Pierrick Gnaedig
L’huître, la mer et le panier
Cette trilogie de textes illustre l'évolution de mon lien avec la mer. Je suis né et j’ai grandi au bord de l'océan. La mer a naturellement façonné ma culture personnelle, devenant une source d'inspiration prédominante dans mon travail de designer. Afin de mieux la comprendre, j'ai entrepris un séjour à Thau, partageant le quotidien d'un ostréiculteur avec un usager de la mer et échangeant avec des figures telles que Jean-Pierre Gillet, artisan vannier. Chacun de ces écrits narre une étape de ma quête de compréhension de cette culture. L'acquisition est représentée par "L'huître", la transmission par "La mer", et enfin, la pratique par "Le panier".
1/3 : L’huître
︎ Octobre 2023
2/3 : La mer
︎ Novembre 2023
3/3 : Le panier
︎ Décembre 2023
Article 2
La mer
L'article "La mer" résulte de mes réflexions suite à mon expérience à l'Étang de Thau. Au cours de mes échanges avec Maxime O, ostréiculteur, j'ai identifié la transmission comme un élément central dans la définition de la culture. Cet écrit explore cette notion de transmission, cherchant à la traduire en plusieurs étapes, de l'héritage narré à l'expérience personnelle de cette culture. L'objectif est de bien définir comment s'opère la transmission culturelle afin de pouvoir la mettre en œuvre de manière optimale dans mon projet de diplôme.Je m'inspire ainsi d'exemples de transmetteurs de leur culture personnelle de la mer, tels que Jean-Pierre Gillet, artisan vannier, Nicolas Floc'h, artiste et photographe, ainsi que Pierre-Yves Cousteau, explorateur.

FLOC’H Nicolas, Initium Maris, 2019 crédit : Nicolas Floc’h.
Introduction
En juillet 2023, j'ai eu le privilège de me rendre à l'étang de Thau afin de rencontrer Maxime O, ostréiculteur. Au cours de cette visite, j'ai eu l'occasion d'explorer en profondeur sa profession, son quotidien, et, au fil de nos échanges, de saisir l'état d'esprit qui guide son travail. Pour Maxime O, la mer représente le moteur essentiel de toutes les activités dans cet environnement spécifique. Elle se manifeste comme la source ultime de motivation et d'admiration. Considérant la mer comme son lieu de vie et la raison fondamentale de son métier, il a fait le choix conscient et délibéré d'orienter son existence autour de cet élément maritime captivant.
Ainsi, ma venue à Thau ne puise pas son origine dans une simple affection pour les huîtres. Ce voyage représente plutôt une investigation approfondie visant à comprendre les racines de ma culture personnelle étroitement liée à l'océan. Pratiquer la mer aux côtés de Maxime O revêt une dimension de simulation visant à saisir de quelle manière la mer intervient dans son cheminement spirituel et professionnel. En somme, il s'agit de comprendre l'origine de cet héritage, comment il a évolué, et comment il se manifeste aujourd'hui. Au fond, dans le contexte du design, je rapproche ma pratique de celle de Maxime O, cherchant à déterminer la place que la mer occupe dans nos parcours respectifs. C'est une “culture de la mer" qui guide nos trajectoires.
Mon voyage ici représente en quelque sorte l'aboutissement de la compréhension de la culture centrée sur la mer, qui oriente mon travail et mon mode de vie. Je m'efforce donc de décortiquer la manière dont cette culture particulière a émergé en moi, à travers les parcours de ceux qui m'ont précédée. En effectuant une transmission directe du savoir d'un artisan de la mer, je cherche à comprendre comment cette culture perdure et pourquoi nous cherchons à la transmettre.
Cette démarche d'écriture se déploie en deux étapes précises, visant la compréhension approfondie de cet héritage culturel :
- Comment naît une culture spécifique, à partir d’une pratique?
- Pourquoi et comment la transmettons-nous ?

