Marguerite Dumont


Un signe d’habitabilité


La relation que nous entretenons avec le feu a considérablement évolué depuis sa domestication. De nombreux domiciles ont progressivement perdu leur foyer. Toutefois, cet élément implique une posture active de l’habitant·e. Au fil de cette recherche, nous nous demanderons en quoi le foyer est-il un témoin de la maison, un signe d’habitabilité ?

1/3 : Du corps de la maison
︎ Octobre 2023
2/3 : Faire foyer

︎ Novembre 2023
3/3 :  Un feu vestigial

︎ Décembre 2023


Ces trois articles sont rédigés en écriture inclusive. J’ai suivi l’une des façons proposées par La Déferlante - une presse féministe militante créé en 2021︎1︎. Je crois qu’un·e designer aujourd’hui incarne une posture politique, et c’est ce que j’ai commencé à construire lors de mon master. J’ai également fait le choix de conserver toutes les citations originales et de ne pas modifier des termes provenant d’un anglicisme qui souligne la neutralité de genre, par exemple : « designer ». Dans ce contexte-là, le pronom indique le genre.

Article 2 

Faire foyer


La notion de foyer est polysémique. Elle se rapporte à la maison, à la famille et au lieu où le feu est le plus ardent. Le feu est sédentaire. Il est la lueur qui guide l’habitant·e jusqu’au centre de son espace de vie. Il est un élément premier qui apporta savoir et maîtrise. Il alimente des gestes et des techniques qui se révèlent être fondatrices d’une posture.


Composition_1, Marguerite Dumont, 2023.

Introduction


Le foyer est à la maison ce que le cœur est au corps. Il demeure en son antre comme un centre puissant. Il fallait comme en dépouiller la peau, la structure, pour découvrir le feu ︎2︎. Celui-ci est un élément turbulent. Il témoigne d’un pouvoir envers tous les êtres vivants. Le feu danse, ses mouvements irréguliers s’accordent pour suivre le sens du vent qui l’anime. Sa chaleur est intense et se ressent jusque dans nos os. C’est une chaleur directe et vraie. Sa lumière éclaire dans la nuit comme un repère, une étoile. Il rassure, indique, sauve. Son odeur s'ancre dans la peau et se perd à l’extérieur. Elle est tenace et brute. Son crépitement est clair, distinct. Ses flammes nous montrent ses étapes de combustion. Le feu éveille les sens et rend l’habitat vivant.

Nous avons néanmoins perdu le rapport primaire que nous entretenions avec lui, lié aux pratiques et aux usages. Le foyer contenait des fonctions qui ont été remplacées par des technologies performantes. Il ne guide plus, il agrémente. Puisqu’il apparaît moins dans notre quotidien ainsi que dans nos habitats, nous conservons une image lointaine de lui qui nous fascine. Toutefois, le feu porte également en lui la haine, parce qu’il peut être un moyen de saccager et de polluer. Il en devient un élément perturbateur. Dans cette ambiguïté, le feu recèle des ressources fondatrices que le·a designer peut considérer. S’il a sorti l’humain de sa nuit, le feu s’est-il aujourd’hui endormi ? Où est passé le foyer, ainsi que notre faculté à Faire foyer ?

Yves Klein, Centre d'essais de Gaz de France, Louis Frédéric, Saint-Denis, France 1962.

Peinture de feu, Yves Klein, Louis Frédéric, 1961.

La marque du Feu, Yves Klein, carton brûlé sur panneau, 79 x 119 cm, 1961.


Ambiance feu de cheminée


Avez-vous déjà utilisé une vidéo de feu de cheminée pour créer une ambiance chaleureuse ?︎3︎ Disponible aujourd’hui sur toutes les plus grandes plateformes de diffusion : Netflix, Disney, Amazon Prime ou Youtube, cette nouvelle habitude peut susciter un débat. Elle n’est en réalité pas si nouvelle puisqu’au soir du 24 décembre 1966, la chaîne WPIX diffusait sur la télévision new-yorkaise trois heures de « Yule log » (anglais : n. neutre : bûche de Noël)︎4︎. Le directeur de la chaîne, Fred Thrower, proposa la première cheminée virtuelle pour ceux qui n’en bénéficiaient pas le soir du réveillon. C’était en réalité un film de dix-sept secondes mis en boucle pendant trois heures. D’après le journal Time, cette cheminée se trouvait dans la résidence du maire new-yorkais, à cette époque Mayor John Lindsay. Quelques années plus tard, ils tournèrent une deuxième version de six minutes qui est encore diffusée aujourd’hui, le soir du réveillon. Cette première de la télévision confronte une facilité d'accès aux coutumes impossibles à réaliser par le biais des technologies numériques, et à la fois une alternative amusante pour pallier au véritable feu de cheminée. À l’époque où les cheminées ont été remplacées par la télévision, elle indique que si vous n’avez pas de cheminée, vous avez forcément une télévision. Le cerveau humain permet de faire le lien direct entre l’image sonore de la flamme qui brûle et la chaleur. Elle évoque le réconfort de l’intérieur, la chaleur du nid. Cette allégorie témoigne d’un manque, celui du ressenti d’un foyer. Nombreux·ses sont les habitant·es qui ne retrouvent pas chez eux ces caractéristiques du confort.

Annonce par la presse de la diffusion de « The WPIX Yule Log », 1966, NYC.


Carte postale de la cheminée de Gracie Mansion, résidence de Mayor John Lindsay. « Gracie Mansion Mantel with Plaster Ornament. » Byron Company, New York, 1930.


Restez chez vous !


Ce manque s’est beaucoup ressenti lorsque le 17 mars 2020, nous nous sommes cloîtrés chez nous en raison de la crise sanitaire de la Covid. Nombreuses sont les familles qui ont dû habiter dans des espaces réduits, certains dans des appartements dont la lumière extérieure n’était pas directe… Ma famille et moi avons dû nous retrouver et réadapter nos habitudes de vie pour cohabiter. Ce qui nous a rassemblés fut la Maison d’Émile︎5︎. C’est à partir de cet événement étrange que s’est déclenché chez moi une exploration des profondeurs de mon foyer. Je me suis demandée quelle était la pièce la plus centrale, la plus chaleureuse, celle qui crée le lien.

La pièce centrale


La cheminée réhabilitée par mes parents dans la Maison d’Émile en 1998 témoigne de la centralité de la « pièce à vivre ». Située dans le salon, elle est l’élément cœur qui constitue le foyer dans son ambivalence. De la même manière que les yourtes - en forme circulaire avec en leur centre le poêle à cuir et à chauffer l’espace domestique -, la cheminée est le lieu de regroupement ; de repas, de discussions et de fêtes, de temps calmes et de jeux. Elle est le signe du nid familial qui regroupe et lie dans le corps de la maison. Alimentée ou éteinte, son ancrage est fixe et sûr. La notion de foyer prend son sens dans la richesse de sa signification. Premièrement, elle incarne le feu, et plus précisément le lieu dans lequel « il est et le plus ardent »︎6︎. Il évoque deuxièmement l’habitat, le nid qui regroupe, abrite et protège un ensemble de personnes. Il symbolise enfin une famille, du latin familia qui désigne « ensemble de tous ceux qui vivent sous le même toit » ︎7︎. C’est dans cette ambivalence que réside l’importance du foyer.


foyer
subst. masc.

I
1. Lieu où l’on fait du feu.
Espace spécialement aménagé
pour y faire du feu en partic.,
partie de la cheminée où brûle le feu.
2. Spéc. Foyer d'incendie.
Endroit où le feu se déclare où il est
le plus ardent et d'où il se propage.
HIST. ANC. Foyer sacré.
Foyer domestique devant
toujours être alimenté,
centre religieux de la demeure ;
foyer commun auprès duque sont placés
les dieux tutélaires de la ville.


