choisi de me concentrer sur la définition du support dans sa globalité (dessin, procédé de mise en forme, reproduction sérielle, etc.), en tenant compte des contraintes d’adhérence propres au tadelakt. Cela permet d’optimiser le transfert de la chaux entre le tadelakt et le support. En tant que point de départ créatif, le support devient le noyau autour duquel gravite l’application de l’enduit et sa finition.
Dans le choix réfléchi de ce support, on peut voir une forme d’optimisation productive. Si le support influe sur la méthode d’application, l’outil doit alors être adapté à sa volumétrie. Si le support conditionne l’épaisseur ajoutée par la matière, le poids de la pièce doit être soigneusement géré pour faciliter sa manipulation pendant et après la production. Si le support détermine la géométrie finale, il doit être flexible, que ce soit par la malléabilité de sa structure ou sa modularité, permettant ainsi un assemblage intuitif.
La démarche créative et le projet d’Élise Gabriel mettent en lumière deux concepts entre une matière ajoutée et le support, qui m’intéressent particulièrement et par lesquels j’aimerais passer. Cette designer emploie le Zelfo, un matériau à base de fibres cellulosiques. À l’issue de la mise en œuvre de cette matière, elle a réalisé la collection Étreinte du Zelfo, comprenant une lampe, une table et une chaise, en partenariat avec le VIA et The Green Factory en 2010.



Elise Gabriel, Tréteaux Ossos - collection L’étreinte du Zelfo, (pieds en hêtre massif cirés, axes centraux et revêtement en zelfo®, teinté en bleu gris, plateau en verre transparent biseauté), 2010
Élise Gabriel utilise ce matériau sous le prisme structurel : en séchant, le Zelfo se rétracte de 70 %, conférant à la pièce un assemblage robuste, sans colle ni vis. Elle exploite également le Zelfo pour sa palette texturale et ses qualités esthétiques, telles que son opalescence. Le Zelfo agit ici comme une enveloppe qui trouve un équilibre subtil entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, de manière réfléchie. La pièce de jonction n’est pas pleine : elle entoure un élément en bois, jouant le rôle d’un collier de serrage, avec une âme en bois au cœur de la structure. Ce support reste visible, permettant d’observer la structure en bois, qui semble s’hybrider avec l’enveloppe en Zelfo. Les deux matériaux se complètent et s’unissent, offrant une synergie d’ensemble à l’objet.
Pour établir une véritable fusion entre le corps et son enveloppe, le support doit être à la fois absorbant et rugueux. La chaux, en particulier, agit comme une passerelle entre ces deux éléments. Une forme poreuse s’impose alors comme une réponse tangible à cette nécessité d’adhérence. Mais quel type de porosité serait le plus adapté ?
Les matériaux minéraux se déclinent en un vaste éventail de formes, allant de la roche au grain de sable. Son choix influe directement sur l'environnement et les possibilités productives. Le tadelakt est traditionnellement appliqué sur des matériaux tels que la céramique brute non émaillée (carreaux de faïence façonnés à la main) ou le plâtre. La brique, un module extrudé dans des briqueteries, est également utilisée, notamment pour les parements de maisons.
D’autres matériaux, comme les fibres végétales, offrent des surfaces absorbantes idéales pour la chaux. Par exemple, le chanvre, combiné avec la chaux, est de plus en plus courant dans la construction, notamment pour créer des modules hybrides. Le béton cellulaire, facile à sculpter, peut également être travaillé rapidement pour obtenir une surface lisse ou rugueuse. Enfin, les pierres tendres, comme le calcaire, la dolomite ou les roches volcaniques, sont d’excellents absorbants.
L’enjeu du choix du support réside donc dans la combinaison de deux impératifs : utiliser un matériau peu énergivore à la fois pour l’application du tadelakt et pour l’extraction et la mise en œuvre du support.
Matérialité et pratiques productives non-énergivores dans une petite série
Pour aboutir à une cohérence pratique et formelle dans la création de ces pièces, il est essentiel de considérer les enjeux énergétiques liés aux matières premières. Dans le cadre d’une production peu énergivore, comme celle impliquant la mise en œuvre du tadelakt, il est évident que le support doit également respecter ces principes. Le tadelakt traditionnel repose sur des liants naturels, sans produits chimiques, et son séchage s’effectue à froid.
Cet enduit à base de chaux peut être appliqué manuellement tout en restant reproductible dans le cadre d’une petite série. La question de l’objet d’exception et de son équilibre entre artisanat et production en série mérite alors d’être explorée.