La culture de la mer, montage Gnaedig Pierrick, 2023
De la pratique concrète à la culture immatérielle
Tout comme la culture matérielle de l'huître, la culture immatérielle de cet organisme est marquée par un commencement. L'exemple de l'huître est en réalité un prétexte personnel pour explorer la question fondamentale : "Comment forgeons-nous une culture spécifique ?"
Cette exploration, ancrée dans mes souvenirs et mes héritages, m'amène à réfléchir sur la naissance de ce qui constitue une référence culturelle en moi, et comment cela perdure à travers la transmission. Mon amour pour la mer, par exemple, n'est pas inné. Il s'est développé en moi grâce à ce que d'autres m'ont fait découvrir : c’est la transmission culturelle. Néanmoins, plonger dans ces aspects intimes ne répond pas clairement à la question de la création d'une culture partagée au sein d'une communauté, sans qu'elle ait été explicitement transmise. Comment donc l'huître est-elle devenue un élément culturel ?
Selon l’anthropologue David Berliner,︎1︎ il est possible d'isoler deux phénomènes marquants deux moments essentiels d'une culture immatérielle : l’usage , le commencement de la culture, et la transmission, donc son évolution.
Au commencement était l’usage
Le premier usage de l'huître remonte à l'époque néandertalienne. ︎2︎ À cette époque, il s'agissait principalement d'une source de nourriture parmi d'autres, sans constituer un élément culturel en soi. À ce stade, rien n'était véritablement culturel, car la culture est une création humaine, une série de comportements qui nous différencient des animaux et donnent naissance à une pensée critique en nous. En d'autres termes, nous devenons humains en créant une culture. Par exemple, l'enterrement de nos morts ︎3︎est une pratique culturelle qui s'est perpétuée au fil du temps et qui se retrouve dans de nombreuses sociétés à travers le monde. L'homme a ainsi transformé certains objets et denrées en éléments de culture en leur attribuant une dimension spirituelle, marquant ainsi les premiers comportements "humains".

L’usage et le culte, montage, Gnaedig Pierrick, 2023
L'huître ou du moins sa coquille, fait partie de cette catégorie, comme le souligne le terme "usage" dans cette section. Nous avons insufflé une signification spirituelle à l'huître, la dissociant de son utilité alimentaire. Ainsi, dès l'époque néandertalienne, l'homme décorait ses tombes avec des coquilles d'huître. De nombreuses découvertes archéologiques, notamment à Teviec dans le Morbihan, mettent en évidence une utilisation fréquente des coquilles d'huître à des fins funéraires︎4︎. Les coquilles étaient souvent utilisées comme parures. Ces pratiques culturelles ont contribué à distinguer l'homme de l'animal et ont créé des symboles culturels immatériels.
Pourtant, le passage de l'huître comme source alimentaire à un objet de culte marque une transformation significative. L'huître est devenue culturelle parce que nous l'avons décidé. C'est la signification symbolique qui est née au sein de nos cultes, créant ainsi une culture autour de la présence du coquillage.
À l'époque médiévale, par exemple, les huîtres étaient censées guérir ou protéger les femmes de la stérilité. Leur présence dans les foyers était censée éloigner les mauvais esprits. Les coquilles d'huître étaient utilisées dans des pratiques rituelles pour atténuer les douleurs liées à l'accouchement. L'huître était également représentée sur des urnes funéraires grecques et romaines.︎5︎
La création de significations culturelles autour de choses aussi diverses que des objets, des concepts ou des êtres vivants est une étape cruciale dans le processus d'humanisation. C'est ce processus qui donne naissance à des rituels, des mythes, des croyances et des pratiques artistiques. Chaque culture se construit ainsi sur un ensemble de significations partagées, créant un tissu qui unit les individus au sein d'une communauté.
En fin de compte, cette propension à attribuer des significations transcendantales et à pratiquer le culte est ce qui façonne nos civilisations et nous distingue en tant qu'espèce. C'est un aspect fondamental de notre humanité qui a des implications profondes sur la manière dont nous interagissons avec le monde qui nous entoure et avec les autres membres de notre société. Le culte, dans toutes ses formes, devient ainsi un moteur puissant de la diversité culturelle et de l'évolution de nos sociétés.