II
ext. Lieu servant d'abri à des personnes.
1. Lieu où habite, où vit une famille.
Foyer des ancêtres, de la famille;
quitter, regagner son foyer.
« Heureux celui qui retrouve le soir
le foyer domestique, et s'y assied
au milieu des siens »
(Lamennais, Paroles croyant,1834, p. 270).
SYNT. Foyer domestique, maternel, paternel ;
humble, pauvre foyer ; la douceur, les joies du foyer ;
le gardien du foyer ; femme, mère au foyer ;
le retour au foyer ; retourner au foyer ;
retrouver son foyer.


III
1. Foyer conjugal, familial. Domicile conjugal, familial.
2. Gén. au plur. Pays natal, domicile habituel.
Réintégrer ses foyers; rentrer dans ses foyers.
3. Ensemble des personnes qui composent la famille
(vivant sous le même toit); la vie familiale.


-

« Fonder un foyer »
Foyer désigne souvent simultanément le lieu
où vit la famille et la famille elle-même.
Lieu de réunion, d'asile pour certaines personnes.

Au fig. Centre d'où provient quelque chose,
lieu à partir duquel se développe,
se répand quelque chose.
Foyer de corruption, d'intrigues ;
foyer de rébellion ; foyer de civilisation, de culture.

Point de convergence, de concentration.

︎8︎


 
La Maison d’Émile, Monnetier-Mornex, Scan album de famille, 1998.

︎1︎ Charte d’écriture inclusive et marche orthotypographique de La Déferlante.
[En ligne : https://revueladeferlante.fr/wp-content/uploads/2023/03/Charte-La-Deferlante-mars2023.pdf]


︎2︎Du corps de la maison, Article 1, Un signe d’habitabilité.


︎3︎ « The best 4k relaxing fireplace with crackling fire sounds 24 hours no music », ThuGian Relist, Youtube, 22 mars 2022.
[En ligne : https://youtu.be/wqzLB8HLilE]


︎4︎« WPIX The Original Yule Log », Curtis Rocky, DailyMotion, 2014.
[En ligne : https://dai.ly/x2pqoiu]


︎5︎Du corps de la maison, Article 1, Un signe d’habitabilité.

︎6︎Définition de foyer, CNRTL.

︎7︎Dictionnaire de l’académie française.
[En ligne : https://www.dictionnaire-academie.fr/]

︎8︎Définition de foyer, CNRTL.

1. Le feu comme témoin


Aujourd’hui, le rapport qu'entretiennent les humains avec le feu est très partagé. J’ai réalisé un sondage︎9︎ pour le découvrir. Il se trouve que la majorité des personnes interrogées ont répondu qu’ils appréciaient le feu. Le terme qui est revenu le plus souvent est celui de la fascination. Toutefois, 45 % des personnes en ont peur. Certaines personnes disent qu’ils ressentent les deux à la fois : la peur et la fascination. Ils ont trouvé une trentaine d’adjectifs différents pour le décrire. Bien qu’il regorge de symboliques et de croyances, le feu fut d’abord pour les humains un moyen de se rassembler. Cet élément vivant a tout de même fini par se retrouver au sein de notre propre espace domestique. Il a donc fallu le maîtriser avant de le laisser entrer.
 

La domestication



domestique

Empr. au lat. class. domesticus
« de la maison, de la famille » ;
cf. la forme pop. a. fr. domesche,
adj. « apprivoisé, cultivé » ca 1220
(G. de Cambrai, Baarlam et Josaphat,
3890 ds T.-L.).

︎10︎


Les premiers foyers furent trouvés en extérieur, hors des grottes ou des cabanes que les homo erectus (1,5 million d’années à moins de 400 000 ans) se construisaient. À ce moment-là, nos ancêtres les plus lointains ne savaient pas encore produire du feu. Ils le récupèrent de la foudre ou des feux d’incendie. Les premières traces du feu domestiqué ont été retrouvées, il y a 400 000 ans.
︎11︎Si l’homo erectus a progressivement déplacé le feu jusqu’à son nid, c’est pour l’utiliser comme une pratique de domestication. Il leur a permis de se réchauffer ; de cuire la viande et les plantes - toxiques lorsqu’elles sont crues -, de transformer des matières, de se protéger et de s’éclairer pendant la nuit. Le feu a permis de modifier le rythme de leur activité ; iels n’avaient plus besoin de s’adapter à l’horloge naturelle qu’offre le soleil. Bien que des traces de foyer aient été retrouvées dans des grottes, l’espèce homo erectus ne dormait pas à l’intérieur. C'était une preuve d’installation temporaire qui indiquait déjà un regroupement. Lorsque l’espèce a appris à faire du feu et à le maîtriser, alors une organisation sociale s’est mise en place. C’est de cette organisation qu’est née l’écriture. L’espèce qui précède l’humain a formé une communauté autour du feu, c’est de là que vient le sens du mot foyer, en rapport à la famille. Le feu ne fut pas uniquement une force pratique. Il portait avec lui des qualités telles que le confort et le bien-être. La notion de chaleur évoque ces sensations, puisqu’elle rappelle instinctivement le cocon, l'œuf, le lien maternel. La chaleur est un élément qui évoque déjà le foyer, et son rapport avec sa famille. L’homo erectus, dans sa primitivité, répondait à des besoins primaires qui lui suffisaient pour être comblés. Le feu, s’il parvenait à répondre à ces besoins, pourrait être associé au bonheur. Gaston Bachelard parlait du « Feu de joie ».



« Et si l’homme primitif a la conviction que le feu de joie,
que le feu originaire a toutes sortes de vert
et qu’il donne puissance et santé,
c’est qu’il éprouve le bien-être, la force intime
et quasi invincible de l’homme qui vit
cette minute décisive où le feu va briller
et où les désirs vont être comblés. »


-
« Aucune impression objective cherché
dans les nids le long des buisson n’aurait
pu fournir ce luxe d’adjectif qui valorisent la tiédeur,
la douceur, la chaleur du nid.
Sans le souvenir de l’homme réchauffé par l’homme,
comme un redoublement de la chaleur naturelle,
on ne peut concevoir que des amants
parlent de leur nid bien clos.
La douce chaleur est ainsi à l’origine
de la conscience du bonheur.
Plus exactement, elle est la conscience
des origines du bonheur. »
︎12︎



De nombreuses habitations se sont construites autour de cette source de regroupement. Le feu a longtemps conservé sa place fédératrice. Lorsqu’il a été maîtrisé, nous nous en sommes emparés. Toutefois, ce mouvement possessif d’accaparer un élément vivant pour le ranger entre des murs questionne sur sa place. Où le feu devrait-il aller ? La domestication du feu a-t-elle supprimé le feu de l’extérieur ?


L’événement



Feu de Saint-Jean, Lacour, Pierre, gravure accompagnée d’une légende,
7,5 x 9,3 cm, 36,4 x 21,5 cm.


The Feast of Saint John, Jules Breton, Huile sur toile, 34.3 x 61.3 cm, 1875.

Le feu de joie, une tradition ancestrale, Archives Montréal, 1963.