Dans cette optique, je m’attache à allier une réflexion sur le dessin des pièces et une pratique mettant en valeur les qualités esthétiques, sensuelles et colorées du tadelakt. Si les apports théoriques permettent une première compréhension du savoir-faire, seule une collaboration avec un maître artisan pourrait véritablement affiner le processus créatif et technique.
C’est dans ce cadre que j’ai eu l’opportunité de rencontrer Jamal Daddis, designer et artisan marocain, né à Marrakech et installé en France depuis 1991. Maître dans l’art du tadelakt, il est également peintre et décorateur, à la croisée des cultures marocaine et française. Passionné par les enduits à base de chaux, il porte une attention particulière au stuc italien et s’est spécialisé dans le tadelakt, qu’il apprécie pour ses qualités esthétiques, sa polyvalence et sa capacité à allier décoration et fonctionnalité.
Au fil de sa carrière, Jamal Daddis a exploré des formes et des couleurs dépassant le cadre des surfaces murales traditionnelles. Il crée aujourd’hui des objets décoratifs tels que des vases, des amphores ou des tableaux, intégrant parfois calligraphie et mosaïque. Selon lui, chaque œuvre est un dialogue entre matière et créativité. La chaux, souligne-t-il, exige un support spécifique, naturel et sain, en cohérence avec une philosophie de conception peu énergivore.

Juliette Favre, Élaboration de tadelakt blanc cassé et rouge sur un débris de carreau en béton, Marrakech, 2024


Échantillons de carreaux en tadelakt sur de la brique effectué par Jamal Daddis - Bols et amphores en céramique enduite de tadelakt avec décor sgraffité
Son parcours, qui débute dans la maçonnerie, lui a permis de travailler sur des projets de grande envergure, utilisant différentes techniques adaptées au matériau et à l’esthétique souhaitée, qu’il s’agisse de sculpter des formes ou d’appliquer du mortier.
Jamal Daddis collabore étroitement avec le centre de formation Okhra à Roussillon, où il s’efforce de pérenniser la pratique du tadelakt. Il propose des modules de formation axés sur les techniques décoratives et les liants naturels, et développe également un programme annuel à Marrakech en partenariat avec des artisans locaux.
“L’art de la chaux est une pratique exigeante, mais elle offre une infinité de possibilités. Je cherche constamment à innover tout en respectant les traditions. Chaque projet, qu’il s’agisse d’un hammam ou d’un objet décoratif, est pour moi une nouvelle manière de célébrer cette matière vivante et intemporelle.”
Jamal Daddis pourrait jouer un rôle central dans ce projet. En tant que “maâlem” (maître artisan), il serait un partenaire idéal pour explorer la création de mobilier en tadelakt, une tendance encore émergente. Une collaboration entre designer et artisan-décorateur pourrait ainsi donner naissance à une collection de pièces cohérentes et novatrices.
Cependant, une question essentielle demeure : celle de l’extraction de la matière première destinée au support. Quels gisements peuvent-ils conditionner les matériaux nécessaires à la conception de l’objet ?
︎GASTON BACHELARD, L’eau et les rêves, Essai sur l’imagination de la matière, 1942
︎1︎ Verbe en arabe ( دلك) qui signifie “masser, polir, frotter”.
︎1︎ Verbe en arabe ( دلك) qui signifie “masser, polir, frotter”.
LE BÂTI, UN TERRITOIRE DE CONSTRUCTION POUR LE SUPPORT
Les rebuts de la construction
Je me suis évidemment interrogée sur la provenance des matières premières nécessaires à l’élaboration du support lié au tadelakt. Le défi consiste à éviter l’utilisation de matériaux incompatibles avec les enduits généralement appliqués sur les surfaces murales des habitations. Quoi de mieux que de s’intéresser à la matérialité in situ ︎2︎? Le domaine de la construction regorge en effet de matériaux considérés comme des rebuts mais qui peuvent être ré-exploités à l’échelle de l’objet. Le bâtiment devient ainsi une source d’extraction de matières brutes.
Déconstruire un habitat revient à analyser sa structure interne, qui repose sur une stratification de matériaux soigneusement agencés pour assurer le maintien et la solidité des cloisons. Une fois déconstruit, l’habitat n’est plus qu’un amas de matériaux, chacun ayant une fonction spécifique. Mais une fois sortis de leur contexte, que deviennent ces rebuts ? Ont-ils encore une valeur ajoutée ?
