Nathalie Pieruccioni
Minutia
Doit-on percevoir le détail comme un élément dont on est contraint d'y faire attention, ou comme un élément qui peut être une ressource si on y fait attention ?
L'ensemble de ces articles dépeignent en trois visions, pourquoi le designer doit faire attention aux détails dans la pratique de son métier. Une première vision basée sur une expérience personnelle des gestes minutieux, qui remet en question le rapport au temps et à l'ordre. Une deuxième vision qui n'arrive plus à se détourner des détails, car une légende raconte qu'ils peuvent transformer même de la boue en or. Une troisième vision qui en rencontre d'autres, tout aussi minutieuses mais singulières les unes des autres.
1/3 : Vers une éthique de la minutie
︎ Octobre 2023
2/3 : Alchimie du détail
︎ Novembre 2023
3/3 : Paroles de minutieux
︎ Décembre 2023
Article 2
Alchimie du détail
En portant une attention aux détails, cet article questionne la notion de minutie selon sa capacité à produire de la valeur. Dans un premier temps, il apparaît que la minutie peut contribuer à l'édification d'un luxe statutaire. Dans un second temps, il s'agit de souligner sa contribution à l'ennoblissement de matières parfois considérées comme peu nobles.

Pieruccioni, N. (2023). Dévoiler les détails [Retouche photographique].
"Der Teufel steckt im Detail."
Le diable est dans les détails.︎1︎
Cette expression, datant du XIXe siècle, est attribuée en partie au philosophe allemand Friedrich Nietzsche, qui la citera dans son œuvre Ainsi parlait Zarathoustra, publiée en 1901. Selon lui, "le diable est considéré comme un être maléfique qui viendrait semer la zizanie de manière discrète, en influant sur les détails et qui prendrait un malin plaisir à faire cela"︎2︎. Cela signifie qu'il ne faut pas négliger les détails, car ils peuvent par la suite être source de nombreux problèmes, d'ordre diabolique.
"Der liebe Gott steckt im Detail."
Le bon Dieu est dans le détail.︎3︎
C'est l'un des adages de l'architecte germano-américain Ludwig Mies van der Rohe. En comparaison à l'expression précédente, elle signifie que "lorsque l’attention est portée aux petites choses, les plus grandes récompenses peuvent être obtenues et les détails comptent"︎4︎.
S’il y a un parallélisme dans la forme de ces expressions, on peut constater en revanche qu'elles mettent en lumière une dichotomie dans le sens que l'on donne au détail. On conçoit que Dieu ou le diable ne s'intéressent pas de la même manière au détail. Pour l'un, il semble être source de problème. Pour l'autre, il semble être source de récompenses.
Dans ce cas, doit-on percevoir le détail comme un élément dont on est contraint d'y faire attention ?
Ou doit-on percevoir le détail comme un élément qui peut être une ressource si on y fait attention ?
On observe également cette dichotomie dans l'importance que l'on donne au détail. Par définition, il sera toujours un "petit élément constitutif d'un ensemble". Mais certains le définissent comme une "chose peu importante", perçue comme secondaire, voire insignifiante. D'autres comme les personnes minutieuses, comme nous l'avons vu dans l'article I, prennent par définition "soin du détail". Elles le considèrent, elles s'y attachent, et leur travail fait en sorte de le mettre au premier plan.
La minutie est-elle un moyen pour le détail de prendre de la valeur ?
Comment la minutie peut-elle être productrice de valeur grâce à un travail artisanal du détail ?
Avant de parler de création de valeur grâce à la minutie, il faut prendre en compte que la valeur est "l'évaluation d'une chose en fonction de son utilité sociale, de la quantité de travail nécessaire à sa production, du rapport de l'offre et de la demande". Cette évaluation implique par définition des variations, une baisse ou une hausse, des oscillations et des effondrements en fonction de la période et du contexte. Elle est également subjective, car elle dépend d'un jugement qui peut être émis par un point de vue personnel ou selon les goûts et les critères d'une société, comme constaté plus tôt avec les différentes spécifications du détail. Aussi, il faudra apporter des précisions sur la nature de cette valeur créée.
S’agit-il de valeur marchande, morale, sociale ou symbolique ?
De plus, dans son ouvrage nommé Le Détail, publié en 2008, l’historien de l’art Daniel Arasse constate "une distinction essentielle faite par la langue italienne, mais occultée en français par l’usage indifférencié du mot détail"︎5︎. L'italien distingue le détail-particolare, qui est "une petite partie d'une figure, d'un objet ou d'un ensemble"︎6︎, et le détail-dettaglio qui "pointe lui l'action du sujet et isole le détail"︎7︎. Dans cet article, il sera question du détail qui constitue un ensemble, donc d'un
détail-particolare, qui sera observable en tant que partie d'un objet d'artisanat.
Le diable est dans les détails.︎1︎
Cette expression, datant du XIXe siècle, est attribuée en partie au philosophe allemand Friedrich Nietzsche, qui la citera dans son œuvre Ainsi parlait Zarathoustra, publiée en 1901. Selon lui, "le diable est considéré comme un être maléfique qui viendrait semer la zizanie de manière discrète, en influant sur les détails et qui prendrait un malin plaisir à faire cela"︎2︎. Cela signifie qu'il ne faut pas négliger les détails, car ils peuvent par la suite être source de nombreux problèmes, d'ordre diabolique.
"Der liebe Gott steckt im Detail."
Le bon Dieu est dans le détail.︎3︎
C'est l'un des adages de l'architecte germano-américain Ludwig Mies van der Rohe. En comparaison à l'expression précédente, elle signifie que "lorsque l’attention est portée aux petites choses, les plus grandes récompenses peuvent être obtenues et les détails comptent"︎4︎.
S’il y a un parallélisme dans la forme de ces expressions, on peut constater en revanche qu'elles mettent en lumière une dichotomie dans le sens que l'on donne au détail. On conçoit que Dieu ou le diable ne s'intéressent pas de la même manière au détail. Pour l'un, il semble être source de problème. Pour l'autre, il semble être source de récompenses.
Dans ce cas, doit-on percevoir le détail comme un élément dont on est contraint d'y faire attention ?
Ou doit-on percevoir le détail comme un élément qui peut être une ressource si on y fait attention ?
On observe également cette dichotomie dans l'importance que l'on donne au détail. Par définition, il sera toujours un "petit élément constitutif d'un ensemble". Mais certains le définissent comme une "chose peu importante", perçue comme secondaire, voire insignifiante. D'autres comme les personnes minutieuses, comme nous l'avons vu dans l'article I, prennent par définition "soin du détail". Elles le considèrent, elles s'y attachent, et leur travail fait en sorte de le mettre au premier plan.
La minutie est-elle un moyen pour le détail de prendre de la valeur ?
Comment la minutie peut-elle être productrice de valeur grâce à un travail artisanal du détail ?
Avant de parler de création de valeur grâce à la minutie, il faut prendre en compte que la valeur est "l'évaluation d'une chose en fonction de son utilité sociale, de la quantité de travail nécessaire à sa production, du rapport de l'offre et de la demande". Cette évaluation implique par définition des variations, une baisse ou une hausse, des oscillations et des effondrements en fonction de la période et du contexte. Elle est également subjective, car elle dépend d'un jugement qui peut être émis par un point de vue personnel ou selon les goûts et les critères d'une société, comme constaté plus tôt avec les différentes spécifications du détail. Aussi, il faudra apporter des précisions sur la nature de cette valeur créée.
S’agit-il de valeur marchande, morale, sociale ou symbolique ?
De plus, dans son ouvrage nommé Le Détail, publié en 2008, l’historien de l’art Daniel Arasse constate "une distinction essentielle faite par la langue italienne, mais occultée en français par l’usage indifférencié du mot détail"︎5︎. L'italien distingue le détail-particolare, qui est "une petite partie d'une figure, d'un objet ou d'un ensemble"︎6︎, et le détail-dettaglio qui "pointe lui l'action du sujet et isole le détail"︎7︎. Dans cet article, il sera question du détail qui constitue un ensemble, donc d'un
détail-particolare, qui sera observable en tant que partie d'un objet d'artisanat.
︎1 ︎
https://www.expressio.fr/expressions/le-diable-est-dans-les-details
︎2︎ NIETZSCHE Friedrich, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Société du Mercure de France, 1901, p. 95.