Le feu est un élément vivant. Tout en s’adaptant à l’air qui l’alimente, il est en perpétuelle mouvance. Il danse de manière aléatoire ce qui rend sa lumière scintillante. Il devient une expression. C’est ce qu’a retransmis Fouad Boussouf dans son spectacle « Fêu », interprété pour la première fois le 29 et 30 septembre 2018 à la Biennale de la Danse de Lyon par des danseuses du Phare, le Centre Chorégraphique National du Havre︎13︎. Le chorégraphe partage avec nous dans ce spectacle enivrant le feu qui se trouve à l’intérieur du corps, celui qui permet l’expression de soi. La danse est hypnotique, elle nous rappelle que le feu brûle à l’intérieur de chacun de nous, même si ce n’est pas de la même façon, et qu’il peut rapidement être incontrôlable. La scénographie est simple et claire, ces femmes dansent en cercle. Dans la première dizaine de minutes, le foyer est marqué d’une lumière surélevée, qui disparaît ensuite comme pour nous dire qu’elle n’a même pas besoin d’être allumée pour que nous sachions qu’elle est présente. Souvent, l’une des danseuses se détache du groupe pour rentrer dans un autre rythme. Elle reste quelques instants en marge et rentre à nouveau dans la ronde. Ce type de projet raconte comment les mouvements communs créent des événements. L’animation favorise le regroupement et à l’inverse, le regroupement créé l’animation. Nombreux sont les regroupements extérieurs qui placent le feu au centre. L’élément feu a donc toujours été un moteur de festivités ou de pratiques spirituelles.

La Saint-Jean en est un bon exemple. Datée de l’Antiquité, cette fête de village célèbre le solstice d’été et la saison agricole. C’est un hommage à la lumière et aux astres comme le Soleil. D’abord païenne, elle est devenue chrétienne et s’est donc appelé Saint-Jean pour Saint-Jean Baptiste, le cousin de Jésus︎14︎. Toutefois, elle fut également vécue par l’église comme une fête anti-chrétienne puisqu’en ce jour de solstice, et selon le rituel des villageois, c’était un jour où les jeunes gens pouvaient aller fricoter.︎15︎ Dans le sondage que j’ai mené, un·e anonyme le témoigne :


« Les jeunes garçons devaient sauter
par-dessus le feu et faire leur demande aux filles.
Mon mari a joué le jeu avec le feu, et j’ai dit oui. »

︎16︎


Aujourd’hui encore, elle est célébrée en France, mais également dans de nombreux autres pays comme le Canada, l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou Haïti. La tradition est de construire un grand bûcher au centre du village, de l’allumer lorsque tous les habitant·es sont réunis près de lui et de danser autour du feu. Des chalumeaux sont aussi allumés et plusieurs coutumes existent, comme celle de sauter par-dessus. Nous parlons de feux cérémoniels︎17︎. En Bretagne, la Saint-Jean est importante puisqu’elle fête les journées plus longues que dans les régions du Sud du pays. À Tyrol︎18︎, un land de l’Autriche situé dans la chaîne des Alpes, les villageois allument le sommet des montagnes pour célébrer l’été, ainsi que d’autres symboles, dessinés par les flammes. Le feu intervient comme un rite de passage d’une saison à l’autre. Il représente un rituel festif, démonstrateur de sa capacité à réunir en extérieur tandis que renaît le feu du printemps à l’intérieur du corps des êtres vivants.


Eugène Martin, Dessin, Musée Breton, Quimper, 1868.

« L’épreuve du feu », Saint-Jean à Soultzbach-les-Bains, Haut-Rhin, Paul Willis, 26 Juin 2022.

Berge in Flammen, Sonnwendfeuer auf den Gasteiner Bergen JO, 24 Juin 2023.


D’ailleurs, le carnaval en France est également une fête qui laisse place au feu cérémoniel du dehors. Nous célébrons le début du printemps, le feu brûle alors le roi pour indiquer la renaissance de la nature. Cette tradition accompagnée de costumes et de danses est marquée par le visage du roi qui finit en cendre. Le feu prend le pouvoir sur le roi, il est plus puissant encore et éclaire les habitant·es de ses flammes pour le leur dire. L’un des carnavals célèbre en France est celui de Nice. Il se termine souvent sur une ribambelle de feux d'artifices, comme les flammes qui sortent du roi et qui viendraient se dessiner dans le ciel. Les feux d’artifices ont été inventés au 11e siècle en Chine. Ils représentent parfaitement un objet qui enferme en lui la festivité des vivants que le feu détient, de manière « artificielle ».



Feux d’artifice, Planche III, Amédée François Frezier, Traité des feux d’artifice pour le spectacle, Paris, 1747.






The unexcelled fireworks Company, New York, Hirayama Fireworks & Yokoi Fireworks, 1880.


« Des lignes se tendent, des motifs apparaissent,
bougent, se transforment, disparaissent
pour finalement laisser place à
de nouvelles formes qui impriment les cieux.
Dans ce grand tumulte, les compositions allégoriques,
merveilleuses, abstraites s’inspirent
d’une nature réelle ou fantasmée,
réinventée par la pyrotechnie. »

︎19︎


Ils incarnent une troisième fête nationale : le 14 juillet. Si nous célébrons chaque année le peuple courageux qui escaladait le pont-levis de La Bastille︎20︎, les feux de la milice étaient tournés sur eux ou prêts pour allumer la poudre à canon. Le feu indiquait un camp. Lorsqu’il brûle, il saccage. Le feu devient alors la rébellion, le terrorisme. Il entre dans le corps de celleux qui veulent le déclencher.

Les manifestations urbaines sont récurrentes dans notre pays. Les manifestants brûlent de l’intérieur. Ils veulent s’exprimer et ils ne se sentent pas écoutés. Manifester signifie « faire connaître », « faire savoir », « faire remarquer », « donner des signes », « s’exprimer »︎21︎, j’aurais ajouté les termes : « montrer », « défendre » et « contrer ». Si l’expression est un droit, aujourd’hui, nous (nous) défendons. Cela fait plusieurs années que les manifestations dégénèrent. La lumière de la colère brille dans la nuit lorsque le cortège se disperse. Les manifestants semblent vouloir reprendre le pouvoir et les forces de l’ordre aussi.







Emilie Desir, Ensemble rien ne nous résiste, Acte II, 17 mars 2023, Instagram.
« Suite à l'annonce de l'utilisation de l'article 49.3 pour faire passer sans vote à l'assemblée nationale la réforme des retraites du gouvernement Macron, des milliers de personnes se sont réunies sur la place de la Concorde. La manifestation spontanée s'est transformée au bout de quelques heures en manifestation sauvage dans les rues du 8ème arrondissement de Paris jusque tard dans la nuit. »



Ce n’est pas une bataille récente ; toutefois, si nous nous demandions où était passé le feu en ville et s’il avait disparu en raison de sa domestication, nous pourrions répondre qu’il est aujourd’hui présent dans la rue, comme un compagnon de casse d’une masse revendicative et surtout destructive. Accompagné de dégradations matérielles, le feu dans la rue brûle des poubelles, des vitrines de magasins, des voitures ou des arrêts de bus pour indiquer diviser géographiquement les manifestants de la police. Le feu devient incontrôlable, comme cette haine qui nourrit les deux camps. Pourquoi le feu devient-il un outil de haine ? S’il éclaire sur son passage, c’est pour percevoir à nouveau le visage de celui qui se tient en face, et qui porte en lui la même humanité. Si le feu déborde, les deux personnes seront brûlées de façon égale. Edgar Morin disait à propos de la haine qu’elle nous menait à penser « l’idée fausse qu’on a à faire à des sous-hommes », « la haine conduit à un tel mépris, à un tel déni d’autrui qu’elle nous conduit à des actes ignobles. »︎21︎

C’est à travers le regroupement créé par l’événement feu que l’élément s’est introduit au sein du domicile. Bien qu’il conserve ces parties déterminantes de l’intime et du social, il constitue le lien entre les habitant·es qui le ressentent tous en elleux. Le feu est événement dès lors qu’il intervient et qu’il produit quelque chose. Il a une finalité. S’opère donc une transformation. Celle-ci n’est pas forcément vécue de la même manière. En ville ou en campagne, le feu rassemble ou disperse. En ça, il conserve son ambivalence entre l’élément qui fait peur et celui qui fascine. Le feu est-il un ami ou un ennemi ?