Les matériaux bruts sont destinés à être transformés : ces éléments sont dépouillés de leur rôle initial en tant que composants de l’habitat. Ils deviennent des substrats, susceptibles de servir de support adéquat à l’application du tadelakt. Comment peut-on réinvestir ces substrats qui constituent des parties de l’habitat ? Le tadelakt pourrait-il être le vecteur d’une relation presque organique entre la matière et l’humidité ?
Un exemple emblématique de cette démarche est la Concrete Stereo Sound System de Ron Arad dans les années 1980. Cette œuvre illustre une volonté de conjuguer la brutalité d’un matériau issu de la construction avec une fonction technologique, en l’occurrence un système audio. Le béton armé, utilisé comme structure principale, détourne les conventions esthétiques des objets d’écoute, généralement perçus comme légers et élégants.


Ron Arad, Concrete Stereo, 1983
Associé à l’architecture brutaliste, le béton se distingue par sa robustesse, son caractère massif et son aspect durable, des qualités qui contrastent avec la nature éphémère et évolutive de la technologie sonore. Ron Arad met en avant les caractéristiques intrinsèques du béton, rugosité, poids, imperfections, pour en faire non seulement un système structurel et fonctionnel, mais aussi un élément central de l’identité visuelle et symbolique de l’objet. Ce projet-manifeste remet en question l’obsession pour les objets de consommation standardisés et éphémères. Il montre également comment un rebut de la construction peut être transformé en œuvre sculpturale.
Dans cette approche, j’entrevois d’établir une lecture de l’objet qui laisse paraître dans les matériaux laissés à l’état brut une noblesse pure. Qu’il s’agisse de tuiles cassées, de briques fracturées, de morceaux de béton morcelés, de dalles de carrelage jointées ou encore de carreaux de faïence imparfaits, leurs défauts d’extraction peuvent être exploités, à condition de laisser délibérément ces altérations visibles.
Le tadelakt, appliqué sur ces supports, pourrait alors constituer une véritable valeur ajoutée, venant raffiner et ennoblir une base brute. Il agirait comme un lien esthétique et fonctionnel, transformant un support rudimentaire en un objet capable de résister à l’humidité environnante, voire à un contact direct avec l’eau. L’objectif n’est pas ici de produire une structure démonstrative, mais d’utiliser cette enveloppe hydrofuge comme une amélioration fonctionnelle, en symbiose avec son environnement.
Un ennoblissement dans le “déjà détruit”
La notion de "déjà détruit" évoque une transition des rebuts du bâti vers une nouvelle vie. Elle établit une relation entre ce qui a existé, ce qui existe encore et ce que deviendra le matériau une fois extrait du bâtiment. À l’image du palimpseste︎3︎, qui consistait à réutiliser le parchemin d’un manuscrit après en avoir fait disparaître les inscriptions, plusieurs principes se ratachent à cette notion : la réutilisation, de la remise à neuf, du nouveau sur l’ancien. Ce sont les couches successives qui s’accumulent tout en faisant disparaître momentanément les précédentes, ce qui nous laisse penser qu’il y’ a comme une notion de sédimentation dans la construction de l’objet. On vient redonner une nouvelle vie à l'objet en ajoutant une nouvelle couche sans effacer l’ancienne. Cette démarche ne se limite pas à une simple réutilisation : elle vise à restaurer la noblesse d’un élément dégradé ou abandonné.
La problématique des ressources dégradées ou inutilisables touche de nombreuses industries, en particulier dans le contexte de la production sérielle. C’est le cas des fins de série ou des produits rejetés dans la fabrication de matériaux minéraux comme les briques, les tuiles, les tomettes ou les carreaux de céramique. Ces invendus ou matériaux jugés non conformes finissent souvent comme déchets. Comment redonner une valeur à ces ressources laissées pour compte par les systèmes industriels afin de leur offrir une nouvelle dimension fonctionnelle, volumique et sémantique ?
Un exemple inspirant est la collection Fragment, réalisée pour la Maison Laroche en partenariat avec M. Editions et la Fondation Le Corbusier en 2022 par Anthony Guerrée. Ce projet s’intéresse aux rebuts de marbreries de la Seine. Au fil des ans, des fragments de roches, appelés "blocs massifs", se sont accumulés dans la cour de la marbrerie des Pavillons-sous-Bois. Bien que magnifiques, ces morceaux de marbre étaient trop petits pour être utilisés dans des projets architecturaux. Ce projet redonne une seconde vie à ces volumes inertes en leur conférant une fonction domestique.




