Marguerite Dumont
Un signe d’habitabilité
La relation que nous entretenons avec le feu a considérablement évolué depuis sa domestication. De nombreux domiciles ont progressivement perdu leur foyer. Toutefois, cet élément implique une posture active de l’habitant·e. Au fil de cette recherche, nous nous demanderons en quoi le foyer est-il un témoin de la maison, un signe d’habitabilité ?
1/3 : Du corps de la maison
︎ Octobre 2023
2/3 : Faire foyer
︎ Novembre 2023
3/3 : Un feu vestigial
︎ Décembre 2023
Ces trois articles sont rédigés en écriture inclusive. J’ai suivi l’une des façons proposées par La Déferlante - une presse féministe militante créé en 2021︎1︎. Je crois qu’un·e designer aujourd’hui incarne une posture politique, et c’est ce que j’ai commencé à construire lors de mon master. J’ai également fait le choix de conserver toutes les citations originales et de ne pas modifier des termes provenant d’un anglicisme qui souligne la neutralité de genre, par exemple : “designer”. Dans ce contexte-là, le pronom indique le genre.
Article 1
Du corps de la maison
« Nous nous sommes rapprochés de la maison, jusqu’à pénétrer ses murs afin d’essayer d’y entrer. Nous avons senti un changement, il y avait une différence difficilement descriptible, mais que nous pouvions remarquer parce que nos sens les avaient repérés. L’odeur de la vie humaine, le son amoindrit, la réduction de mouvement comparé à l’agitation de l’environnement extérieur, la chaleur autour de notre corps. Nous étions entrés dans le cocon. »

Introduction
La maison d’Émile
En 1998, mes parents achètent la maison d’Émile, une ancienne ferme devenue maison de village, dans la commune de Monnetier-Mornex︎2︎. L’étage a rapidement été réhabilité, moyennant quelques rénovations : électricité, sols, habillage des murs. Ils ont commencé par rénover le circuit électrique, enlevé tout le papier peint comme s’ils changeaient la peau des murs, puis ils ont restauré le plancher du salon. Nous y avons habité pendant sept ans le nouvel espace aménagé avant d’entreprendre la rénovation complète de la maison. En 2005, nous déménageons temporairement dans une petite maison voisine et pendant un an et demi, avec quelques camarades, mon père charpentier reconstruit la maison de la cave jusqu’à la cheminée en passant par la création des lieux communs et des chambres au deuxième étage. Ce dernier étant anciennement le lieu de stockage du foin dans la ferme. Des murs sont tombés impliquant la modification presque intégrale des réseaux d’évacuation des fluides. Des éléments fondamentaux et sécurisant de la toiture ont été changés : charpente et isolation. En 2007, nous avons finalement pu nous installer durablement. Mes parents ont réhabilité une maison, mon père a consolidé notre toit : voici ma première approche de l’habitat. En tant que designer, je garde de cette expérience une sensibilité particulière au milieu de la construction, et en particulier celui de la construction du domicile. Cela me pousse aujourd'hui à considérer notre nid autrement : comme un bien modulable, interchangeable, et par conséquent à m’intéresser au statut d’habitant·e-fabricant·e.