︎3︎ BECKER Steffen, « Der liebe Gott steckt im Detail », Universität Passau, 16 décembre 2011,
[En ligne : https://www.uni-passau.de/bereiche/presse/pressemeldungen/meldung/der-liebe-gott-steckt-im-detail ].
︎4︎ Anonyme, « Dieu est dans les détails », Google Arts & Culture, 23 septembre 2019, [En ligne : https://artsandculture.google.com/usergallery/god-is-in-the-details/AAKyAHqomE5XLQ ].
︎5︎ VAUDAY Patrick, « Un amour de détail », in Savoirs et Clinique, vol. 7, hiver 2006, p. 111.
︎6︎ ARASSE Daniel, Le Détail : Pour une histoire rapprochée de la peinture, Paris, Flammarion, 2008, p. 13.
︎7︎ ARASSE Daniel. Entrevue radiophonique avec Jean-Claude Loiseau. « Épisode 21/25 : Pour une histoire rapprochée de la peinture ». Diffusée le 21 décembre 2022. Radio France Culture.
[En ligne : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-de/pour-une-histoire-rapprochee-de-la-peinture].
︎2︎ NIETZSCHE Friedrich, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Société du Mercure de France, 1901, p. 95.
︎3︎ BECKER Steffen, « Der liebe Gott steckt im Detail », Universität Passau, 16 décembre 2011,
[En ligne : https://www.uni-passau.de/bereiche/presse/pressemeldungen/meldung/der-liebe-gott-steckt-im-detail ].
︎4︎ Anonyme, « Dieu est dans les détails », Google Arts & Culture, 23 septembre 2019, [En ligne : https://artsandculture.google.com/usergallery/god-is-in-the-details/AAKyAHqomE5XLQ ].
︎5︎ VAUDAY Patrick, « Un amour de détail », in Savoirs et Clinique, vol. 7, hiver 2006, p. 111.
︎6︎ ARASSE Daniel, Le Détail : Pour une histoire rapprochée de la peinture, Paris, Flammarion, 2008, p. 13.
︎7︎ ARASSE Daniel. Entrevue radiophonique avec Jean-Claude Loiseau. « Épisode 21/25 : Pour une histoire rapprochée de la peinture ». Diffusée le 21 décembre 2022. Radio France Culture.
[En ligne : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-de/pour-une-histoire-rapprochee-de-la-peinture].
1. L’importance du détail dans le monde du luxe
Un moyen d’apparat dans un luxe statutaire
"Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté."
Dans ce passage de L'Invitation au Voyage, écrit en 1857 dans le recueil Les Fleurs du mal, le poète Charles Baudelaire ︎8︎choisit d'associer la notion de luxe à une impression de paix. Le champ lexical évoquant la douceur : "calme", "polis", "douce" est associé à un décor luxueux : "rares fleurs", les "senteurs d'ambre", "les riches plafonds". Pourtant, si on s'intéresse à l'étymologie du mot luxe, sa signification se rapproche plus du tumulte que du calme. D'après l'anthropologue Marc Abélès, "le mot latin luxus renvoie aux idées d’excès, de faste, de somptuosité et de profusion, mais aussi de débauche et d’intempérance"︎9︎.
Si le luxe est porteur d'écart, voire de transgression, comment peut-il travailler de pair avec la minutie, qui a un besoin de calcul et de contrôle ?
Au temps où la France était sous une société monarchique, le luxe a un rôle statutaire, c'est-à-dire qu'il se "conforme à des statuts" sociaux. Gilles Lipovetsky, philosophe et auteur de Le Luxe éternel. De l’âge du sacré au temps des marques, explique que "longtemps, il n’y a eu qu’un seul luxe, celui de l’ostentation et du prestige, avec des châteaux et parures qui servaient à marquer son rang"︎10︎. Ce luxe relève donc d'une obligation de représentation afin de montrer aux yeux de tous sa noblesse, au travers de manifestations fastueuses. Il a une valeur sociale, car il représente un moyen de garder son étiquette au sein de la société. Dans son livre Les grands textes du Luxe, le philosophe Olivier Assouly ajoute que "À l'époque, se soustraire aux obligations du luxe et au formalisme de ses normes, c’est perdre à coup sûr le privilège du rang"︎11︎.
De ce fait, la minutie contribue à produire une valeur symbolique pour ce luxe statutaire, sous la forme d'un maximalisme du détail. Plus un objet est riche en détails, réalisé avec des matériaux précieux, plus il témoigne d'une certaine rareté et donc d'un statut important pour son propriétaire. Le but est d'exciter l'admiration par la magnificence des objets de luxe, au point que ce soient des "choses qu’on emploie ni pour leur utilité réelle, ni pour leur commodité, ni pour leur agrément, mais seulement pour éblouir les regards et pour agir sur l’opinion des autres hommes"︎12︎. Ce principe va créer une nouvelle catégorie d'objets, basé sur l'apparat, soit "l'étalage, l'affichage, en grande pompe de faste". C'est le cas notamment des tables d'apparats, des meubles débordants de détails précieux, destinés uniquement à présenter des objets luxueux.






Anonyme, Table d’apparat en marqueterie, fin XVIIe- début XVIIIe siècle, marqueterie en écaille, os, corne teintée vert,
Galerie Philippe Vichot, Paris.
Actuellement, nous ne sommes plus dans une société monarchique mais bien sous une société démocratique. Désormais, il n'y a plus d'étiquettes liées à un rang, "certaines familles ont gardé le titre de noblesse de leurs ancêtres, mais cela n'a aucune influence sur leur situation financière, si ce n’est peut-être un héritage conservé"︎13︎.
Cela marque-t-il la fin du rôle statutaire pour le luxe ?
L'accumulation de détails comme valeur symbolique d'un pouvoir, est-elle dépassée ?
Même s'il n'y a plus de rang de noblesse attribué à la naissance, il subsiste encore des différences socio-culturelles qui varient selon le capital social économique et culturel de chacun︎14︎.
De ce fait, utiliser le luxe comme vitrine de son pouvoir et de sa richesse est toujours d'actualité. C’est la stratégie de l’ancien président des Etat-Unis Donald Trump, au travers de son Penthouse juché au sommet de la Trump Tower, à New York. Décoré par l'architecte d'intérieur Henry Conversano, l'appartement tente d'imiter le château de Versailles, avec une profusion de détails ornementaux rehaussés d'or 24 carats, de marbre et de miroirs. Parmi cette surabondance visuelle, se trouve la porte d'entrée à laquelle on a choisi d'ajouter des diamants. Cet exemple traduit bien la pensée de Bruno Munari, qui explique dans son ouvrage L’Art du design que "le but afin de rendre un objet luxueux, selon la conception de certains, n’est pas de rendre le produit meilleur, dans le sens qu’il améliore sa fonction et son confort d’utilisation, mais de le rendre plus cher, avec des matériaux ou des gadgets coûteux"︎15︎. Ici, le designer n’a pas cherché à améliorer la porte d’entrée en proposant par exemple une nouvelle expérience d'accueil. Il s’est contenté de rajouter des matières précieuses, qui peuvent être plus utiles dans la création d’autres objets.
Utiliser le détail comme une valeur marchande afin d’exagérer les prix, et non pas comme un moyen d'améliorer une valeur d'usage, est-ce éthiquement correct pour le designer ?
Actuellement, nous ne sommes plus dans une société monarchique mais bien sous une société démocratique. Désormais, il n'y a plus d'étiquettes liées à un rang, "certaines familles ont gardé le titre de noblesse de leurs ancêtres, mais cela n'a aucune influence sur leur situation financière, si ce n’est peut-être un héritage conservé"︎13︎.
Cela marque-t-il la fin du rôle statutaire pour le luxe ?
L'accumulation de détails comme valeur symbolique d'un pouvoir, est-elle dépassée ?
Même s'il n'y a plus de rang de noblesse attribué à la naissance, il subsiste encore des différences socio-culturelles qui varient selon le capital social économique et culturel de chacun︎14︎.