Anthony Guerrée, Table d’appoint, table basse (Ionik), applique murale (Corinthe) - collection Fragments, dessinée pour “ M Éditions” à La Maison La Roche, fondation le corbusier, Paris, 2022

Le projet Fragments s’articule autour de deux mythes : l’architecture grecque et Le Corbusier. Il donne naissance à une gamme de meubles et d’objets, tels que des tables basses, des plumiers, des chaises longues, des vide-poches, des consoles et des lampadaires. Chaque pièce est intégrée dans un espace unique, où elle dialogue avec toutes les autres. Le traitement du marbre en tant que pièce unique interroge son rôle historique dans l’architecture antique tout en établissant un lien entre artisanat et design contemporain.
Une citation extraite par Anthony Guerrée de l’ouvrage : Voyage d’Orient, Le Corbusier, résonne particulièrement avec ce projet :
« Des colonnes entières sur la gauche du Parthénon sont couchées, jetées à bas comme l’homme qui reçoit de la poudre en plein visage, leurs tambours échelonnés, tels les anneaux d’une chaîne rompue. On ne s’imagine pas ce que sont ces colonnes, on ne leur accorde pas, si on ne les a vues, la grandeur que leur dévolu Ictinos. […] Il est alors beau, ayant mesuré ces vérités insolites sur les débris (utiles témoins), de les considérer sous l’ombre des corniches et d’en constater l’indispensable fonction. » ︎4︎
Ce type d’exploitation des rebuts suit un processus créatif spécifique. Les dessins et formes des objets sont directement conditionnés par le matériau brut disponible. Le système fonctionne ainsi : lorsqu’un nouveau gisement de matière apparaît, un nouveau design émerge. Cette approche sur mesure adapte la conception à la ressource, créant des pièces uniques à la volumétrie singulière.
Si la petite série est ici privilégiée, la question de la réplicabilité reste à explorer. Il s'agit de trouver un équilibre entre la production artisanale et l’utilisation d’outils adaptés, afin de concilier unicité et reproductibilité.
LE TADELAKT SOUS TOUTES SES FORMES
Le hammam marocain comme illustration au tadelakt
Le tadelakt, cet enduit emblématique, découle d’un savoir-faire traditionnel profondément enraciné dans la culture marocaine. Au-delà de son aspect technique, il incarne une symbolique riche autour de la ritualisation, évoquant une sensibilité particulière au rapport entre l’objet, l’environnement et l’eau. On retrouve ce matériau dans les hammams traditionnels et les riads marocains, des lieux empreints d’histoire et de poésie.
Au Maroc, le hammam n’est pas qu’un simple lieu de bain : il représente un espace social et culturel essentiel, au cœur des rituels et de la vie quotidienne. Le rituel du hammam s'inscrit dans une réflexion où architecture, ambiance et objets se combinent pour offrir une expérience immersive et multisensorielle.
L’espace d’un hammam suit une organisation progressive, allant d’une pièce tiède à une salle très chaude. Cette transition spatiale prépare le corps et l’esprit à l’expérience de la chaleur et de la vapeur. Les plafonds voûtés et les dômes, caractéristiques de ces lieux, ne sont pas seulement esthétiques : ils jouent un rôle fonctionnel en facilitant la circulation de la vapeur et en créant une acoustique enveloppante propice à la relaxation. L’utilisation de matériaux naturels contribue à maintenir des températures élevées, garantit une hygiène optimale et renforce l’idée d’un luxe en connexion avec des matériaux sains.
Ce rituel engage une gestuelle spécifique : se rincer le visage, transvaser de l’eau, la vider ou la stocker. Ces actions traduisent une relation intime avec l’élément aquatique. Je souhaite explorer cette poétique de l’eau en réinterrogeant la manière dont elle peut être stockée, temporairement ou de façon permanente, dans des objets sensibles et fonctionnels. Ces créations chercheraient à sublimer l’interaction entre l’eau, la matière et le corps, dans des environnements humides comme les hammams, au bord d’une piscine ou en contact direct avec des éléments intégrés dans les objets eux-mêmes.
Une gamme d’objets domestiques pourrait ainsi raconter ces rituels et ces gestes inspirés de la culture maghrébine, tout en exploitant les propriétés uniques du tadelakt. Grâce à ses vertus hydrofuges, cet enduit apporte une valeur ajoutée fonctionnelle en alliant esthétique, protection et harmonie avec des supports plus bruts ou minimalistes.
Conclusion
Ce dernier chapitre a permis de mettre en lumière le levier de création, le point de départ pour esquisser ce que pourrait devenir la volumétrie de l’enduit marocain : le tadelakt. Nous avons constaté que le support est aussi crucial que son revêtement, car il conditionne à la fois la physionomie de l’objet et le choix des matières premières. Une passerelle doit être établie pour trouver un équilibre harmonieux entre porosité et hermétisme.