Habiter de « habit »
La maison représente un aspect du grand thème de l’habitation. La notion d’ « habiter » est au cœur de nos sociétés et s’articule autour de son écosystème social et culturel. Elle permet d’explorer les habitudes - de « habit », en latin habitus qui signifie « manière d’être »︎3︎- qui sont les reflets d’une époque, d’une région, d’actualité ou d’adaptation, et qui entretiennent un lien direct avec le monde extérieur et l’environnement. Cet ancrage rassemble donc des ressources sédentaires et vernaculaires qui m’invitent à poursuivre cette étude. Comme le disait Alain Findeli dans Ethics for design (2018), en citant Stéphane Vial avec la notion d’ « Habitabilité du monde », « Le designer doit maintenir ou augmenter l’habitabilité pour les habitants afin d’habiter à l’abri du climat, l’habitabilité de son corps organique et biologique, l'habitabilité psychosociale, avec d’autres, l'habitabilité spirituelle et culturelle, et créer un monde où il fait bon vivre pour s’épanouir. » Cette mission quelque peu rocambolesque relie considérablement le designer à l’espace domestique et lui donne une responsabilité envers la maison. De plus, avant d’exercer sa profession, le·a designer est un·e habitant·e. Si ces notions font instinctivement écho aux domaines de l’architecture : comment loger l’individu ? et plus largement de l’urbanisme : comment loger une société ? Rendre habitable un lieu est l’une des actions évidentes d’un·e designer d’objet. Iel complète ces deux professions en tant qu’ensemblier·e, tout en s’inquiétant des mêmes caractéristiques que l’architecture : la durabilité de l’objet, l’usage et la forme. Iel considère l’habitant·e comme l’usager et s’investit dans une action qui peut aller au-delà de la matérialisation d’un espace. Iel peut considérer cet espace à soi afin d’établir une organisation adaptée individuelle par habitant·e, de transformer, de faire évoluer ou de développer ces habitudes au travers d’objets et tout cela en considérant directement la maison dans son corps structurel.

La Maison d’Émile, Monnetier-Mornex, Scan album de famille, 1998.
︎1︎Charte d’écriture inclusive et marche orthotypographique de La Déferlante.
[En ligne : https://revueladeferlante.fr/wp-content/uploads/2023/03/Charte-La-Deferlante-mars2023.pdf]
︎2︎La commune de Monnetier-Mornex, Google Earth.
[En ligne : https://earth.google.com/web/@46.15242075,6.21466764,769.84423256a,8006.86227324d,35y,-72.00013182h,44.99971248t,0r/data=CkEaPxI5CiUweDQ3OGM3MDU2OTI4ZmQ5NTk6MHgyZjcxYzA5MGRlNzA3NzE4KhBNb25uZXRpZXItTW9ybmV4GAIgAQ ]
︎3︎Le Petit Robert, Alain Rey 2018.
[En ligne : https://revueladeferlante.fr/wp-content/uploads/2023/03/Charte-La-Deferlante-mars2023.pdf]
︎2︎La commune de Monnetier-Mornex, Google Earth.
[En ligne : https://earth.google.com/web/@46.15242075,6.21466764,769.84423256a,8006.86227324d,35y,-72.00013182h,44.99971248t,0r/data=CkEaPxI5CiUweDQ3OGM3MDU2OTI4ZmQ5NTk6MHgyZjcxYzA5MGRlNzA3NzE4KhBNb25uZXRpZXItTW9ybmV4GAIgAQ ]
︎3︎Le Petit Robert, Alain Rey 2018.
1. La maison, un corps structuré
maison
Du lat. ma(n)sionem, accus. de mansio
« séjour, lieu de séjour, habitation, demeure, auberge
(de manere « rester, demeurer », v. manoir)
Casa, proprement « cabane » puis « maison » en lat.
pop. a supplanté le lat. class. domus prov. maison
« ensemble des affaires domestiques, ménage »
︎4︎
domus
DOMUS (οἶκος, οἰκία, et en grec ancien δόμος), une maison.