De ce fait, utiliser le luxe comme vitrine de son pouvoir et de sa richesse est toujours d'actualité. C’est la stratégie de l’ancien président des Etat-Unis Donald Trump, au travers de son Penthouse juché au sommet de la Trump Tower, à New York. Décoré par l'architecte d'intérieur Henry Conversano, l'appartement tente d'imiter le château de Versailles, avec une profusion de détails ornementaux rehaussés d'or 24 carats, de marbre et de miroirs. Parmi cette surabondance visuelle, se trouve la porte d'entrée à laquelle on a choisi d'ajouter des diamants. Cet exemple traduit bien la pensée de Bruno Munari, qui explique dans son ouvrage L’Art du design que "le but afin de rendre un objet luxueux, selon la conception de certains, n’est pas de rendre le produit meilleur, dans le sens qu’il améliore sa fonction et son confort d’utilisation, mais de le rendre plus cher, avec des matériaux ou des gadgets coûteux"︎15︎. Ici, le designer n’a pas cherché à améliorer la porte d’entrée en proposant par exemple une nouvelle expérience d'accueil. Il s’est contenté de rajouter des matières précieuses, qui peuvent être plus utiles dans la création d’autres objets.
Utiliser le détail comme une valeur marchande afin d’exagérer les prix, et non pas comme un moyen d'améliorer une valeur d'usage, est-ce éthiquement correct pour le designer ?




Horine, S. (s. d.). Inside Donald Trump $100-million Penthouse [Photographie].
︎8︎
BAUDELAIRE Charles, Les Fleurs du mal, Paris, Gallimard, 1857.
︎9︎ ABÉLÈS Marc, Un ethnologue au pays du luxe, Paris, Odile Jacob, 2018, p. 29.
︎10︎ LIPOVETSKY Gilles, Le Luxe éternel. De l’âge du sacré au temps des marques, Paris, Gallimard, 2003, p. 23.
︎11︎ ASSOULY Olivier, Les grands textes du Luxe, Paris, Institut Français De La Mode, 2017, p. 115.
︎12︎ LIPOVETSKY Gilles, op. cit., p. 175.
︎13︎ HALÉLI, « Les classes sociales au XIXème siècle », Histoire du monde, 27 janvier 2016,
[En ligne : https://www.histoiredumonde.net/Les-classes-sociales-au-XIXeme-siecle.html].
︎14︎ BOURDIEU Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement, les Éditions de Minuit, 1979.
︎15︎ MUNARI Bruno, L'art du design, Paris, Pyramyd, 2012, p. 142.
︎9︎ ABÉLÈS Marc, Un ethnologue au pays du luxe, Paris, Odile Jacob, 2018, p. 29.
︎10︎ LIPOVETSKY Gilles, Le Luxe éternel. De l’âge du sacré au temps des marques, Paris, Gallimard, 2003, p. 23.
︎11︎ ASSOULY Olivier, Les grands textes du Luxe, Paris, Institut Français De La Mode, 2017, p. 115.
︎12︎ LIPOVETSKY Gilles, op. cit., p. 175.
︎13︎ HALÉLI, « Les classes sociales au XIXème siècle », Histoire du monde, 27 janvier 2016,
[En ligne : https://www.histoiredumonde.net/Les-classes-sociales-au-XIXeme-siecle.html].
︎14︎ BOURDIEU Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement, les Éditions de Minuit, 1979.
︎15︎ MUNARI Bruno, L'art du design, Paris, Pyramyd, 2012, p. 142.
Une symbolique d’un style luxueux
Revenons ensuite au temps où les rois règnent sur la France.
Les adeptes du luxe voyaient-ils la profusion de détails seulement comme un moyen de communiquer leur richesse ?
Ou avaient-ils également une volonté de soutenir le savoir-faire minutieux qu'il y avait derrière, réalisé par les artisans de l'ombre ?
L'une des preuves de soutien la plus probante, de cette société monarchique envers l'artisanat, est bien le mécénat que va apporter Louis XIV dit Le Roi Soleil. Dans la continuité de ses ancêtres, qui sont Henri IV et Louis XIII, il impulse une politique encourageant les Arts, le Commerce et l'Industrie. C'est sous son règne que pour la première fois, la France va établir le mécénat d'Etat. Les artistes reçoivent de l’argent de l’État et sont encadrés par un réseau d’académies et de journaux du gouvernement︎16︎. Au-delà de voir l'artisanat comme un moyen d'imposer l'image de sa grandeur, le roi comprend qu'il peut être un moyen de faire émerger un style national, démonstrateur du pouvoir non pas d'une personne, mais d'un pays.
En 1662, Colbert qui est alors principal ministre d'Etat, transforme la manufacture des Gobelins en manufacture royale des meubles de la Couronne à la demande du roi. Il nomme le peintre Charles Le Brun comme premier directeur, et rassemble "les meilleurs peintres, lissiers, fondeurs, graveurs, lapidaires, menuisiers en ébène et en bois qui serviraient la promotion des créations et exportations du luxe français"︎17︎. L'objectif de cette union des arts et de l'artisanat, est comme dit précédemment de développer un "style national, affranchi des influences italiennes et flamandes"︎18︎. À terme, cela permet d'éviter les importations coûteuses des styles étrangers, et de privilégier les exportations de ce style national, ce qui est plus avantageux financièrement.
Le mobilier produit reste néanmoins sous l'effigie de la figure monarchique, puisqu’on parle de style Louis XIV, puis de style Louis XV ou de style XVI, à la place de style national. Le détail, sert alors de répertoire de symboles, de références, et montre une appartenance à un style royal singulier. Il permet donc dans le temps et aux yeux des étrangers d'identifier ces styles, de les rendre reconnaissables à tous. Il faut s'attarder sur les détails, pour discerner un meuble de style Louis XIV, d'un meuble style Louis XV. Par exemple, si un meuble possède des détails représentant des soleils radiés, des pattes de lions en guise de sabot ou encore deux L, qui sont la signature du roi︎19︎, vous aurez identifié un meuble de style Louis XIV.






1. BOULLE André-Charles, Commode, env. 1710–20, noyer plaqué d'ébène, marqueterie de laiton gravé et d'écaille de tortue, montures en bronze doré, marbre vert antique, Metropolitan Museum of Art, New York.
2. BOULLE André-Charles, Dressing-table mirror, 1700, noyer plaqué d'ébène, marqueterie de laiton gravé et d'écaille de tortue, montures en bronze doré, marbre vert antique, Metropolitan Museum of Art, New York.
2. BOULLE André-Charles, Dressing-table mirror, 1700, noyer plaqué d'ébène, marqueterie de laiton gravé et d'écaille de tortue, montures en bronze doré, marbre vert antique, Metropolitan Museum of Art, New York.
Ainsi, le soutien apporté par le Roi Soleil pour le développement d'un artisanat minutieux, attentif aux détails comme moyen d'identification et de promotion d'un style national, a porté ses fruits. Sylvie Chadenet et Maurice Espérance, historiens de l'art, précisent que ce style est par la suite "rapidement imité par toute l'Europe et l'influence française remplace partout les influences italiennes"︎20︎.
Seulement, pourquoi parler d'un style national, lorsqu'il n'y a qu'une infime partie de la population qui peut en bénéficier ?
︎16︎
LIPOVETSKY Gilles, op. cit., p. 238.
︎17︎ Anonyme, « Style Louis XIV », Marc Maison, 15 avril 2018,
[En ligne : https://www.marcmaison.fr/architectural-antiques-resources/louis_xiv_style ].
︎18︎ DENIEL TERNANT Myriam, « La Manufacture des Gobelins », L’Histoire par l’Image, novembre 2012,
[En ligne : https://histoire-image.org/etudes/manufacture-gobelins ].
︎19︎ CONSTANT Jean-Pierre et MENCACCI Marco (sous la dir.), Le Guide des styles, Paris, Hachette, 2018, p. 37.
︎20︎ CHADENET Sylvie et ESPÉRENCE Maurice (sous la dir.), Tous les styles: Du Louis XIII à l'Art déco, Paris, Elina-Sofédis, 1980, p. 24.
︎17︎ Anonyme, « Style Louis XIV », Marc Maison, 15 avril 2018,
[En ligne : https://www.marcmaison.fr/architectural-antiques-resources/louis_xiv_style ].
︎18︎ DENIEL TERNANT Myriam, « La Manufacture des Gobelins », L’Histoire par l’Image, novembre 2012,
[En ligne : https://histoire-image.org/etudes/manufacture-gobelins ].