Cependant, pour qu'un élément fasse véritablement partie de la culture, il doit se répéter dans l'histoire, il doit être pérennisé.
Hériter, Transmettre
La transmission, selon Pascal Perrineau dans sa revue Sur la notion de culture en anthropologie, s'effectue en deux phases : une phase ouverte, c'est-à-dire celle que l'on nourrit de l'extérieur par la discussion, et une phase fermée, c'est-à-dire celle que l'on construit seul par l'observation puis la pratique. J'ai pu démontrer cette théorie en discutant avec Maxime O, ostreiculteur qui semble retracer ces phases.
MO : L'ostréiculture, c'est de famille. J'ai grandi avec les histoires de marin de mon grand-père et de mon père, respectivement marin
puis ostréiculteur. Ils m'ont bercé de leurs mythes, de leurs légendes et de leur quotidien. Ils ont eu un rapport à la mer, propre à leurs choix professionnels, et spécifiques, donc les histoires ne concordent pas tout le temps, mais c'est intéressant parce que les récits étaient pluriels. Ça m'a transmis le besoin d'aller voir par moi-même.
PG: C’est ce que tu as fait ?
MO : Oui, j'ai suivi mon père en mer. Et c'est là que tu te crées tes propres légendes. Tu interprètes plein de choses et tu construis ta propre image de l'océan [...]
PG : Et c'est toutes ces images qui t'ont amené à devenir ostréiculteur.
MO : C'est ce temps passé en mer qui m'a fait comprendre que je ne pouvais pas m'en passer. Alors j'ai embrassé la continuité de l'exploitation de ma famille. Ce n'était pas un choix de facilité, mais l'envie profonde de pratiquer ce qu'on m'avait transmis. Et puis, la mer, ça ne se transmet pas, ça s’apprend.

De famille, Gnaedig Pierrick, 2023
“Ça ne se transmet pas, ça s’apprend.”
Raconter la mer.
L'oralité joue un rôle crucial dans la transmission de la culture maritime au sein de ma famille, une tradition que mes ancêtres bretons, tous deux officiers de la Marine, ont partagée avec moi. Mon grand-père et mon père ont façonné mon lien avec la mer à travers des récits captivants, des leçons de navigation et une sensibilité aux subtilités de l'océan.
Mon grand-père a bercé mon enfance de récit de marin, m’a appris à naviguer, à repérer les “comportements” de la mer. Ils m’ont transmis un regard, celui de “pratiquant de la mer”. Ils m’ont raconté leurs usages, leur savoir-faire, lié à la navigation et la pêche. Ils ont développé un regard sur la mer, très intime et personnel.
L'oralité offre une flexibilité dynamique dans la transmission culturelle. Les récits évoluent, s'adaptent et se transforment au fil du temps, et du narrateur. Tout comme le biais par lequel le narrateur transmet.
Cette adaptabilité permet à une culture de rester vivante, de s'ajuster aux réalités contemporaines tout en honorant son passé. Le biais de narration évolue lui aussi.
À titre d'exemple, Jean-Pierre Gillet, un artisan vannier breton basé dans le Morbihan, avec lequel j'ai eu le privilège d'échanger, affirme que la vannerie représente pour lui le moyen idéal de narrer sa relation avec la mer. Il partage l'idée que son travail est intrinsèquement narratif, reflétant un lien particulier avec l'océan à travers ses compétences, ses choix de tressage, de matériaux, de formes et d'utilisations. Il demeure l'un des rares à confectionner entièrement à la main des nasses et casiers de pêche, non pas dans un but lucratif, mais dans le dessein de préserver, à travers son savoir-faire, une connexion singulière entre l'homme et la mer.

Jean Pierre Gillet, photographie par Labeye Philippe 2021.
Jean-Pierre Gillet aspire non seulement à perpétuer des traditions anciennes, mais aussi à partager l'histoire du pêcheur d'autrefois à travers les usages qu'il confère à ses objets. Son travail méticuleux et artisanal vise à transmettre les habitudes et le mode de vie de "l'ancien pêcheur". Il souhaite ainsi préserver un héritage culturel et narrer, à travers ses créations, la riche histoire de la relation entre l'homme et la mer. La vannerie est sa manière de raconter la mer.