︎5︎
La structure du squelette
La maison est un édifice durable destiné à l’ensemble des individus sur Terre. Du latin Casa et Domus, elle se réfère à la cabane primitive qui offre un refuge pour l’individu·e et sa famille. Elle est une construction dont l’implantation est ancrée dans un territoire. La construction, en latin constructor ou construere signifie : « Entasser des couches ».︎6︎ Cette notion d’élévation est visible par sa forme traditionnelle en flèche, qui pointe le ciel de sa charpente. Les artisans qui construisent une maison réunissent leur savoir-faire pour édifier un ouvrage supérieur à elleux. Ensemble, ils grandissent. La maison a alors réuni non seulement dans sa fabrication, mais elle réunit aussi dans son intériorité. La maison protège. « La maison est un symbole féminin, avec le sens du refuge, de mère, de protection, de sein maternel. »︎7︎. La maison materne et soigne. « Comme la cité, comme le temple, la maison est au centre du monde, elle est l'image de l’univers. »︎8︎ Son antre permet de développer le « soi » de son habitant·e. D’après Mona Chollet, dans Chez Soi (2016)︎9︎, elle explique que chaque maison représente l’univers de l’individualité qui l’habite - par univers elle entend monde, pensée ou vision. Elle donne l’exemple des maisons d’artistes : « Elles sont le théâtre d’une effusion de l’être ». De l’intérieur comme de l’extérieur, la maison incarne son habitant·e., la façade par exemple illustre son reflet, son apparence externe, la vision qu’autrui porte sur iel. Dans La poétique de l’espace, Gaston Bachelard cite Jules Supervielle dans son écrit Gravitations (1925) : « Trop d'espace nous étouffe beaucoup plus que s'il n'y en avait pas assez. » en parlant de l’intérieur et de l’extérieur︎10︎. L’intérieur de la maison permet une intimité, et celle-ci est limitée par les murs, ce qui rassure son habitant·e. La maison conserve une intériorité singulière et c’est ce qui la rend si fascinante. Elle est le reflet d’une architecture essentielle, développée et actualisée. Elle maintient une fonction primaire qui date du Néolithique (entre -6000 et -2200 av. J.-C.)︎11︎ comme son rôle répond aux besoins primaires de son ou ses habitant·es. L’architecte suisse Philippe Rahm explique dans l’Histoire naturelle de l’architecture (2020)︎12︎, que l’architecture permet aux individus de maintenir sa température corporelle : « Lorsque l’on dit avoir trop froid, ou trop chaud, on évoque une cause extérieure à notre corps, et l‘on tente alors de rendre habitable et confortable le climat extérieur inadéquat en le corrigeant par différentes actions (…). C’est là que se trouve la mission première de l’architecture ». Elle permet également de s’abriter des intempéries extérieures reliées au climat dans lequel elle est implantée. Elle représente un cadre dans le sol, une portion d’espace qui crée une limite entre le dedans et le dehors.

Femme Maison, Louise Bourgeois, 1984.
Imprimé en 1990 à l’Atelier Crommelynck par Piero Crommelynck.
Publié par la Galerie Lelong, Paris.
Le squelette du corps
La structure de la maison représente un squelette solide. La tente Bédouine est un exemple premier d’habitat nomade qui dévoile la forme de la structure essentielle. Plus largement appelées les Bayt, ces tentes, couvertes de cuir, de laine, de poil ou de branchage, sont soutenues par un ensemble de poinçons et de chevrons visibles qui sculptent le toit à l’image d’un chapiteau adapté à son territoire désertique. Ces pré-structures, datant approximativement du VIIe ou VIIIe siècle d’après la poésie bédouine préislamique et quelques récits où intervient la tente, sont les prémisses des piliers et donc de l’installation durable.




La Maison de Jeanne, Aveyron, SARL Architecture Pronaos, 2017.
La ger « maison » en mongole, appelée communément « yourte » est également un exemple d’habitat nomade datant approximativement du XIIIe siècle, pendant l’Empire Mongole. La structure est cette fois-ci visible, mais uniquement de l’intérieur, cachée de l’extérieur par la laine ou le feutre qui sert d’isolant︎13︎. La structure de la maison est un élément composé afin de supporter le poids de la charpente. Elle permet de maintenir la maison debout. Elle comprend une dalle, des murs porteurs et des piliers. Autour de 1421 a été construite la plus ancienne mosquée de l’Afrique de l’Ouest, et plus précisément du Ghana. Elle s'appelle la mosquée de Larabanga et comporte une ossature qui impacte complètement l’apparence de la façade︎14︎. L’une des plus vieilles techniques de construction de maisons retrouvées en France est celle du colombage, également appelée structure à pan de bois. Elle consiste à remplir l’ossature en bois et la charpente de terre, de paille et de chaux ce qui permet de rendre visible la structure apparente. La plus ancienne maison française encore debout aujourd’hui est la Maison de Jeanne. Située dans l’Aveyron, elle date du XIVe siècle︎15︎. Sa pérennité se doit à son squelette en bois qui a été maintenu par ses habitant·es, et qui a soutenu la composition d’éléments indispensables à son usage. Les différentes générations d’habitant·es ont pu développer et adapter leur chez-soi en restaurant continuellement la structure. Lors de la transmission de cette maison, ils ont également hérité d’une action que l’habitant·e peut opérer sur son bien pour le maintenir. Les gestes de l’habitant·e sur son domicile lui permet de le considérer davantage pour ainsi mieux l’habiter.