︎19︎ CONSTANT Jean-Pierre et MENCACCI Marco (sous la dir.), Le Guide des styles, Paris, Hachette, 2018, p. 37.
︎20︎ CHADENET Sylvie et ESPÉRENCE Maurice (sous la dir.), Tous les styles: Du Louis XIII à l'Art déco, Paris, Elina-Sofédis, 1980, p. 24.
L’imitation du détail artisanal dans l’industrie du luxe
L'arrivée d'une société capitaliste en Europe, dans la première moitié du XIXe siècle, favorise le développement d'une nouvelle économie basée sur les profits. Non seulement, elle contribue à l'enrichissement de la bourgeoisie qui gère de nouvelles entreprises florissantes, mais elle contribue aussi à l'augmentation du revenu pour les classes moyennes, qui migrent vers les villes pour travailler dans les usines proposant un salaire plus élevé. En outre, ces nouveaux fortunés veulent se faire plaisir en achetant des articles de luxe, témoignant de leur nouvelle richesse.
Cependant, le mode de production de ces articles est exclusivement artisanal et prend un temps de fabrication conséquent. On est donc sur une production d'objets uniques, qui ne peut répondre à cette demande de plus en plus grandissante.
En outre, la Révolution Industrielle, amorcée en 1770 en Angleterre, mécanise les modes de fabrication, permet une production d'objets en plus grande série, plus rapide et moins chère. Elle apporte donc une réponse à ce désir de consommation du luxe, qui se répand au point de passer d'un artisanat à une industrie du luxe. Néanmoins, les objets produits par cette industrie du XIXe siècle ne proposent pas une esthétique adaptée à ces nouveaux processus de fabrication. Elle tente d'imiter industriellement, les codes visuels issus de l'artisanat d'exception. C'est ce qu'indique notamment le doctorant Bernard Cichy dans sa thèse nommée Recherches autour de l’objet artisanal et de l’objet industriel, "l’objet industriel se pare des atours, des qualités de l’objet artisanal par sa forme, sa texture, sa couleur, voire son odeur, ainsi feint d’être unique, et se fait passer pour ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire un objet unique"︎21︎. On peut ainsi constater que les objets industriels à cette époque revêtent les mêmes détails ornementaux que les objets artisanaux.
Pourquoi continuer à porter une attention sur ces détails alors que ces nouveaux processus de production mécaniques permettent de s'en passer ?
On peut s'intéresser à la manufacture d'objets en papier mâché, aussi appelé carton laqué, gérée par la famille Adt au XIXe siècle. Celle-ci représente bien l'idée d'un mode de production industriel qui tente d'imiter des objets artisanaux, en faisant impasse sur la qualité du matériau, mais en privilégiant un soin pour les détails ornementaux. Les objets produits dans cette manufacture, de façon industrielle et en grande série, sont de tout type "ils se spécialisent plus particulièrement dans les objets et l’art de la table : plateaux, bonbonnières, corbeilles à pain, etc... mais aussi de meubles, tables, chaises, buffets, etc"︎22︎. La matière première, le carton laqué, imite le bois laqué mais sa composition est de moins bonne qualité. L'auteure Juliet Bawden dans son ouvrage L'art du papier mâché, nous explique son procédé de fabrication : "La matière de base, le papier, était mélangée à du carton et des vieux chiffons. Le tout, additionné de colle, était amolli à la vapeur, puis coulé dans des moules. Les pièces subissent encore plusieurs étapes, notamment une cuisson dans de l’huile de lin et un ponçage pour les rendre parfaitement lisses. On leur appliquait ensuite entre trois et dix-huit couches de laque"︎23︎. Une fois les pièces réalisées, des "artistes peintres hautement qualifiés"︎24︎s'appliquent du bout de leur pinceaux fins à réaliser les décors, dont les détails s'inspirent des décors floraux au goût du XVIIIe siècle.
Pourquoi ce personnel minutieux est employé pour travailler sur des détails ornementaux, et non pas pour améliorer la qualité de cette matière ?



2. Anonyme, Jardinière avec couvercle pique-fleurs, env. 1835–50, noyer plaqué d'ébène, porcelaine dure, décor polychrome et or, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Le designer britannique William Morris, dénonce ce système dans son ouvrage L'Art et l'artisanat. Il éprouve "un sentiment de honte pour son semblable civilisé de la bourgeoisie, qui ne se soucie pas de la qualité des marchandises qu’il vend, mais s’inquiète des profits qu’il peut en tirer"︎25︎. Si les industriels privilégient une minutie dans la création de détails ornementaux, c'est donc parce qu'elle apporte une valeur marchande non négligeable selon eux par rapport à la qualité des matériaux. En effet, changer la qualité du matériau à moins d'impact sur les ventes car visuellement, on ne voit pas la différence. En revanche, les décors sont les premiers éléments que voit le client, donc ce sont eux qui déterminent son envie d'acheter.
Dans ce même ouvrage, William Morris apporte une autre explication, à cette volonté de passer plus de temps à la conception de détails ornementaux. Il part du constat que "l’ornement est inutile à un objet mais que de tout temps l’artisan n’a jamais pu s’empêcher de décorer les objets de son travail"︎26︎. Selon lui, "La nature de l’homme le condamne à travailler et que dans son labeur fastidieux l’art est une consolation. Loin d’être futile, le décor et l’ornement permettent au travailleur de se sentir créer quelque chose de beau et de personnel"︎27︎. De cette façon, les chefs industriels font attention au détail car il procure une valeur marchande, et leurs employés font attention au détail car il leur procure une valeur affective.
Désormais, les décors produits par l'industrie actuelle ne sont plus issus de la main de l'homme, mais par des machines qui se révèlent bien plus minutieuses, car elles possèdent une précision inatteignable pour l'homme. Pourtant, on continue de reproduire les mêmes détails ornementaux que les styles passés. Dans le catalogue 2023 de l'entreprise Zara Home, les designers proposent une assiette plate en faïence, avec des imprimés à fleurs bleues. Ces imprimés reprennent ceux des assiettes produites par les industries semi-industrielles du XIXe siècle, qui reprennent elles-mêmes les assiettes produites artisanalement au XVIIIe siècle.
Si l'industrie possède une précision inatteignable par l'homme, pourquoi continue-t-elle de copier des décors créés par sa main ?
Pourquoi ces détails ornementaux reviennent-ils toujours au travers des siècles ?



1. Zara Home, Assiette plate faïence imprimé fleurs, 2023, faïence avec impression, Metropolitan Museum of Art, New York.
2. Manufacture de Gien, Assiette, env. 1871–1875, faïence peinte, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
3. Manufacture de Poterat, Assiette Creuse, XVIIIe siècle, faïence, pièce tournée à décor de grand feu en camaïeu bleu, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
De surcroît, les objets industriels se sont amassés dans le temps, au point que le détail maximaliste n'est plus associé à un luxe démonstrateur de richesse, mais bien un signe passéiste de mode. Il est devenu le symbole de ce que l'on appelle maintenant le kitsch. En effet, le philosophe Gilles Lipovetsky explique au micro de France Culture, que "Le kitsch est d'emblé assimilé à un produit de mauvaise qualité, à des copies industrielles. C'est également associé à ce qui n'a pas de valeur, ce qui est médiocre, mais aussi très vite ce qui est tape-à-l'œil"︎28︎.
Le détail, en étant sans cesse copié, a-t-il perdu sa capacité à produire de la valeur ?
Enfin, le sociologue français Gabriel Tarde explique que l'industrie opère "la transformation d’un bien au départ unique, exceptionnel, en un produit de consommation courante"︎29︎. Par conséquent, tout luxe est transitoire, même des objets ornés minutieusement peuvent devenir des objets courants. Nous verrons qu'à l'inverse, des artistes et des designers cherchent à ennoblir des matières populaires grâce à la minutie, afin d’apporter un nouveau regard sur les ressources qui nous entourent. De ce fait, ils les font entrer dans l’univers du luxe. Par l’utilisation de l’adjectif populaire, il s’agit ici de désigner des matières qui subissent encore aujourd’hui une vision passéiste, qui les identifie comme des matières appartenant à une population pauvre.