L’appropriation


Les croyances et les symboliques reliées au feu et sa découverte démontrent une forme d’appartenance qui va au-delà du visible, de la pratique, du physique. Le feu invoque une spiritualité qui se retrouve dans de multiples cultures.


« Les taoïstes entrent dans le feu pour
se libérer du conditionnement humain »


« la Chine ancienne, qui accompagnait,
dans les intronisations rituelles,
le bain et la fumigation. »


« le Bouddha substitue le feu intérieur,
qui est à la fois connaissance pénétrante,
illumination et destruction de l'enveloppe :
l'attise une flamme en moi...
Mon cœur est l'air, la flamme est le soi dompté.
(Sumyutanikâya, I, 169). »


« Les innombrables rites de purification par le feu,
généralement rites de passage,
sont caractéristiques de cultures agraires.
Ils symbolisent, en effet, les incendies des champs
qui se parent ensuite d'un manteau vert de nature vivante»


« Les Chortis allument alors un grand búcher
et y brûlent des cœurs d'oiseaux
et d'autres animaux (ibid).
Le cœur de l'oiseau symbolisant l'esprit divin,
les Indiens répètent ainsi symboliquement
l'incinération des Jumeaux-Maîtres du Maïs. »

︎23︎

L’attention portée au feu vient en partie de sa double identité. Il peut être l’ami s’il dessert les individus de ses capacités à chauffer, cuire, ou briller. Il est alors maîtrisé et domestiqué. Or, il peut au contraire être son ennemi lorsqu’il brûle ou dévore. Il est alors non maîtrisé, situé dans une arme ou bien démarré à cause de la foudre. Cette ambiguïté pourrait laisser place à une forme de modération ; consommer le feu avec modération. L’expression française « jouer avec le feu » est bien connue pour rappeler de ne pas l'utiliser sans être prudent. En outre, se méfier d’un élément signifie qu’on lui porte une attention particulière. Maîtriser le feu signifie également l’utiliser avec modération. Disposer des pierres autour de lui pour ne pas qu’il s’échappe, ajuster un conduit pour faire sortir la fumée à l'extérieur. La modération du feu, c’est ne prendre de lui que ce qui sert aux humains. Avec la technique, iels ont réussi à l’agencer et à lancer une habitude qui rythme ses heures d’activité. Le feu est devenu maison. G. Bachelard a défini sa grandeur :

« Le feu et la chaleur fournissent des moyens
d’explication dans les domaines les plus variés
parce qu’ils sont pour nous l’occasion de souvenirs
impérissables, d’expériences personnelles
simples et décisives. Le feu est ainsi un phénomène
privilégié qui peut tout expliquer. Si tout ce qui
change lentement s’explique par la vie,
tout ce qui change vite s’explique par le feu.
Le feu est l’ultra-vivant.
Le feu est intime et il est universel.
Il vit dans notre cœur. Il vit dans le ciel.
Il monte des profondeurs de la substance
et s’offre comme un amour.
Il redescend dans la matière et se cache,
latent, contenu comme la haine et la vengeance.
Parmi tous les phénomènes, il est vraiment
le seul qui puisse recevoir aussi nettement
les deux valorisations contraires : le bien et le mal.
Il brille au Paradis. Il brûle à l’Enfer. Il est douceur et torture.
Il est cuisine et apocalypse. Il est plaisir pour
l’enfant assis sagement près du foyer ;
il punit cependant de toute désobéissance quand
on veut jouer de trop près avec ses flammes.
Il est bien-être et il est respect. C’est un dieu tutélaire et terrible,
bon et mauvais. Il peut se contredire : il est donc
un des principes d’explication universelle. »

︎24︎

Lorsque Bachelard écrit : « Le feu est ainsi un phénomène privilégié qui peut tout expliquer »︎25︎, il relève une notion particulière ; le feu est un privilège. La chaleur du feu est un luxe. Elle est la plus directe. La construction du foyer dans un domicile fait appel à un savoir-faire, à des connaissances spécifiques à propos de la conduction et de l’inertie. L’habitant·e qui bénéficiera de cette installation participera à son élaboration puisqu’iel est cellui déclenche la chaleur. En cela, iel devient ellui-même fabricant·e. Quelle relation l’habitant·e entretient-iel avec le feu ? En quoi le feu rend l’habitant·e fabricant·e ?

︎9︎Sondage, « Quels rapports les gens entretiennent-ils avec le feu ? », 130 réponses, Google Forms, 11 Novembre 2023.

︎10︎Définition de domestique, CNRTL.

︎11︎
RICHET, Pascal, Le feu, moteur de la civilisation, Espace des sciences, Université Pierre et Marie Curie Paris 5ème arrondissement, 5 Octobre 2010.
[En ligne : https://youtu.be/AMXk2EZ2jHg?si=zVzOnfAyRosViYAc].


︎12︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

︎13︎BOUSSOUF, Fouad, Fêu, Biennale de la Danse, Lyon, septembre 2018.
[En ligne : https://youtu.be/llWl_zg7eEY?si=9Fzf-UVKv1PT1MfL]


︎14︎« La Fête de la Saint-Jean », Histoires de Paris, 17 Février 2017.
[En ligne : https://www.histoires-de-paris.fr/fete-saint-jean/]


︎15︎ GAIGNEBET, Claude, GARBIT, Philippe (prod.), Les feux de joie de la Saint-Jean, Les Nuits de France Culture, France Culture,  24 Juin 2023.

︎16︎Sondage, « Quels rapports les gens entretiennent-ils avec le feu ? », 130 réponses, Google Forms, 11 Novembre 2023.

︎17︎BOUVIER, Jean-Claude, Feux cérémoniels de carnaval-carême et de la Saint-Jean dans la Drôme, Le Monde alpin et rhodanien, Revue régionale d’ethnologie, p. 103-108, 1973.
[En ligne : https://www.persee.fr/doc/mar_0758-4431_1973_num_1_3_933]


︎18︎« Sonnwend und Johannifeuer » (Feux du solstice d’été et de la Saint-Jean), Bayerische und Österreichische Alpen (Alpes Bavaroises et Autrichiennes), Deutsch Alpenverein-Verband, 17 Juin 2023.
[En ligne : https://www.alpenverein.de/artikel/berge-in-flammen-sonnwendfeuer-2023_1b22a28c-6de4-4d50-8cb8-b5b59df78f9e]


︎19︎BESSE, Jean-Marc, (sous la dir.), Feu, Les Carnets du Paysage n°43, ouvrage collectif, Acte Sud, Ecole Nationale Supérieure du Paysage, Octobre 2023.

︎20︎W. MARK, Harrison, “La prise de la Bastille”, World Century Encyclopedia, Traduction, ÉTIÈVE-CARTWRIGHT, Babeth, 2 mai 2022.
[En ligne : https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-20766/la-prise-de-la-bastille/]


︎21︎Définition de Manifester, CNRTL.

︎22︎« Edgar Morin - Regard d’un humaniste centenaire », La Grande Librairie, Youtube, 9 novembre 2023.
[En ligne : https://youtu.be/Nts7gwvblq8?si=Y07vE9DYBEmj5sHu]


︎23︎CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des Symboles, BOUQUINS La collection, 1982.