Tout au long de cette étude, nous avons observé que le tadelakt est une matière complexe, riche d’une forte empreinte culturelle maghrébine et d’un univers architectural puissant. L’espace, l’objet et le rapport à l’eau constituent un fil conducteur qui a guidé mon choix de travailler avec cette matière. Le tadelakt, par sa nature, repousse l’eau tout en dialoguant avec elle, la défiant et s’y intégrant simultanément. Cet enduit à base de chaux dévoile ici son potentiel fonctionnel et visuel, dépassant son usage traditionnel comme simple revêtement mural. Les murs ne sont pas les seuls à pouvoir se vêtir de tadelakt.
Avec une matière aussi malléable, le designer est amené à réfléchir au contexte sur lequel il intervient et à la genèse des matières premières qu’il exploite. Quoi de plus inspirant que l’habitat humide comme point de départ créatif ?
Ce type d’environnement nourrit une ambition des objets à incarner une dualité captivante : paraître mouillés tout en restant secs, malgré une humidité omniprésente, qui semble vouloir les rendre mouillés. Dans cette quête d’une nouvelle volumétrie domestique associée au tadelakt, le choix d’une collaboration avec Jamal Daddis, maâllem (maître artisan) du tadelakt, pour explorer les techniques et savoir-faire ancestraux de cette matière, permet entre artisanat traditionnel et designer de concevoir une collection d’objets empreints de deux cultures voisines : la France et le Maroc. Ces créations réinterrogent la poétique de l’eau au travers du tadelakt, perpétuant une pratique culturelle tout en explorant des usages et une esthétique contemporaine.
︎2︎ Espace restreint qui compose et définit la genèse de matériaux dans un contexte local.
︎3︎ Manuscrit sur parchemin d'auteurs anciens que les copistes du Moyen Âge ont effacé pour le recouvrir d'un second texte, CNRTL
︎4︎Le Corbusier, Le Voyage d'Orient , Éditions Forces vives, 1966
︎3︎ Manuscrit sur parchemin d'auteurs anciens que les copistes du Moyen Âge ont effacé pour le recouvrir d'un second texte, CNRTL
︎4︎Le Corbusier, Le Voyage d'Orient , Éditions Forces vives, 1966
Références
︎Bibliographie
SECRET Edmond, Les Sept printemps de Fès ; des airs, des eaux, des lieux : Fès capitale thermale, [préf. de] Michel Perrigot
LETAIEF Sana, Les hammams de la Médina de Tunis, Éditions Nirvana, 2023
︎Iconographie et projets
BELLAUNAY Maxime, Composé !, design objet, 2019
Destudio Rafael Freyre, Ensemble de 3 briques.
︎Ouvrages, articles et podcast
Les traces habiles – Elise Gabriel. (s. d.). https://les-traces-habiles.org/collection/auteurs/elise-gabriel
︎Remerciements
Je tiens à remercier l’équipe pédagogique pour le suivi et les précieux conseils qui m’ont permis de me guider, de prendre du recul sur mes positions, afin de concrétiser mes recherches et l’écriture de mon mémoire. Merci à Yanis Konstantinidis et Camille Bosqué, professeurs de philosophie et de lettres à l’École Boulle.
Je remercie également les acteurs clés de mon projet, qui m’ont permis de m’éveiller intellectuellement et professionnellement à de nouvelles pratiques et cultures dans le domaine du design. Merci à Georges Bodnar (staffeur, fresquiste et stucateur, directeur de À cœur de chaux à Paris), Jamal Daddis (artisan, décorateur, et peintre franco-marocain), et Reda Bouamrani (designer et architecte d’intérieur marocain). Un merci tout particulier à Mohamed El Harouchi (étudiant à l’École des Beaux-Arts de Casablanca) pour son investissement personnel dans l’élaboration des prémisses de mon projet. Chacun d’eux a su me transmettre leur expérience et m’a accordé de leur temps, ce qui a été inestimable.
Je tiens également à souligner les conversations productives et enrichissantes que j’ai partagées avec mes professeurs de design, mes proches, et surtout ma classe. Un petit clin d’œil à toi, Elsa Dagnat : merci.
Contact ︎
︎ juliettefavre1106@gmail.com
︎o__diapason
Le projet de diplôme ︎
(Résumé projet en cours 2025)
︎ juliettefavre1106@gmail.com
︎o__diapason
Le projet de diplôme ︎
(Résumé projet en cours 2025)
(PHOTO PROJET)