︎21︎
CICHY Bernard, Recherches autour de l’objet artisanal et de l’objet industriel, Thèse de doctorat sous la direction de Sylviane Leprun, Université Michel de Montaigne Bordeaux 3, 2007, p. 29.
︎22︎ Anonyme, « Manufacture d’objets en papier mâché : les Adt », Le Magazine de Proantic, 6 septembre 2015,
[En ligne : https://www.proantic.com/magazine/manufacture-dobjets-en-papier-mache-les-adt/ ].
︎23︎ BAWDEN Juliet, L'art du papier mâché, Paris, Éditions Christian Collin, 1994, p. 34.
︎24︎ MARCHAND Michel, « Une dynastie franco-allemande d’industriels : les Adt », Histoire et Patrimoine Lorrains,
[En ligne : https://hplimra.wordpress.com/dernieres-parutions/une-dynastie-franco-allemande-dindustriels-les-adt/ ].
︎25︎ MORRIS William, L'Art et l'artisanat, Paris, Rivages, 2011, p. 47.
︎26︎ DE LASSUS SAINT-GENIÈS Gabrielle, « L’Art et l’Artisanat de William Morris», La Plume de l'Oiseau Lyre, [En ligne : https://laplumedeloiseaulyre.com/?p=83 ].
︎27︎ MORRIS William, op. cit., p. 52.
︎28︎
LIPOVETSKY Gilles. Entrevue radiophonique avec Nicolas Herbeaux. « Le kitsch : anatomie d'une esthétique du mauvais goût ». Diffusée le 31 mai 2023. Radio France Culture.
[En ligne :https://www.youtube.com/watch?v=MCo2n_bBjDI].
︎29︎ ASSOULY Olivier, op. cit., p. 15.
︎22︎ Anonyme, « Manufacture d’objets en papier mâché : les Adt », Le Magazine de Proantic, 6 septembre 2015,
[En ligne : https://www.proantic.com/magazine/manufacture-dobjets-en-papier-mache-les-adt/ ].
︎23︎ BAWDEN Juliet, L'art du papier mâché, Paris, Éditions Christian Collin, 1994, p. 34.
︎24︎ MARCHAND Michel, « Une dynastie franco-allemande d’industriels : les Adt », Histoire et Patrimoine Lorrains,
[En ligne : https://hplimra.wordpress.com/dernieres-parutions/une-dynastie-franco-allemande-dindustriels-les-adt/ ].
︎25︎ MORRIS William, L'Art et l'artisanat, Paris, Rivages, 2011, p. 47.
︎26︎ DE LASSUS SAINT-GENIÈS Gabrielle, « L’Art et l’Artisanat de William Morris», La Plume de l'Oiseau Lyre, [En ligne : https://laplumedeloiseaulyre.com/?p=83 ].
︎27︎ MORRIS William, op. cit., p. 52.
︎28︎
LIPOVETSKY Gilles. Entrevue radiophonique avec Nicolas Herbeaux. « Le kitsch : anatomie d'une esthétique du mauvais goût ». Diffusée le 31 mai 2023. Radio France Culture.
[En ligne :https://www.youtube.com/watch?v=MCo2n_bBjDI].
︎29︎ ASSOULY Olivier, op. cit., p. 15.
2. L’ennoblissement des matières dites “populaires”
Une forme de beauté dans une nature rustique
"Nos dépenses énergétiques ne sont plus soutenables."︎30︎
C'est le constat alarmant que pose l'ancienne directrice de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, Geneviève Gallot, dans l'ouvrage 75 designers pour un monde durable. Elle explique que "Selon l'ONG Global Footprint Network, le Jour du dépassement mondial, cette date à laquelle l'humanité a dépensé l'ensemble des matières premières que la Terre peut générer en un an, était en 2019, le 29 juillet, soit la date la plus précoce depuis les années 1970"︎31︎. Dorénavant, il faut faire face à un épuisement des ressources de notre planète de plus en plus rapide. On ne peut donc plus se permettre de continuer à faire de la minutie avec, par exemple, de l'or en abondance, comme les modèles vu précédemment. L'or est une matière vouée à être épuisée et d'après le service géologique des États-Unis ou USGS, "l'épuisement de ce métal précieux est prévu pour l'année 2025"︎32︎.
Le designer italien Ezio Manzini, ajoute qu'en plus de devoir repenser les rapports entre produit et environnement, il est important de revenir à un système de production artisanale, capable de produire des "artéfacts qui soient, comme autrefois, faits avec art"︎33︎. Il les définit comme des "produits nés du souci du détail, de l’amour pour la vie des choses dans leur relation avec celle des hommes et avec l’environnement"︎34︎. Ces artéfacts doivent être issus de ce qu'il appelle une "culture de l’attention aux choses"︎35︎. De ce fait, Ezio Manzini prône l'importance d'être minutieux dans la production d'objets, afin d’entretenir une véritable valeur affective qui nous attache à eux, et à l’environnement dans lequel ils sont fabriqués. Elle nous permet de les voir comme des biens précieux, c’est-à-dire des biens “auxquels on attache une grande valeur”, plutôt que des biens que l’on peut déconsidérer rapidement puis jeter.
En somme, la minutie ne doit plus répondre à un individualisme, en satisfaisant des besoins vaniteux de reconnaissance. Elle doit répondre à des problèmes collectifs, en satisfaisant des besoins d'ordre écologiques, en contribuant à travailler des matières de façon vertueuse. Le détail ne doit plus être un symbole de richesse personnelle, mais un symbole de richesse naturelle.
Pour répondre à ces nouveaux enjeux, des créateurs considèrent les plantes comme de potentielles “alliées pouvant nous aider à faire face aux problèmes environnementaux et sociaux actuels et à venir"︎36︎. Une des problématiques actuelle est la valorisation des plantes que l'on dispose localement. Celles-ci sont jugées visuellement comme étant rustiques, c’est-à-dire issues d’une culture paysanne et sauvage, et beaucoup ne voient pas leur potentiel.
Comment les designers peuvent-ils réussir à faire accepter ces matières comme étant précieuses, par un travail du détail ?
La minutie peut-elle participer à ennoblir ces plantes dites populaires ?
On peut constater que pour répondre à ce problème, certains designers s'orientent vers l'apprentissage de savoir-faire populaires oubliés. C'est le cas de Emma Bruschi, qui s'intéresse à la valorisation de la paille de seigle, "une matière première brute et pauvre, en même temps qu’un symbole fort du milieu agricole et rural"︎37︎. En se renseignant sur des outils oubliés et des gestes ancestraux liés à celle-ci, elle apprend à confectionner le tortillon. Il s'agit d'une cordelette de paille, qu'elle obtient grâce à l'utilisation d'un ancien rouet à tresser. Une fois la paille transformée en tortillons, elle "donne l’illusion d’un fil d’or"︎38︎. Ensuite, elle les nouent, les enroulent, les assemblent patiemment pour en faire de délicats bijoux d'oreilles. De cette façon, on comprend que la minutie d'un designer permet de transformer chaque détail d’une simple plante en un objet de luxe.



BRUSCHI Emma, Grandes boucles pastorales, 2020, s
eigle, plumes, laiton.
Ce choix de ne travailler qu'avec des matières naturelles locales, a déjà été abordé dans les années 60 par les artistes de l'Arte Povera. En effet, il s'agit d'une attitude de "défiance vis-à-vis de la société de consommation, privilégiant l’usage de matériaux simples, souvent des éléments naturels ou de récupération"︎39︎. Son nom évoque le jugement de valeur assigné à ses matériaux.
L'artiste plasticienne Marinette Cueco, est une de ses adeptes. Originaire de Corrèze, son travail "rend hommage à sa grand-mère et à sa mère qui lui ont transmis toutes les techniques de l’art souple, l’art textile"︎40︎. Petit à petit, détail après détail, elle noue, tresse ou tricote des tiges de jonc, pour en faire de grandes œuvres sculpturales qui s'entendent comme des toiles. L'écrivain Pierre Bergounioux explique "qu’elle ne s’impose pas à la nature, mais entame un dialogue avec"︎41︎.