︎24︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

︎25︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

2. Habitant·e-fabricant·e



Un savoir-faire premier



« l’explication rationaliste que les premiers hommes
ont produit le feu par le frottement de deux pièces de bois sec. »

︎26︎


Parmi les premières découvertes des espèces précédant l’humain, il y eut le feu. Il est l’un des moteurs premiers du progrès à travers les gestes qu’il a insufflés. Il a généré une maîtrise qui a fondamentalement révolutionné le parcours des individus sur Terre. Au même titre que la taille d’un silex, il représente un ensemble de conduites et de mouvements à répétition qui forment une maîtrise. Il est l’un des fondateurs de l’esprit. Nous connaissons le mythe de Prométhée pour l’évoquer. Les frères Prométhée et Épiméthée étaient chargés de donner la vie sur Terre. Après qu’Épiméthée ait donné toutes les ressources nécessaires aux animaux sans penser aux humains, Prométhée demanda à Zeus d’offrir aux humains le feu pour les protéger des animaux, se réchauffer et cuire leur nourriture afin de se nourrir. Il leur donna également la connaissance et les savoir-faire qu’Athéna lui avait transmis. Après que Prométhée se soit rebellé dans l’idée de poursuivre sa quête de l’humanité, Zeus décida de leur enlever le feu. Prométhée décida alors de dérober le feu de l’Olympe pour l’offrir aux humains. Il fut ensuite châtié par Zeus pour avoir trahi les Dieux. Lorsque l'ordre fut rétabli, Zeus demanda à Hermès de porter aux humains la justice et la pudeur, et de répartir la connaissance et les savoir-faire pour que tout le monde puisse participer afin de former une société. Le feu dans cette société représente alors l’outil qui permet de fabriquer les outils. Il est symbolique de l’esprit et de la lumière, de l’intelligence : « La lumière est la connaissance »︎27︎. Prométhée a alors souhaité donner le feu aux humains comme un élément situé entre la connaissance et les savoir-faire. C’est grâce à ce feu qu’ils ont pu créer une civilisation.

D’après ce mythe, le feu a éclairé l’individu afin que naisse en lui la technique. C’est en cette symbolique que le feu doit retrouver son essence. Lorsque les Homo erectus ont découvert le feu, elles ont également découvert un geste, puis elles l’ont répété et transmis. Plusieurs techniques de fabrication de feu existent.


Les techniques de fabrication du feu


la friction d’une pointe
rouler le bâton entre les mains

la friction de planches
une main qui tient la première planche
et la frotte contre l’autre servant de support

l’archet
tenir l’axe tout en tirant et poussant l’archet
pour le faire coulisser grâce à une cordelette qui le dirige

la charrue à feu
une main tient une pointe en bois
qui est frottée contre un autre bâtonnet fendu
en son centre pour diriger le mouvement

le briquet à silex
cogner contre l’angle d’une pierre l’outil en métal
afin de créer une étincelle

︎28︎


Toutes ces techniques primitives, connues par les scouts ou les survivalistes, ont en commun le rapport à la main. Si l’humain souhaite créer du feu, il doit faire appel à des gestes manuels. La main roule, frotte, coulisse, cogne. Elle déclare, déclenche ce qui plus tard la réchauffera. Fabriquer un feu en extérieur représente un accomplissement. Le feu est un élément auquel nous pouvons avoir accès sans en posséder les moyens. Le feu est un « élément intouchable »︎29︎ , il est certes insaisissable, mais il est maîtrisable. Il représente donc une technique, en latin « art » et en grec tekhnê qui signifie « savoir-faire et métier », pris au mot teknikos, adjectif qui signifie : « propre à une activité réglée » et « habile »︎30︎.
Le feu s’explique alors comme une activité composée de règles, il est normé dès lors qu’il entre au sein de l’espace domestique. Ces règles sont basées sur le vivre-ensemble et sur les lois qui fondent notre société. Bien que le contexte actuel complexifie la possession d’un foyer dans l’habitat et que la majorité des français·es ne se chauffent pas ou plus de cette manière, il entretient un savoir-faire qui mène son usager·e à faire, en plus de lui apporter bien-être, confort et réponse à des besoins premiers. C’est d’ailleurs à la suite du sondage que j’ai découvert que nous manquons de feu dans notre quotidien. En effet, il manquerait à trois personnes sur cinq, c’est-à-dire à 60 % des participant·es qui ont répondu, et si c’était pour cette raison que les vidéos de feu de cheminée sur écran ont autant de succès ?



La transmission d’un geste


Au sein de l’espace domestique, les gestes autour du feu se sont précisés. Une maîtrise est née au travers d’outils qui accompagnent ce moment d’élaboration. Ils évoquent une « façon », de façonner. Prenons le contexte d’une cheminée dans une maison de campagne. Celle-ci est équipée d’un ensemble d’objets spécifiques, adaptés à la pratique du feu.

Les outils du feu

le soufflet manuel ou le soufflet à bouche
la pelle à cendre
la pince à bois
le tisonnier ou le tison
les allumettes
la balayette à cheminée





Old fireplaces and their equipment, Collected in England, Arthur Todhunter, 1923.
︎31︎

Outils de feu, Italie, Florence, bronze et fer, XVIe siècle, 113 cm x 110.5 cm, The Met.


Ces outils allongés pour atteindre le foyer sans risque de se brûler et par leur matérialité métallique - laiton, fer forgé ou acier poli -  sont les témoins d’une pratique de la fabrication du feu. L’ensemble pouvant être présenté par un « serviteur à cheminée », munis de crochets afin de les suspendre. Ces instruments du feu se transmettent entre les générations. Ils permettent une passation de connaissances. Lorsque j’ai posé la question aux participant·es du sondage : « Avez-vous appris à faire du feu ? Si oui, quand ? Où ? Avec quelle technique ? » nombreuses sont les réponses qui illustrent une transmission familiale de gestes autour de la cheminée.


« Oui, petite pour la cheminé avec ma mère »


« Oui avec ma mère dans notre cheminée
de ma maison d'enfance »


« J'ai appris seul en regardant mon père
le faire étant jeune. »


« Petite, pour allumer la cheminée »


« Dans une cheminée avec mon père »


« Avec mon beau-père, dans sa cheminée »


« Avec mon grand père polonais qui me disait
quand j’avais 8 ou 9 ans « qu’on ne marie pas
une femme tant qu’elle ne sait pas faire le feu »


« Petit avec mes parents dans la cheminée familiale »

« Oui grâce à mon père qui m'a appris petite à
faire du feu dans la cheminée pour réchauffer
la maison de mon enfance »

︎32︎


Cette transmission évoque également une tradition ; celle des premières « débrouilles ». Autour des années 1946, ma grand-mère maternelle avait été
désignée par son père pour allumer le feu le matin dès l’aube et moudre le café.
Toutefois, les outils de feu ne sont pas adaptés aux enfants par leur poids et leur taille. Ils impliquent des gestes précis dans le contexte de la cheminée. D’autre part, dans la Psychanalyse du feu, Gaston Bachelard distingue deux types de gestes : les gestes utiles et les gestes agréables « Mais les gestes utiles ne doivent pas cacher les gestes agréables. ». Ce rapport particulier aux gestes rejoint les actions menées au sein de l’espace domestique. Il y a en effet une multitude de gestes plus ou moins quotidiens que nous réalisons dans notre nid. Ceux-ci sont liés à nos besoins, à l’entretien ou encore aux loisirs. Les « gestes utiles » pourraient regrouper : allumer le feu, mettre la table, faire la vaisselle, tirer les rideaux… Les « gestes agréables »︎33︎ relatent plutôt des loisirs ou du bien-être : se coucher dans le lit, se doucher, installer une décoration intérieure, allumer une bougie, écouter des contes au coin du feu. Le philosophe et sociologue renvoie directement aux besoins primaires et secondaires. Le feu regroupe également ces deux facettes. Pour donner un exemple de geste utile dans le cadre du feu de cheminée, il y a l’étape de l'entretien : enlever les cendres accumulées lors des feux précédents. Ce geste n’est pas voué à être agréable, s’il est fait trop rapidement, les cendres alors se volatilisent jusqu’à nos narines. C'est un geste qui s'apparente à une « tâche domestique ».