Comme me l'a expliqué Maxime O, la perpétuation des savoir-faire liés à la mer repose sur l'oralité. Il souligne le caractère didactique des anciens, dont la pratique découle d'une compréhension intime de la mer. C'est cette écoute attentive et cette relation particulière avec leur environnement qui les distinguent en tant que travailleurs respectueux et, par-dessus tout, productifs. Ils connaissent parce qu'ils écoutent. Raconter est un besoin impératif pour les pratiquants de la mer, non comme une prévention, mais comme un moyen de sensibiliser, et d’imager les fantasmes liés à cet environnement. Maxime O a pris le temps de comprendre la mer, et a pris soin de créer un rapport respectueux avec elle, chose qu’il ne veut pas voir disparaître. D’après mes échanges avec lui, il semblerait que ce besoin de raconter son expérience, caractère que l’on retrouve assez souvent chez les marins, soit récurrent, et servent à installer un rapport de confiance et de sûreté entre le transmetteur et l’apprenti.
Concrètement, il met en lumière la nécessité de percevoir chaque courant, interprétant les mouvements des mouettes, les périodes de circulation des bateaux et les comportements des poissons.
"Si tu vois des sauts de poissons, c'est que l'eau est trop basse pour laisser passer la barque", précise-t-il.

Poisson en surface, Pierrick Gnaedig, 2023.
Vivre et travailler en mer, c'est adopter une approche empirique, maîtriser un savoir non scientifique, non démontré, mais émotionnel, basé sur l'observation et la pratique.
Ces savoirs et ces histoires se présentent comme des contes, où le vent, l'eau, la faune et la flore agissent comme des acteurs de cette narration maritime. Ainsi, pour transmettre cette culture de la mer, il reste essentiel de la raconter telle qu'on l'a vécue et ressentie. Cette narration devient une synesthésie, plongeant le récepteur dans l'environnement marin, lui faisant ressentir la beauté et suscitant ce sentiment de voyage, ce besoin impérieux d'observer par soi-même.
Observer la mer
L'observation constitue la seconde étape du mécanisme de transmission. Au-delà de donner vie à une situation à travers les mots, la transmission implique également l'appropriation de codes spécifiques. Chaque récit est intrinsèquement lié à l'habitat marin qu'il décrit. J'ai, d'une certaine manière, suivi le parcours de Maxime O. En effet, les histoires qu'il racontait ont éveillé en moi le besoin d'explorer par moi-même. Ayant la chance d'avoir un ancrage constant en Bretagne, j'ai satisfait ce besoin en apprenant la pêche et la navigation, cherchant ainsi à observer de plus près et plus profondément l'environnement qui m'a été souvent narré.
Cette phase d'observation me rappelle celle de Jean Painlevé, cinéaste français et principale source d'inspiration dans mon travail. Le cinéaste, aujourd'hui reconnu comme l'un des pionniers du documentaire en "caméra embarquée" sur la vie sauvage, a réalisé des œuvres telles que "La pieuvre" en 1928, "L'hippocampe" en 1934 et "Histoire de crevette" en 1964. Bien que ses documentaires semblent rudimentaires aujourd'hui, ils étaient avant-gardistes pour leur époque et ont contribué à son succès.




Jean Painlevé et son travail, l’hippocampe (métrage de 1934), la pieuvre (métrage de 1928)
Le but de Jean Painlevé est très évocateur de cette phase d'observation, ce qui se reflète dans sa manière de réaliser ses premiers films. Il décide de filmer la mer telle que nous la voyons, sans mise en scène, les pieds à peine trempés depuis le bord de l'eau. Il choisit ce point de vue pour nous amener à jouer sur le double sens du "voir/observer". À travers des zooms, il nous incite à nous pencher et à regarder ce que nous avons toujours contemplé. Sa démarche n'est pas scientifique, mais plutôt intimiste dans ses choix de mise en scène et de cadrage.La démarche de Painlevé, bien que non scientifique, révèle une dimension profondément personnelle de la transmission culturelle. En mettant en scène des moments intimistes et en choisissant des angles de vue particuliers, il cherche à partager son regard unique sur la mer, à communiquer non seulement des faits, mais aussi une expérience et une interprétation personnelles.