Ce choix de ne travailler qu'avec des matières naturelles locales, a déjà été abordé dans les années 60 par les artistes de l'Arte Povera. En effet, il s'agit d'une attitude de "défiance vis-à-vis de la société de consommation, privilégiant l’usage de matériaux simples, souvent des éléments naturels ou de récupération"︎39︎. Son nom évoque le jugement de valeur assigné à ses matériaux.
L'artiste plasticienne Marinette Cueco, est une de ses adeptes. Originaire de Corrèze, son travail "rend hommage à sa grand-mère et à sa mère qui lui ont transmis toutes les techniques de l’art souple, l’art textile"︎40︎. Petit à petit, détail après détail, elle noue, tresse ou tricote des tiges de jonc, pour en faire de grandes œuvres sculpturales qui s'entendent comme des toiles. L'écrivain Pierre Bergounioux explique "qu’elle ne s’impose pas à la nature, mais entame un dialogue avec"︎41︎.




CUECO Marinette, Entrelacs, 2011, j onc capité, Galerie Univer, Paris.
Ainsi, ces deux créatrices aspirent également à une autonomie vis-à-vis de leur moyen de se procurer leurs matières premières, dans une démarche de respect de l'environnement. Emma Bruschi s'est formée sur l'apprentissage des sols, de la terre, afin de pouvoir cultiver elle-même sa paille de seigle. Elle se considère donc comme une “agricultrice designer”︎42︎. Quant à Marinette Cueco, elle "se refuse à acheter ses matériaux, préférant la cueillette méthodique dans le jardin, au gré de longues promenades pédestres"︎43︎. Ses connaissances, liées aux environnements dans lesquels elle pratique sa cueillette, lui permettent d'être qualifiée d'artiste glaneuse.
De plus, une nouvelle appellation concernant leur métier respectif montre un lien scellé entre leur pratique et le végétal. On parle maintenant de “styliste du végétal”︎44︎ ou “d'artiste du végétal”︎45︎.
Même s'il s'agit d'une utilisation de ressources raisonnées, certains designers considèrent que la priorité se trouve dans la valorisation des déchets produits par l'humanité, qui sont abandonnés et qui existent déjà à profusion. Geneviève Gallot, justifie que "face à l'épuisement des ressources de notre planète, une urgence s'impose à nombre de designers : ne plus prélever dans la nature, ou le moins possible. Nos déchets doivent devenir nos matières premières, nos rebuts, servir pour une seconde vie"︎46︎. Le déchet est défini comme "tout matériau, substance ou produit qui a été jeté ou abandonné car il n'a plus d'utilisation précise"︎47︎.
Comment le travail du détail peut-il permettre à ces déchets de retrouver une utilisation précise, et de ne plus être considérés tel quel ?
Comment peut-on leur donner de la valeur au point qu'ils ne soient plus assimilés à une qualité inférieure ?
︎30︎
GALLOT Geneviève, 75 designers pour un monde durable, Paris, Éditions de La Martinière, 2020, p. 8.
︎31︎ GALLOT Geneviève, op. cit., p. 9.
︎32︎ Anonyme, « Prévision de l’épuisement des ressources d’or dans le monde », Achat Or et Argent,
[En ligne : https://www.achat-or-et-argent.fr/contenu ].
︎33︎ MANZINI Ezio, Artefacts : vers une nouvelle écologie de l'environnement artificiel, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1992, p. 119.
︎34︎ MANZINI Ezio, op. cit., p. 119.
︎35︎ Ibid., p. 245.
︎36︎ STUDIO DOTS, « La fièvre végétale vers une conception phyto-centrée », Plant Fever,
[En ligne : https://plantfever.com/About ].
︎37︎ MAIDA Sabine, « Emma Bruschi, l’orfèvre de la paille », Le Monde, 8 novembre 2022,
[En ligne : https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2022/11/08/emma-bruschi-l-orfevre-de-la-paille ].
︎38︎ VEISSE Leslie, « Creuser son sillon », in Profane, vol. 14, printemps-été 2023, p. 78.
︎39︎ MAINGON Claire, « L’arte povera en 2 minutes », BeauxArts, 25 novembre 2019,
[En ligne : https://www.beauxarts.com/grand-format/larte-povera-en-2-minutes ].
︎40︎ ADRIAENSEN Lydie, ARTAUD Évelyne et CUECO Marinette (sous la dir.), Marinette Cueco - Pierres, ardoises, entrelacs, Paris, Lienart éditions , 2020, lodiciquarte.
︎41︎ BELLET Harry, « La mort de la plasticienne Marinette Cueco, pionnière du land art », Le Monde, 23 octobre 2023,
[En ligne : https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2023/10/23/la-mort-de-la-plasticienne-marinette-cueco-pionniere-du-land-art ].
︎42︎ VEISSE Leslie, op. cit., p. 78.
︎43︎ PAULHAN Camille, « Marinette Cueco », AWARE Archives of Women Artists, Research & Exhibitions, 2019, [En ligne : https://awarewomenartists.com/artiste/marinette-cueco/ ].
︎44︎ MAIDA Sabine, op. cit.
︎45︎ BOUTOULLE Myriam, « Mort de l’artiste Marinette Cueco, la magicienne du végétal », Connaissance des Arts, 25 octobre 2023,
[En ligne : https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain-marinette-cueco-la-magicienne-du-vegetal/ ].
︎46︎ GALLOT Geneviève, op. cit., p. 13.
︎47︎ Anonyme, « Qu'est-ce qu'un déchet ? », Agence de la Transition Écologique, 11 décembre 2020,
[En ligne : https://expertises.ademe.fr/professionnels/entreprises/reduire-impacts/reduire-cout-dechets/quest-quun-dechet. ].
︎31︎ GALLOT Geneviève, op. cit., p. 9.
︎32︎ Anonyme, « Prévision de l’épuisement des ressources d’or dans le monde », Achat Or et Argent,
[En ligne : https://www.achat-or-et-argent.fr/contenu ].
︎33︎ MANZINI Ezio, Artefacts : vers une nouvelle écologie de l'environnement artificiel, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1992, p. 119.
︎34︎ MANZINI Ezio, op. cit., p. 119.
︎35︎ Ibid., p. 245.
︎36︎ STUDIO DOTS, « La fièvre végétale vers une conception phyto-centrée », Plant Fever,
[En ligne : https://plantfever.com/About ].
︎37︎ MAIDA Sabine, « Emma Bruschi, l’orfèvre de la paille », Le Monde, 8 novembre 2022,
[En ligne : https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2022/11/08/emma-bruschi-l-orfevre-de-la-paille ].
︎38︎ VEISSE Leslie, « Creuser son sillon », in Profane, vol. 14, printemps-été 2023, p. 78.
︎39︎ MAINGON Claire, « L’arte povera en 2 minutes », BeauxArts, 25 novembre 2019,
[En ligne : https://www.beauxarts.com/grand-format/larte-povera-en-2-minutes ].
︎40︎ ADRIAENSEN Lydie, ARTAUD Évelyne et CUECO Marinette (sous la dir.), Marinette Cueco - Pierres, ardoises, entrelacs, Paris, Lienart éditions , 2020, lodiciquarte.
︎41︎ BELLET Harry, « La mort de la plasticienne Marinette Cueco, pionnière du land art », Le Monde, 23 octobre 2023,
[En ligne : https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2023/10/23/la-mort-de-la-plasticienne-marinette-cueco-pionniere-du-land-art ].
︎42︎ VEISSE Leslie, op. cit., p. 78.
︎43︎ PAULHAN Camille, « Marinette Cueco », AWARE Archives of Women Artists, Research & Exhibitions, 2019, [En ligne : https://awarewomenartists.com/artiste/marinette-cueco/ ].
︎44︎ MAIDA Sabine, op. cit.
︎45︎ BOUTOULLE Myriam, « Mort de l’artiste Marinette Cueco, la magicienne du végétal », Connaissance des Arts, 25 octobre 2023,
[En ligne : https://www.connaissancedesarts.com/art-contemporain-marinette-cueco-la-magicienne-du-vegetal/ ].
︎46︎ GALLOT Geneviève, op. cit., p. 13.
︎47︎ Anonyme, « Qu'est-ce qu'un déchet ? », Agence de la Transition Écologique, 11 décembre 2020,
[En ligne : https://expertises.ademe.fr/professionnels/entreprises/reduire-impacts/reduire-cout-dechets/quest-quun-dechet. ].