« Si on laisse le feu à sa vie naturelle,
même en le nourrissant, il vieillit et meurt
comme les animaux et les plantes. »

︎34︎


Le feu est un élément vivant qui s’éteint progressivement s’il n’est pas alimenté. Il demande une attention particulière. Le feu nécessite un effort dès la formation de son foyer et jusqu’à ses dernières braises. Il est l’événement actif, qui demande une énergie autant qu’il en renvoie. C’est une affaire réciproque entre le·a fabricant·e et lui, et le moyen transitoire dans cet échange n’est autre que la main.


La main de feu


En tant qu’habitant·e, élaborer en son nid un événement vivant à alimenter et à maintenir représente un ouvrage. C’est donner de soi pour qu’il offre en échange sa chaleur, sa lumière, son bruit, son odeur et sa beauté. Cette maîtrise désigne un savoir-faire qui change la posture de l’habitant·e. Iel devient un·e fabricant·e. Prenons l’exemple de métiers qui utilisent le feu comme outil : céramiste, métallurgiste, verrier·e, boulanger·e ou encore cuisinier·e. Certains métiers l’utilisent également comme une technique : la céramique par exemple pour la technique du raku, ou encore la charpente. En effet, j’ai pu l’observer lors de mon stage à l’Écho du Marteau, à Vaudémont en août 2023 lorsque l’équipe de « La Pagode » l’a utilisé pour fabriquer le bardage de leur cabane. Appelée Yakisugi ou shou sugi ban, il s’agit de brûler des planches afin de leur donner en plus d’un aspect esthétique une protection supérieure.

Technique du Yakisugi utilisée par l’équipe de « La Pagode », Victor Bois Design, Écho du Marteau, Vaudémont, Août 2023.

Technique du Yakisugi utilisée par l’équipe de « La Pagode », Victor Bois Design, Écho du Marteau, Vaudémont, Août 2023.

Technique du Yakisugi utilisée par l’équipe de « La Pagode », Zoé, Écho du Marteau, Vaudémont, Août 2023.

Ces professions utilisent le feu comme un outil, une technique. Bien qu’il ne soit pas uniquement considéré comme l’une des étapes de réalisation. Pourtant, ces métiers ont tous en commun des gestes, des outils, des étapes de fabrication, un environnement particulier et adapté, un vocabulaire spécifique… Ces caractéristiques décrivent l’univers de l’artisanat. Il en est de même pour le feu. Il peut être considéré comme un artisanat puisqu’il répond à tous ces critères. Toutefois, il ne l’est pas puisqu’il a perdu de son rôle primaire en étant remplacé entièrement par de multiples alternatives : la chaudière pour la chaleur, l'électricité pour sa lumière, des bougies parfumées pour son odeur, une vidéo de cheminée pour l’aspect visuel.


La fabrication nécessite des connaissances ; connaître les outils nécessaires pour fabriquer un feu, connaître l’environnement adapté pour le démarrer, connaître les gestes. Considérer la maîtrise lors de la fabrication du feu rend l’habitant·e à nouveau maître·sse de l’élément. Elle l’implique pleinement dans son espace domestique par ce geste participatif. La maîtrise permet à l’habitant·e de connaître en profondeur sa maison, par cette entreprise d'entreprendre, iel s’implique. Iel habite de manière totale. Si l’on se rapporte aux métiers manuels, l’artisanat engage à un accomplissement. Cet accomplissement est autant tangible pour la pièce qu’il a fabriqué comme résultat, mais également pour la maîtrise dont iel à su faire preuve. Comme le soulignait William Morris :


« L’art est l’expression par l’homme
de la joie qu’il tire de son travail. »


-

« Un emploi agréable de nos énergies est la source
de tout art et de tout bonheur : autrement dit,
c’est la finalité de la vie. »

︎35︎


C’est par la réalisation que l’individu est épanouie. En cela, habiter prend un sens différent par rapport à celui qui méconnaît voire ignore son environnement matériel. C’est pour cette raison que les outils à fabriquer du feu permettent à l’usager de participer au sein de son habitat par une interaction protocolaire. C’est également en apportant un intérêt au lieu dans lequel se fabriquera le feu qui lui apportera un moyen de « faire ». Pour cela, nous pouvons nous pencher sur l’aménagement de l’espace du foyer comme un lieu pour faire et entreprendre.



L’atelier du feu



La cheminée de la maison d’Émile, réhabilitée par mon papa, Monnetier-Mornex, Haute-Savoie, 2003.


« Taillée à flanc de coteau, ma cheminée,
verticalement braquée tel le monstrueux
télescope de Lord Rosse pour capter
la lune au midi, est le premier objet qui
accueille l'œil tâtonnant du voyageur,
et non le dernier que salue le soleil. »

︎36︎


La cheminée est un espace dédié au feu. Elle représente l’une des manières de faire foyer. Le poêle ou la cuisinière à bois en sont d’autres exemples. Comme une fenêtre ou une entrée sombre, elle permet de fabriquer de la chaleur au sein de l’espace domestique. La première ayant été retrouvée au XIIe siècle dans le Yorkshire, au sud de l’Angleterre, dans la résidence d’un seigneur ︎37︎
. Elle avait la particularité d’être très ouverte sur la pièce et se trouvait déjà dans un espace domestique. La cheminée se situe souvent contre un mur comme un accès, une trappe dans l’habitat. Elle indique grâce au conduit que la chaleur circule en ses murs et piliers. La cheminée se tient tel un pilier, incrustée dans l’habitat. Elle est un élément structurel qui accueille un élément naturel. Elle en témoigne son élémentarité. Elle est souvent ornementée. Elle est aujourd’hui mise de côté et beaucoup utilisée comme une décoration d’appartements et non plus comme une nécessité. Toutefois, son âtre conserve sa volonté d'accueillir. C’est comme si elle nous appelait encore.

âtre

subst. masc.
Partie de la cheminée où l'on fait le feu


-


antre

subst. masc.
Cavité naturelle enfoncée profondémentdans la terre ou dans le roc.

︎38︎


Le rapport qu’entretiennent l’âtre et l’antre est celui de l’échelle. Ce sont tous deux des cavités qui offrent un espace à investir. Ils sont des corps solides fixes et ancrés dans un sol qui délimite le territoire de l’habitant·e. La matérialité de la cheminée invite à penser qu'elle est un édifice. Elle est très importante dans le milieu de l’architecture. Par exemple, l’architecte américain Frank Lloyd Wright avait décidé de placer la cheminée au centre de son habitat Fallingwater (1935-1
939), en Pennsylvanie︎39︎. Son idée étant de retrouver les quatres éléments au sein de l’espace habitable. L’âtre est encastré dans la roche grise comme un feu extérieur, largement ouvert sur le salon. La roche se trouve être celle qui se trouvait naturellement sur place.

La cheminée centrale de Fallingwater, Frank Lloyd Wright.

Charlotte Perriand a également inclus plusieurs cheminées de rassemblement dans les chalets et hôtels de Savoie. Elles favorisent le rassemblement grâce au mobilier que l’architecte a imaginé tout autour du foyer.


Service de cuisson relié au foyer de cheminée, Chalet de Méribel, Charlotte Perriand, 1960-1961.

Cheminée avec entourage en pierre permettant de manger autour du foyer, Chalet de Méribel, 1960-1961.