« Connaître un objet c’est commencer à l’habiter »
︎16︎
︎16︎
︎4︎Maison, Étymologie, CNRTL.
︎5︎MURRAY, John, Un dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Londres, 1863.
︎6︎ DAUZAT, Albert, DUBOIS, Jean, MITTERAN, Henri, Le Nouveau Dictionnaire Étymologique, Larousse, 1964.
︎7︎CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des Symboles, BOUQUINS La collection, 1982.
︎8︎ Dictionnaire des Symboles.
︎9︎ CHOLLET, Mona, Chez Soi, Une odyssée de l’espace domestique, Paris, éd. La Découverte, 2016.
︎10︎ BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Presses Universitaires de France, Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1957.
SUPERVIELLE, Jules, Gravitations, éd. Gallimard, 1925.
︎11︎PAILLET, Patrick, « Qu’est-ce que la Préhistoire ? », Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, Mars 2023.
︎12︎ RAHM, Philippe, Histoire naturelle de l’architecture, Belgique, éd. Pavillon de l’Arsenal, 2020.
︎13︎ CARTWRIGHT, Mark, Yourte, World History Encyclopedia, Septembre 2019.
︎14︎ Ancient Mosques of the Northern Region, Ghana Museum & Monuments Board.
︎15︎ DODO BOUNGUENDZA, Erica, « L’une des plus vieilles maisons de France se trouve en Aveyron », Le Journal Toulousain, Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse, 18 mai 2022.
︎16︎ PONTY, David, « C’est mieux quand ça dure : Prendre soin des objets », Vivons heureux avant la fin du monde, Arte Radio, Juin 2023.
︎5︎MURRAY, John, Un dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Londres, 1863.
︎6︎ DAUZAT, Albert, DUBOIS, Jean, MITTERAN, Henri, Le Nouveau Dictionnaire Étymologique, Larousse, 1964.
︎7︎CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des Symboles, BOUQUINS La collection, 1982.
︎8︎ Dictionnaire des Symboles.
︎9︎ CHOLLET, Mona, Chez Soi, Une odyssée de l’espace domestique, Paris, éd. La Découverte, 2016.
︎10︎ BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, Presses Universitaires de France, Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1957.
SUPERVIELLE, Jules, Gravitations, éd. Gallimard, 1925.
︎11︎PAILLET, Patrick, « Qu’est-ce que la Préhistoire ? », Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, Mars 2023.
︎12︎ RAHM, Philippe, Histoire naturelle de l’architecture, Belgique, éd. Pavillon de l’Arsenal, 2020.
︎13︎ CARTWRIGHT, Mark, Yourte, World History Encyclopedia, Septembre 2019.
︎14︎ Ancient Mosques of the Northern Region, Ghana Museum & Monuments Board.
︎15︎ DODO BOUNGUENDZA, Erica, « L’une des plus vieilles maisons de France se trouve en Aveyron », Le Journal Toulousain, Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse, 18 mai 2022.
︎16︎ PONTY, David, « C’est mieux quand ça dure : Prendre soin des objets », Vivons heureux avant la fin du monde, Arte Radio, Juin 2023.
2. Décomposer la maison
Un squelette composé d’objets
La maison est un corps qui contient des éléments indispensables autour desquelles elle est pensée. Des éléments structuraux la constituent : les fondations - qui indiquent un ancrage au sol et en son territoire -, les murs - qui délimitent l’espace comme un périmètre de propriété et qui cache l’intérieur en protégeant du vent, des intempéries - et le toit - qui abrite et isole en recouvrant l’ensemble de la surface. Des éléments de circulation la complètent : des portes - pour faire circuler les habitant·es -, des fenêtres - pour faire circuler l’air et la lumière venant de l’extérieur -, des escaliers et une cheminée - comme vecteur de chaleur centrifuge.