Transformer la boue en or
"Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or."
Ces vers sont extraits du poème titré Ébauche d’un épilogue, un projet inachevé par Charles Baudelaire et publié à titre posthume︎48︎. Le poète avait envisagé de conclure son recueil sur ce dernier vers, qui désigne un oxymore entre "la boue" et "l'or", en référence à l'oxymore du titre entre "les fleurs" et le "mal". Selon lui, "Il m’a paru plaisant, et d’autant plus agréable que la tâche était plus difficile, d’extraire la beauté du Mal"︎49︎. Cet épilogue est donc une façon d'affirmer le pouvoir du poète qui est comme un alchimiste, il a la capacité de métamorphoser la "boue", élément repoussant, en "or", élément précieux.
Comme Charles Baudelaire, qui désigne au travers du "tu" la ville de Paris où il a vécu, le designer doit se mettre dans la peau d'un alchimiste pour transformer son environnement. Il doit, lui aussi, trouver des moyens pour transformer les déchets en "or", pour extraire la beauté de ces matières jugées comme repoussantes. C'est ce qu'affirme également la designer Sophie Rowley, qui indique que "Les villes devront demain considérer les déchets comme les nouvelles ressources, les amas de résidus comme les carrières du futur, un point de départ et non un lieu de terminaison. Produire avec des matériaux non-vierges est désormais indispensable"︎50︎.
Parmi les designers alchimistes qui transforment grâce à la minutie des déchets en ressources précieuses, on peut s'intéresser au travail de Antonin Mongin. On le qualifie comme un "ennoblisseur textile de cheveux"︎51︎. Il s'agit d'un dérivé du terme ennoblisseur textile, associé au métier qui se charge "des différentes étapes de finitions décoratives et techniques qui vont donner la valeur ajoutée de l’étoffe"︎52︎.
En effet, il choisit pour son projet de fin d'études, de valoriser cette matière première d'origine humaine, souvent "vue comme des déchets, que certains conservent en souvenir dans une boite, sans jamais les célébrer par la forme"︎53︎. Pour cela, il décide de réanimer un artisanat disparu à la fin du XIXe siècle, consistant à tisser, tresser des cheveux pour confectionner des objets reliques, soit par définition un "objet témoignant du passé auquel on attache moralement le plus grand prix". Des époux s'offraient donc ces objets sous forme de bijoux, afin de témoigner à l'être aimé une preuve d'amour éternel.


2. Anonyme, Brooch, 1800, or, perles, émail, cheveux humains, Victoria and Albert Museum, Londres.
3. Anonyme, Locket, env. 1775–1800, or, perles, pâte de verre verte, cheveux humains, Victoria and Albert Museum, Londres.
Pour cette raison, il n'envisage pas d'utiliser des cheveux issus des salons de coiffure, anonymisés et mélangés, et préfère faire appel au don pour recevoir des cheveux associés à une identité. C'est le cas de son projet nommé Iris pour Kévin, co-créé avec le studio de design Dash&Zephir, un bijou de tête︎54︎ confectionné uniquement avec les cheveux blonds d'Iris. Elle voulait offrir à Kévin, son compagnon, un souvenir de son amour. Ainsi, le fait que les cheveux sont imputrescibles, et qu'ils sont porteurs d'une importante valeur affective, d'un ADN véritable, forme grâce à un savoir-faire d'excellence un objet qui ne connaîtra pas l'obsolescence.


Desnos, L. (2020). Bijoux de tête [Photographie].
Quelque soit la matière, déchet ou non, plus elle est traitée avec minutie, plus l'objet produit aura de la valeur affective et marchande. Cela rejoint la théorie de la valeur, mise en avant par le philosophe et économiste Karl Marx. Cette théorie économique prône l'idée que "la valeur d'un bien dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication"︎55︎. Seul le travail est ainsi, selon Marx, créateur de richesses. Cependant, cette idée à des limites.
Un enfant peut passer des heures à modeler de l'argile, mais sa production a-t-elle la même valeur qu'un artiste qui a modelé sa sculpture ?
En plus de considérer le temps de travail, il faut donc prendre en compte une intelligence de la main, détenue par les designers, artistes et artisans.
Dans ce cas, est-ce que la minutie découle d'une éducation ?
︎48︎
BAUDELAIRE Charles, Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal, Paris, 1861.
︎49︎ WAGNEUR Jean-Didier, « LES FLEURS DU MAL (C. Baudelaire) », Encyclopædia Universalis,
[En ligne : https://www.universalis-edu.com/encyclopedie/les-fleurs-du-mal/ ].
︎50︎ GALLOT Geneviève, op. cit., p. 67.
︎51︎ JEAMMET Corinne, « Antonin Mongin, ennoblisseur textile de cheveux, fait revivre un artisanat disparu », Franceinfo:culture, 18 avril 2017,
[En ligne : https://www.francetvinfo.fr/culture/mode/metiers-art/antonin-mongin-ennoblisseur-textile-de-cheveux-fait-revivre-un-artisanat-disparu ].
︎52︎ LAURENT Elsa, « Qu’est-ce que l’ennoblissement ? », Textil Addict, 9 décembre 2016,
[En ligne : https://textileaddict.me/quest-ce-que-lennoblissement ].
︎53︎ Anonyme, « Antonin Mongin, L’Art du cheveu », ADscite, 11 décembre 2020,
[En ligne : https://www.ad-scite.com/art/antonin-mongin].
︎54︎ MONGIN Antonin, co-créé avec Dash&Zephir, Iris pour Kévin, 2020, cheveux blonds peroxydés tissés, doublure en tulle vert spiruline, peau de chèvre vert spiruline, point de suture de selle, boucle en laiton gravée, détails métalliques en laiton, Villa Noailles, Hyères.
︎55︎ LAGUÉRODIE Stéphanie, Les théories économiques et leurs applications, Paris, Dunod, 2022, p. 63.
︎49︎ WAGNEUR Jean-Didier, « LES FLEURS DU MAL (C. Baudelaire) », Encyclopædia Universalis,
[En ligne : https://www.universalis-edu.com/encyclopedie/les-fleurs-du-mal/ ].
︎50︎ GALLOT Geneviève, op. cit., p. 67.
︎51︎ JEAMMET Corinne, « Antonin Mongin, ennoblisseur textile de cheveux, fait revivre un artisanat disparu », Franceinfo:culture, 18 avril 2017,
[En ligne : https://www.francetvinfo.fr/culture/mode/metiers-art/antonin-mongin-ennoblisseur-textile-de-cheveux-fait-revivre-un-artisanat-disparu ].
︎52︎ LAURENT Elsa, « Qu’est-ce que l’ennoblissement ? », Textil Addict, 9 décembre 2016,
[En ligne : https://textileaddict.me/quest-ce-que-lennoblissement ].
︎53︎ Anonyme, « Antonin Mongin, L’Art du cheveu », ADscite, 11 décembre 2020,
[En ligne : https://www.ad-scite.com/art/antonin-mongin].
︎54︎ MONGIN Antonin, co-créé avec Dash&Zephir, Iris pour Kévin, 2020, cheveux blonds peroxydés tissés, doublure en tulle vert spiruline, peau de chèvre vert spiruline, point de suture de selle, boucle en laiton gravée, détails métalliques en laiton, Villa Noailles, Hyères.
︎55︎ LAGUÉRODIE Stéphanie, Les théories économiques et leurs applications, Paris, Dunod, 2022, p. 63.
Conclusion : Le détail doit être perçu comme une ressource productrice de valeurs
Ces recherches m'ont convaincu que le designer doit voir le détail comme une ressource productrice de valeurs plutôt qu'une contrainte qui fait perdre du temps. Dans le cadre d'une minutie artisanale, c'est bien Dieu qui est dans les détails et non pas le diable. Aussi, les valeurs créées par le détail sont multiples. S'agit-il d'une valeur symbolique, où le détail est le témoin visuel d'une histoire ? S'agit-il d'une valeur marchande, où le détail attire les regards par sa manufacture, issu d'une intelligence de la main ? Ou encore s'agit-il d'une valeur affective, née d'un amour du geste et du respect voué à la matière ?