Cheminée suspendue et table à plateau rond fixée au sol, Les Arcs, 1972. ︎40︎
La place souvent centrale de la cheminée évoque un point stratégique. D’une part, celle-ci évoque le moyen de se réchauffer et de cuire tout en étant un élément de circulation. Elle permet à la chaleur de circuler entre le conduit et l’espace délimité par les murs. Elle laisse à la chaleur qu’elle diffuse de se frayer un chemin, d’où le sens du terme « cheminée », qui nous amène au verbe « cheminer ». D’autre part, la cheminée est un point stratégique sensible, pour sa qualité à éveiller les sens et à regrouper des individus autour d’elle. La cheminée a d’ailleurs pris de nombreuses formes au point de devenir littéralement un élément architectural et structural tel qu’un mur ou un mobilier. Valentine Schlegel, la grande sculptrice française, s’était lancée dans la fabrication d’une centaine de cheminées. Sculptée au plâtre contre le mur, elle évoquait des formes sensuelles et des imaginaires de voiliers. Dans ces grandes conceptions visuelles, la première chose qu’elle visait était l’aspect visuel. Elle laissait aux usagers du foyer la contempler, à l’époque où la télévision rentrait dans toutes les maisons. D’autre part, Valentine Schlegel a imaginé des formes spécifiques à ses cheminées afin de les rendre utiles. Elle leur a ajouté des assises ainsi que des étagères pour y loger des objets. Elle a rendu les cheminées habitables et a redonné au feu sa nécessité par la forme. Elle agit alors sur la vision de son usager·e : l’habitant·e, afin d’intervenir sur ses habitudes de vie et sa manière de considérer son foyer.

Cheminée à Théoule sur Mer, Valentine Schlegel et Frédéric Sichel-Dulong, Catherine Bouroche, 1966.

Valentine Schlegel et Jeanne Moreau, chez Jeanne Moreau, Hélène Bertin, 1968.

De la même manière que Charlotte Perriand ou que Valentine Schlegel, le·a designer a un rôle à jouer à propos de la cheminée comme étant l’une des manières de matérialiser le feu. Par les matériaux, la forme, l’usage et l’intégration dans un contexte spécifique, le·a designer agit directement sur l’espace domestique par cet environnement matériel sur lequel iel peut avoir une interaction. La cheminée peut être un élément domestique premier à déconstruire afin d’en considérer ses caractéristiques ; une composition décomposable. La responsabilité du designer sur le foyer est fondamentale puisque ce dernier comprend un grand nombre d’habitudes sociales et de gestes qui indiquent des enjeux et des causes à penser. Le terme foyer, de focarius en latin, qui se réfère à focus, et même focale, indique déjà une attention à lui porter. Le·a designer peut captiver par ce phénomène d’action précise sur les capacités que nous offre notre espace domestique.

foyère

subst. fém.
Dalle ou plaque scellée devant le foyer.

︎41︎






Conclusion


Le feu anthropologique



atmosphère

fig.
Ce qui environne quelqu'un ou quelque chose,
ce qui s'en dégage
(ambiance, impression, influence, etc.)

étymologie
gr. α ̓ τ μ ο ́ ς « vapeur humide »
(Aristote, Problèmes, 1, 21 ds Bailly)
et σ φ α ι ̃ ρ α « sphère céleste »
(Id., Métaphysique, 2, 8, ibid)

-


ambiance

PSYCHOL., gén. au sing.
Qualité du milieu (matériel, intellectuel, moral)
qui environne et conditionne la vie quotidienne
d'une personne, d'une collectivité.

étymologie
« ambiance, dérive du verbe latin ambire,
Spitzer montre qu’à l’origine le préfixe amb-
ne signifiait pas « autour » ou « ce qui entoure »
mais plutôt « des deux côtés » (droite et gauche).
Cette remarque est loin d’être anodine,
elle permet en effet de mettre en évidence
la connotation de protection associée au verbe ambire :
celui-ci renvoyait alors au mouvement des deux bras
lors d’une étreinte chaleureuse. »
︎42︎
︎43︎
︎44︎


L'atmosphère symbolise l’espace qui environne l’habitant·e, l’ambiance l’enlace. Le feu représente un élément qui regroupe ces deux sens. C’est en ça qu’il rend vivante la maison et permet à l’individu de ne pas être plongé dans un état passif au sein de son habitat. La vision du feu à 360° offerte par les cheminées érigées telles une colonne centrale induit l’ambiance chaleureuse et fédératrice. La relation qu’entretient l’habitant·e avec le feu vient des gestes qu’il demande pour être alimenté. Si ces gestes sont synonymes de « tâches domestiques », elles peuvent également être considérées comme un moyen de participer à son chez-soi. Comme l’explique Charles-Édouard Niveleau
︎45︎, en développant la pensée du psychologue Heinz Werner à propos de l’affordance : “ce monde primitif serait peuplé par ce que Werner appelle des « objets d'action » ou des « objets-signaux ». Les objets nous feraient agir ou du moins nous y pousseraient.” Cette théorie s’appelle l'affordance, amenée par J. J. Gibson︎46︎. Kurt Lewin, qui développe dans un article le terme Aufforderungskaracter︎47︎ , nomme alors ce lien qui se trouve entre l’individu et son environnement : « l’espace de vie psychologique ». Cet espace est grandement déployé dans le cadre de l’habitat. Le foyer est alors un contexte propice à traiter ce rapport, et le feu ; un moyen. Grâce à un savoir-faire, à une transmission de gestes, une main volontaire et une cheminée ou un poêle pour le fabriquer, le feu devient fédérateur. Il permet un épanouissement et une réalisation de soi au cœur de son foyer. Si nous avons perdu le rapport primaire que nous entretenions avec le feu, c’est parce qu’il a été remplacé. Il est donc moins présent pour une majorité et en conséquence, il manque dans notre quotidien. Le feu s’est endormi et l’habitant·e un peu aussi. Aujourd’hui, notre faculté à faire foyer est remise en question et plus largement, à faire société. Le feu, lui, fédère et permet de retrouver un sens au commun.



Habiter différemment


Le·a designer doit considérer l’habitant·e (l’usager·e) comme un être capable de comprendre, de reprendre et d’agir dans un espace qui est le sien, de participer à cet espace au travers d’un bien précis. Aujourd'hui, en 2023, en tant que concepteur d’objet, le·a designer doit prévoir, anticiper l’action de l’usager·e en l’incitant à s’introduire dans son fonctionnement afin qu’il en comprenne l’usage et le mécanisme, c’est ce que nous appelons plus haut : l’affordance. L’élément vivant, inclut dans un environnement matériel spécifique, est un moyen d’agir en accord avec une vision. Il permet à l’usager·e de participer à un élan écologique et social qui se veut de re-voir nos habitudes de vie, de re-penser et de re-prendre, de comprendre des notions matérielles et de mécanisme par le recyclage, la maintenance, la restauration, mais également la communication et la transmission. En cela, l’habitant·e peut s’ouvrir au monde des objets qui l’entoure et prendre part à une conscience collective. Dans le contexte de notre habitat - comme représentation d’une micro-société -, le·a designer peut agir à l’échelle du feu comme un manifeste, un signe d’habitabilité.

︎26︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

︎27︎CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des Symboles, BOUQUINS La collection, 1982.

︎28︎GEHRMANN, Taro, Faire du feu, Toutes les techniques de plein air avec ou sans briquet, Préface, PASCHE, Kim, Édition Ulmer.


︎29︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

︎30︎REY, Alain, Dictionnaire culturel en langue française, Le Robert, 2005.

︎31︎[En ligne : https://archive.org/details/OldFireplacesAndTheirEquipment_997/mode/2up]

︎32︎DUMONT, Marguerite, “Quels rapports les gens entretiennent-ils avec le feu ?”, 130 réponses, Google Forms, 11 Novembre 2023.

︎33︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

︎34︎BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

︎35︎MORRIS, William, L’art et l’artisanat, Préface et Traduction, GILLYBŒUF, Thierry, Rivages Poche, Petite Bibliothèque, Mai 2011.

︎36︎MELVILLE, Herman, Moi et ma cheminée, Édition Allia, Traduction, LACROIX, Jean-Yves, Mars 1951.

︎37︎ STILWELL, Daniel, “Fragments : The History of Architecture in 14 Fireplaces, The architectural review”, 31 January 2015.
[En ligne : https://www.architectural-review.com/essays/fragments-the-history-of-architecture-in-14-fireplaces]


︎39︎LEUTHÄUSER, Gabriele, GÖSSEL, Peter, Frank Lloyd Wright, Nuremberg, Benedikt Taschen Verlag, 1991.