Ainsi, l'observation devient un acte dynamique d'apprentissage, une immersion sensorielle qui permet une appropriation plus profonde et significative de la culture maritime qu'il documente. Dans cette perspective, l'observation émerge comme un lien essentiel entre le spectateur et la culture représentée, une clé de la compréhension et de l'assimilation des valeurs, des coutumes et des savoir-faire qui constituent cette culture particulière.
C'est cette aptitude à développer un regard personnel sur la mer qui engendre progressivement l'émergence d'une forme de culture. Tout comme pour l'huître évoquée dans la première partie de ce texte, l'observateur de la mer élabore un portrait spirituel de celle-ci. Peu à peu, il façonne la mer en une culture spécifique et personnelle.
Toutefois, une étape ultime persiste dans l'assimilation d'une culture ancrée dans la mer, se manifestant par l'expérience directe du milieu, par sa pratique. En effet, il ne suffit pas d'observer la mer pour pleinement s'approprier sa culture ; il est impératif de s'immerger physiquement et activement dans son environnement. Cette immersion pratique, qu'elle soit à travers la navigation, la pêche, ou d'autres activités maritimes, permet une connexion plus profonde avec les traditions, les savoir-faire, et les modes de vie inscrits dans la culture maritime.
Ainsi, l'expérience directe du milieu marin, par la pratique, complète le processus de création d'une culture spécifique à la mer. Elle offre une compréhension sensorielle et corporelle, transcendant la simple observation pour inscrire dans le vécu personnel les nuances subtiles qui définissent cette culture. En se fondant sur l'interaction active avec la mer, cette dernière étape enrichit le regard déjà développé, consolidant ainsi la construction d'une culture vivante et ancrée dans la réalité de son environnement marin.
Pratiquer la mer
Venir à Thau représente un retour empreint de maturité pour analyser la culture de la mer en échangeant avec un praticien de cet environnement. Ce texte constitue la compréhension de l'appropriation de ma culture personnelle. Ainsi, ressentant le besoin instinctif de me rendre à Thau, je souhaite partager le quotidien d'un ostréiculteur pour simuler, ou du moins approcher, la dernière étape de transmission d'une culture : la pratique.
En ajoutant une dimension pratique à mes récits et à mon regard, liée pleinement à la mer, je cherche à approfondir mon besoin d'être connecté à cet environnement. C'est une démarche que Jacques-Yves Cousteau, l'explorateur des mers du monde entier, a bien comprise. En collaboration avec l'ingénieur Emile Gagnan, Cousteau a développé le scaphandre autonome en 1943, ouvrant ainsi le monde sous-marin à l'exploration humaine.

Philippe Pierre Cousteau (a gauche) et son père, Jacques Yves Cousteau. crédit : auteur inconnu
Après la Seconde Guerre mondiale, Cousteau, aux côtés de Tailliez et Dumas dans le groupe des "mousquemers", a mener des expériences de plongée et des travaux en laboratoire. La transformation de la Calypso, ancien dragueur de mines, en 1950, équipé d'instruments de plongée et de recherche scientifique, a marqué le début de leur aventure océanographique. Les équipes Cousteau ont parcouru les mers et les grands fleuves du monde pendant quatre décennies.
À sa manière, Maxime O répète le parcours du commandant Cousteau. La culture, c'est aussi un ensemble de savoirs propres à une communauté. Ce besoin d'expérience conduit à la création d'un savoir empirique, basé non sur la science, mais sur la pratique et l'observation. C'est ce même savoir qui a permis à Jacques-Yves Cousteau de concevoir le scaphandre autonome. En réalité, je considère que reproduire le parcours du commandant Cousteau est un comportement instinctif, une manière d'explorer et de comprendre la culture maritime à travers l'expérience directe et pratique.