Il est également intéressant de souligner le contraste esthétique, entre des détails au service d'un luxe statutaire et des détails au service d'un ennoblissement des matières dites populaires. Je trouve qu'il est plus désirable de voir des productions dont on remarque au premier coup d'œil l'intelligence de la technique, qui ne dépend pas de la préciosité d'un matériau, mais qui sublime à elle seule des matières plus frugales. Cela crée une nouvelle approche visuelle plus équilibrée que celle où la minutie est contrainte de suivre la forme d'ornements figuratifs, accompagnée d'une accumulation de matériaux précieux n'aboutissant qu'à un effet tape-à-l'œil.
Bibliographie
︎Articles de périodiques
DIEMER ARNAUD, « Quand le luxe devient une question économique : retour sur la querelle du luxe du 18e siècle », in Innovations, vol. 41, hiver 2013.
PETIT Victor, « L’éco-design : de l’environnement ou design du milieu ?», in Sciences du Design, vol. 2, hiver 2015.
RIVELINE Claude, « Dieu est dans les détails », in Le Journal de l’école de Paris du management, vol. 80, automne 2009.
VAUDAY Patrick, « Un amour de détail », in Savoirs et Clinique, vol. 7, hiver 2006.
VEISSE Leslie, « Creuser son sillon », in Profane, vol. 14, printemps-été 2023.
︎Articles en ligne
Anonyme, « Antonin Mongin, L’Art du cheveu », ADscite, 11 décembre 2020, [En ligne : https://www.ad-scite.com/art/antonin-mongin].
Anonyme, « Dieu est dans les détails », Google Arts & Culture, 23 septembre 2019, [En ligne : https://artsandculture.google.com/usergallery/god-is-in-the-details/AAKyAHqomE5XLQ ].
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︎Ouvrages
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ADRIAENSEN Lydie, ARTAUD Évelyne et CUECO Marinette (sous la dir.), Marinette Cueco - Pierres, ardoises, entrelacs, Paris, Lienart éditions , 2020.
ARASSE Daniel, Le Détail : Pour une histoire rapprochée de la peinture, Paris, Flammarion, 2008.
ASSOULY Olivier, Les grands textes du Luxe, Paris, Institut Français De La Mode, 2017.
BAUDELAIRE Charles, Ébauche d’un épilogue pour la deuxième édition des Fleurs du Mal, Paris, 1861.
BAUDELAIRE Charles, Les Fleurs du mal, Paris, Gallimard, 1857.
BAWDEN Juliet, L'art du papier mâché, Paris, Éditions Christian Collin, 1994.
BOURDIEU Pierre, La Distinction. Critique sociale du jugement, les Éditions de Minuit, 1979.
CHADENET Sylvie et ESPÉRENCE Maurice (sous la dir.), Tous les styles: Du Louis XIII à l'Art déco, Paris, Elina-Sofédis, 1980.
CONSTANT Jean-Pierre et MENCACCI Marco (sous la dir.), Le Guide des styles, Paris, Hachette, 2018.
GALLOT Geneviève, 75 designers pour un monde durable, Paris, Éditions de La Martinière, 2020.
HAROUEL Jean-Louis, Le miracle capétien, Paris, Perrin, 1987.
LAGUÉRODIE Stéphanie, Les théories économiques et leurs applications, Paris, Dunod, 2022.
LIPOVETSKY Gilles, Le Luxe éternel. De l’âge du sacré au temps des marques, Paris, Gallimard, 2003.
LIPOVETSKY Gilles et SERROY Jean (sous la dir.), Le nouvel âge du kitsch, Paris, Gallimard, 2023.
MANZINI Ezio, Artefacts : vers une nouvelle écologie de l'environnement artificiel, Paris, Éditions du Centre Pompidou, 1992.
MOLINARI Danielle et ARTAUD Évelyne (sous la dir.), Marinette Cueco. Herbes, Paris, Lienart, 2022.
MORRIS William, L'Art et l'artisanat, Paris, Rivages, 2011.
MORRIS William, L'Âge de l’Ersatz, Paris, Encyclopédie Des Nuisances, 1996.
MUNARI Bruno, L'art du design, Paris, Pyramyd, 2012.
NIETZSCHE Friedrich, Ainsi parlait Zarathoustra, Paris, Société du Mercure de France, 1901.
︎Oeuvres
Anonyme, Brooch, 1800, or, perles, émail, cheveux humains, Victoria and Albert Museum, Londres.
Anonyme, Jardinière avec couvercle pique-fleurs, env. 1835–50, noyer plaqué d'ébène, porcelaine dure, décor polychrome et or, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Anonyme, Locket, env. 1775–1800, or, perles, pâte de verre verte, cheveux humains, Victoria and Albert Museum, Londres.
Anonyme, Locket, env. 1775–1800, or, perles, soie, cheveux humains, Victoria and Albert Museum, Londres.
Anonyme, Table d’apparat en marqueterie, fin XVIIe- début XVIIIe siècle, marqueterie en écaille, os, corne teintée vert, Galerie Philippe Vichot, Paris.
BOULLE André-Charles, Commode, env. 1710–20, noyer plaqué d'ébène, marqueterie de laiton gravé et d'écaille de tortue, montures en bronze doré, marbre vert antique, Metropolitan Museum of Art, New York.
BOULLE André-Charles, Dressing-table mirror, 1700, noyer plaqué d'ébène, marqueterie de laiton gravé et d'écaille de tortue, montures en bronze doré, marbre vert antique, Metropolitan Museum of Art, New York.
BRUSCHI Emma, Grandes boucles pastorales, 2020, seigle, plumes, laiton.
CUECO Marinette, Entrelacs, 2011, jonc capité, Galerie Univer, Paris.
Manufacture Adt, Buffet, seconde moitié du XIXe siècle, structure en bois habillée de panneaux en papier-mâché, Musée au Fil du Papier, Pont-à-Mousson.
Manufacture de Gien, Assiette, env. 1871–1875, faïence peinte, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Manufacture de Poterat, Assiette Creuse, XVIIIe siècle, faïence, pièce tournée à décor de grand feu en camaïeu bleu, Musée des Arts Décoratifs, Paris.
Zara Home, Assiette plate faïence imprimé fleurs, 2023, faïence avec impression, Metropolitan Museum of Art, New York.
︎Vidéographie
ARASSE Daniel. Entrevue radiophonique avec Jean-Claude Loiseau. « Épisode 21/25 : Pour une histoire rapprochée de la peinture ». Diffusée le 21 décembre 2022. Radio France Culture. [En ligne https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/une-histoire-de/pour-une-histoire-rapprochee-de-la-peinture].
CAPPAN Nicolas, « Histoire des styles épisode 2 », Arte, 6 décembre 2020, [En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=K0JKgOONRts ].
LIPOVETSKY Gilles. Entrevue radiophonique avec Nicolas Herbeaux. « Le kitsch : anatomie d'une esthétique du mauvais goût ». Diffusée le 31 mai 2023. Radio France Culture. [En ligne :https://www.youtube.com/watch?v=MCo2n_bBjDI].
GUERVILLE Pierre, « Carte blanche de Marinette Cueco - Tissage / Tressage 2019», Youtube, 9 juin 2021, [En ligne : https://www.youtube.com/watch?v=p5QZ5Izv0JE ].
MARIE Stéphane et TOLILA Carole, « Le savoir-faire de la paille », Silence, ça pousse !, France-tv, 13 août 2023, [En ligne : https://www.france.tv/france-5/silence-ca-pousse/5264247-le-savoir-faire-de-la-paille.html ].
MONGIN Antoine. Entrevue radiophonique avec Hélène Aguilar. « Les textiles en cheveux ». Diffusée le 2 juin 2022. Podcast Où est le beau ?. [En ligne : https://www.ouestlebeau.com/162-les-textiles-en-cheveux-avec-antonin-mongin-ou-est-le-beau ].
Contact ︎
︎ nathalie.pieruccioni@hotmail.com
︎ www.instagram.com/nathalie_pieruccioni/
Le projet de diplôme ︎
Brusciaphilie est une revisite des codes de la brosse, selon le territoire dans lequel elle s’inscrit. En partant à la rencontre de Jean Marc Coulom, dernier fabricant de balais de grisolles, j’aspire à faire rencontrer ses techniques de paillage des fibres végétales, avec une revisite de cet objet du quotidien.