︎40︎AUJAME, Roger, PERRIAND-BARSAC, Pernette, Charlotte Perriand, Carnet de montagnes, Maison des Jeux Olympiques, 2007.

︎41︎Définition de foyer, CNRTL.

︎42︎Définition de atmosphère, CNRTL.

︎43︎Définition de ambiance, CNRTL.

︎44︎THIBAUD, Jean-Paul, Petite archéologie de la notion d’ambiance, Communications, 2012, N°90, p.155-174, CAIRN.
[En ligne : https://www.cairn.info/revue-communications-2012-1-page-155.htm#:~:text=S%27il%20est%20d%C3%A9sormais%20admis,%C2%BB%20(droite%20et%20gauche).]

︎45︎NIVELEAU, Charles-Édouard, «Le concept gibsonien d’affordance : entre filiation, rupture et reconstruction conceptuelle», Intellectica, Revue de l'Association pour la recherche cognitive, p.159-199, Persée, 2006.
[En ligne : https://www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_2006_num_43_1_1341]

︎46︎GIBSON, James Jerome, The Senses Considered as Perceptual Systems, 1966.

︎47︎Aufforderungskaracter, Traduction (allemand) : caractère d’invitation, d’appel ou de sollicitation, DeepL.

︎48︎






Bibliographie


︎Ouvrages

AUJAME, Roger, PERRIAND-BARSAC, Pernette, Charlotte Perriand, Carnet de montagnes, Maison des Jeux Olympiques, 2007.

BACHELARD, Gaston, La psychanalyse du feu, France, Folio Essais, Gallimard, 1985.

BESSE, Jean-Marc, (sous la dir.), Feu, Les Carnets du Paysage n°43, ouvrage collectif, Acte Sud, Ecole Nationale Supérieure du Paysage, Octobre 2023.

FRAZER, James George, Mythes sur l’origine du feu, Édition Payot, Petite Bibliothèque, 1930.

GEHRMANN, Taro, Faire du feu, Toutes les techniques de plein air avec ou sans briquet, Préface, PASCHE, Kim, Édition Ulmer.

GIBSON, James Jerome, The Senses Considered as Perceptual Systems,1966.

LEUTHÄUSER, Gabriele, GÖSSEL, Peter, Frank Lloyd Wright, Nuremberg, Benedikt Taschen Verlag, 1991.

MELVILLE, Herman, Moi et ma cheminée, Édition Allia, Traduction, LACROIX, Jean-Yves, Mars 1951.

MORRIS, William, L’art et l’artisanat, Préface et Traduction, GILLYBŒUF, Thierry, Rivages Poche, Petite Bibliothèque, Mai 2011.

PLATON, Protagoras ou Les Sophistes, Traduction, notices et notes, ILDEFONSE, Frédérique, Garnier, Flammarion, 26 Septembre 1997 [≈ 399-390].


︎Dictionnaires

CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des Symboles, BOUQUINS La collection, 1982.

REY, Alain, Le Petit Robert, 2018.

REY, Alain, Dictionnaire culturel en langue française, Le Robert, 2005.


︎Presse

CORTY, Axelle, « Valentine Schlegel, sculptrice et céramiste triomphante », AD, 17 Mai 2021.
[En ligne : https://www.admagazine.fr/design/portraits/diaporama/valentine-schlegel-scuptrice-ceramiste/62382]


︎Sondage

DUMONT, Marguerite, « Quels rapports les gens entretiennent-ils avec le feu ? », 130 réponses, Google Forms, 11 Novembre 2023.




︎Conférences

RICHET, Pascal, Le feu, moteur de la civilisation, Espace des sciences, Université Pierre et Marie Curie Paris 5ème arrondissement, 5 Octobre 2010.
[En ligne : https://youtu.be/AMXk2EZ2jHg?si=zVzOnfAyRosViYAc]


︎Spectacle

BOUSSOUF, Fouad, Fêu, Biennale de la Danse, Lyon, septembre 2018.
[En ligne : https://youtu.be/llWl_zg7eEY?si=9Fzf-UVKv1PT1MfL]

︎Podcasts

GAIGNEBET, Claude, GARBIT, Philippe (prod.), Les feux de joie de la Saint-Jean, Les Nuits de France Culture, France Culture,  24 Juin 2023.

PONTY, David, « C’est mieux quand ça dure : Prendre soin des objets », Vivons heureux avant la fin du monde, Arte Radio, Juin 2023.


︎Vidéo & Films

ANNAUD, Jean-Jacques, La guerre du feu, 16 Décembre 1981.

KRUSE, Ajo, MARTIN, Olivier, « La Bastille », Karambolage, ARTE, 14 juillet 2023, Youtube.
[En ligne : https://youtu.be/o0RAVTSiIyM?si=sv_y3mPrcxXdoyqd]

MALATERRE, Jacques, L’odyssée de l’espèce, 7 janvier 2003.

« L’étrange succès des feux de cheminée sur Netflix et Youtube », Le Monde, 13 janvier 2019, Youtube.
[En ligne : https://youtu.be/VgGdw_SVCLU]

« Edgar Morin - Regard d’un humaniste centenaire », La Grande Librairie, Youtube, 9 novembre 2023.
[En ligne : https://youtu.be/Nts7gwvblq8?si=Y07vE9DYBEmj5sHu]

« JEAN Fire - Summer Solstice - Haitian Freemasons Part 1 », Knights of Benevolence, Youtube, 19 Février 2013.
[En ligne : https://youtu.be/llY9NZX-nKk?si=omMF 5kG Uf5 qC]

« Yves Klein réalisant des peintures de feu » Centre d’essais de Gaz de France, Saint-Denis, France, 1961.
[En ligne : film_file_89.mp4]

« WPIX The Original Yule Log », Curtis Rocky, DailyMotion, 2014.
[En ligne : https://dai.ly/x2pqoiu]



︎Sites & Articles

-, « La Fête de la Saint-Jean », Histoires de Paris, Fête, Paris mystérieux, 17 Février 2017.
[En ligne : https://www.histoires-de-paris.fr/fete-saint-jean/]

-, « L’Homme de Néandertal pouvait entendre et communiquer comme l’Homo sapiens, affirment les scientifiques », Commission Européenne, Cordis, Recherche Fondamentale, 12 Mars 2021.
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-, « Sonnwend und Johannifeuer » (Feux du solstice d’été et de la Saint-Jean), Bayerische und Österreichische Alpen (Alpes Bavaroises et Autrichiennes), Deutsch Alpenverein-Verband, 17 Juin 2023.
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Contact ︎

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La Foyère


Le feu a progressivement déserté les foyers en raison des progrès techniques, des normes de sécurité et de pollution de l’air. Se sont enfuis avec lui les gestes actifs de l’habitant·e qui permettent de l’allumer et de l’alimenter au sein de son espace domestique.

La Foyère est un vestige du feu. Elle s’installe au sein d’un habitat qui n’est pas prévu pour accueillir un foyer. Elle invite les habitant·es à retrouver la maîtrise du feu domestiqué et à se réunir autour et sur elle comme un lieu stratégique. Inspirée de la techniques des poêles en faïences, La Foyère est composée d’une céramique qui lui permet une inertie importante et une durabilité de par ses propriétés de rénovation. Grâce à l’alliance des savoir- faire de céramistes et de poêlier·es, La Foyère s’adaptera à son habitat par la modularité que permet son système de carreaux.

Composition_2, Marguerite Dumont, 2023.



Composition_3, Marguerite Dumont, 2023.

Composition_4, Marguerite Dumont, 2023.

Photo, Marguerite Dumont, 2023.

[Source inconnue]