A gauche : Georges équipé d’un POUMONDEAU Ventral (archives Claire HERAIL) – A droite : POUMONDEAU Ventral lors de ses essais par le G.E.R.S. (archives Ph. ROUSSEAU et Marine Nationale)
Maxime O me confie, à la fin de mon séjour :
“Je trouve vraiment appréciable que tu ai accepté de monter sur le bateau et de ramener les cordes à huîtres, que tu ai touché du doigt le métier. Ce que nous pouvons transmettre se limite à ce que je peux te dire et te montrer, mais pour vraiment comprendre ce qui nous passionne dans ce mode de vie, il faut le pratiquer. Je pense que tu auras bien plus de choses à partager au final en ayant mis les mains dans l'eau et dans le sable, bien plus que si tu ne m'avais que regardé. Tu te sens forcément beaucoup plus impliqué, comme si tu étais un apprenti.”
Ces propos reflètent bien la perspective de Maxime O lorsqu'il aborde la question de la transmission. Mon cas n'est pas unique, car Quentin rencontre fréquemment des individus comme moi, et il les encourage à se confronter à l'échec pour apprendre à agir et à observer. Selon lui, c'est la seule manière de transmettre l'amour et l'admiration profonde pour la mer, par l’humilité que la pratique engage. En encourageant l'expérience pratique et l'observation directe, Quentin cherche à inculquer non seulement les compétences techniques, mais aussi le véritable ressenti et la passion qui animent ceux qui vivent en symbiose avec l'environnement marin. En sommes, Maxime O transmet par la pratique sa culture de la mer.
Conclusion
Ce voyage à Thau a été un moment clé dans ma compréhension de ma culture maritime. La division de la transmission culturelle en trois étapes a agi comme une sorte de liste à cocher, où la validation de la "pratique de la mer" était cruciale pour assimiler pleinement mon héritage culturel et l'appliquer dans mon travail. La rencontre avec Maxime O, ostréiculteur, a été essentielle, m'offrant non seulement un transfert de connaissances, mais aussi la possibilité d'expérimenter son métier. En plus de cela, j'ai pu échanger avec d'autres professionnels tels que des exploitants, des navigateurs et des artisans. Ainsi, j'ai eu l'opportunité de plonger au cœur même de cette culture maritime qui réside en moi. Par le biais de la pratique, j'ai dépassé la simple observation, m'engageant activement dans des activités concrètes pour mieux assimiler cet héritage culturel.
︎1︎BERLINER David, Anthropologie etTransmission, 2010
︎2︎MARTEILl Louis, La conchyliculture française. 2ème partie. Biologie de l'huître et de la moule, Archimer, 1976.
︎3︎SAILLARD Roger, L’ostréiculture en Charente Maritime, revue Bibliothèque du Travail N° 46, 1947
︎4︎MARTEILl Louis, La conchyliculture française. 2ème partie. Biologie de l'huître et de la moule, Archimer, 1976
︎5︎SAILLARD Roger, L’ostréiculture en Charente Maritime , revue Bibliothèque du Travail N° 46, 1947
︎2︎MARTEILl Louis, La conchyliculture française. 2ème partie. Biologie de l'huître et de la moule, Archimer, 1976.
︎3︎SAILLARD Roger, L’ostréiculture en Charente Maritime, revue Bibliothèque du Travail N° 46, 1947
︎4︎MARTEILl Louis, La conchyliculture française. 2ème partie. Biologie de l'huître et de la moule, Archimer, 1976
︎5︎SAILLARD Roger, L’ostréiculture en Charente Maritime , revue Bibliothèque du Travail N° 46, 1947
Bibliographie
Références qui ont aidé à la construction de l’article
︎Ouvrages
BACHELARD Gaston, L'eau et les rêves. Essai sur l'imagination de la matière, Paris : Librairie José Corti, 1942
FLOC’H Nicolas, Structures odysséennes. Édition Mac Val. Bretagne, octobre 2006.
La Vannerie (Encyclopédie contemporaine des métiers d'art) janvier 1979
JAOUL Martine et GOLDSTEIN Bernadette, La vannerie française, du
Musée national des arts et traditions populaires, édité par ATP. 1990
MOISY Isabelle et BERRY Clémentine
Tools n° 02 – Tisser, paru en 2022
Manuel pratique de vannerie - Collection Bibliothèque des actualités industrielles n°136 collection Bernard Tignol.
︎Films, vidéos et podcast
Archive INA, “Ostréiculteurs d'Arcachon”, réalisateur inconnue, 01/01/1970[https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i13163506/ostreiculteurs-d-arcachon]
GEEL Catherine, Transmission #1, entretien avec Andréa Branzi, La Cité du Design, 2006
PAINLEVÉ Jean, L’hippocampe ou cheval marin, Jean Painlevé, 1935
Références qui m’ont nourri et fait évoluer mon regard
︎Ouvrages, articles et podcast
︎Scientifique
Auteur inconnu, nos ostréiculteurs ont du savoir-faire, Thau Infos, octobre 2022. [https://thau-infos.fr/index.php/terroirs/conchyliculture/92661-nos-ostreiculteurs-ont-du-savoir-faire-2]
DANEY Charles, L'huître et l’ostreiculture en France. Édition Métive, juin 2022
DECOTTERED Stephane, Les huitres, 1er partie : un peu d’histoire,article de Blog, StephanedeCotterd.com, 19 février 2016. [https://stephanedecotterd.com/2016/02/19/les-huitres-1ere-partie-un-peu-dhistoire/#:~:text=C'est%20au%20XVII%C3%A8me%20si%C3%A8cle,au%20profit%20de%20l'ostr%C3%A9iculture.]
MARTEILl Louis, La conchyliculture française. 2ème partie. Biologie de l'huître et de la moule, Archimer, 1976
POTTIER Rene, Les Huîtres comestibles et l'Ostréiculture. Réédité par Nabu Press en 2012. 1902
POUVREAU Stéphane,Pour résister aux maladies, les huîtres réconcilient les théories de Darwin et de Lamarck, IFREMER, 10 septembre 2023, [https://www.ifremer.fr/fr/presse/pour-resister-aux-maladies-les-huitres-reconcilient-les-theories-de-darwin-et-de-lamarck]
Artistique et sensible
FLOC’H Nicolas, Initium Maris, Édition Gwinzegal, Bretagne, 15 septembre 2020.
PONGE Francis, le parti pris des choses, Édition Gallimard. Juin 2009.
ROGER Alain, Court traité sur le paysage, Édition Gallimard, 1997.
︎ Anthropologique
BASTIDE Roger, Anthropologie Appliquée, Édition Stock, 1998.
Kant E. & Foucault M., Anthropologie du point de vue pragmatique & Introduction à l’Anthropologie, Librairie philosophique J. Vrin, [1798].
GIRARD Sophie, Analyse des facteurs déterminant les performances économiques des entreprises ostréicoles de Poitou-Charente, CPER Poitou-Charente, 2011.
KIEFFER Aurélie, Le grand reportage : métier d’Art, métiers d’Avenir, Radio France/France Culture, émission du 1er Septembre 2023. [https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-grand-reportage/grand-reportage-emission-du-vendredi-01-septembre-2023-8002930]
RASSE Paul, La diversité culturelle, Les essentiels d’Hermès. Paris. CNRS Éditions, 2013.
Contact ︎
︎ Gnaedig.pierrick@gmail.com.com
︎@pied_Rick
Le projet de diplôme ︎
Le projet "Plezhañ ar Mor", signifiant "tresser la mer" en breton, se présente comme une collection d'objets de pêche à pied, principalement conçus en vannerie. Ces pièces sont soigneusement élaborées pour raconter une histoire poétique de la mer, résultant d'une collaboration entre le designer et des artisans vanniers de Bretagne et d'autres régions. Ces objets ne sont pas seulement des instruments de pêche, mais aussi des médias de transmission, porteurs à la fois de la poésie maritime et d'un savoir-faire vannier unique.