élément
1. subt. masc.
Substance simple, entrant à titre privilégié dans la
composition de ce qui se rencontre dans la nature.
-
2. fig.
Tout ce qui constitue un milieu dans lequel
l'homme s'épanouit et qui favorise l'expansion
de ses facultés naturelles.
︎17︎
Nous pouvons considérer ces éléments : fondations, murs, toit, cheminée, portes, fenêtres, escaliers comme tels parce qu’ils ne sont ni une structure en soi, ni une partie détachée ; ils sont incorporés, mêlés, associés, intégrés. Ces éléments semblent indissociables parce qu’ils sont reliés pour constituer une structure. La fenêtre est autant ancrée dans un mur que la cheminée est reliée à la toiture. Cette façon de considérer le tout crée une sorte d’image solide et complète de la maison. Elle en devient intouchable. Toutefois, nous pouvons percevoir la maison comme une structure à parties séparables.1. subt. masc.
Substance simple, entrant à titre privilégié dans la
composition de ce qui se rencontre dans la nature.
-
2. fig.
Tout ce qui constitue un milieu dans lequel
l'homme s'épanouit et qui favorise l'expansion
de ses facultés naturelles.
︎17︎


L’artiste américano-coréen Do Ho Suh considère l’espace architectural comme des pièces rattachées les unes aux autres. Dans son installation « 348 West 22nd Street »︎18︎, il distingue par la couleur le rez-de-chaussée de la cage d’escalier, et la cage d’escalier de l’escalier lui-même. L’escalier en rouge comme le cœur de son installation prend toute son importance. Il crée le lien entre le haut et le bas et il emmène avec lui nos yeux de spectateur·es. Cette façon de décortiquer l’habitat implique une considération des éléments qui la composent. Il nous permet de voir la construction de la maison comme des pièces de Lego︎19︎. Léopold Lambert définissait l’habitat comme un « espace modulable »︎20︎. D’une autre manière, c’est ce qu’a réalisé Aurélien Débat dans son exposition interactive « Cabanes »︎21︎. Cet illustrateur français a rassemblé dans une salle plusieurs éléments en cartons et papiers sérigraphiés représentant des branches, des feuilles ou encore des rochers. Il a invité des spectateur·trices - notamment des enfants - à construire leur propre cabane dans cette « nature factice ». Ce projet a permis à la subjectivité de chacun·e de construire une cabane à son image. Cette relation à la forme de la maison peut s’appliquer aux éléments.




L’important architecte américain Frank Lloyd Wright s’est concentré lors de la conception de la maison Pope-Leighey House, en 1940 à Alexandria dans l’État de Virginie, sur les fenêtres-vitraux︎22︎. Attaché à la relation qu'entretient la maison avec la nature, il l’intègre en elle par sa source de lumière. Ces fenêtres ont la particularité de retranscrire à un horaire précis un rayon de lumière comme une horloge lumineuse. Elles viennent ensuite projeter leurs formes contre le mur d’en face. Elles permettent alors aux habitant·es de retrouver l’habitat primitif qui sommeille dans la maison. Le travail de Frank Lloyd Wright nous invite à nous questionner sur ces éléments qui permettent d’habiter différemment. Cette intervention modifie sensiblement la façon dont l’habitant·e considère son foyer. De plus, si l’habitant engage un acte de maintenance subjectif, d’entretien personnel envers cet élément particulier, il peut l’habiter en profondeur et se différencier de son voisin.

Une pièce détachée
« Non seulement le futur occupant d'un logement
ne prend aucune part à la construction,
mais il n'est même pas consulté, remarque Patrick Bouchain :
« Lui a-t-on jamais demandé combien il espérait avoir
d'enfants, si cela lui ferait plaisir que sa mère - ou sa
sœur, ou son frère - n'habite pas trop loin de chez lui ?
Lui a-t-on jamais demandé s'il avait des meubles de
famille auxquels il tenait (malgré leurs dimensions),
ou même seulement s'il avait le vertige ?
Et, pourtant, pendant combien d'années cet habitant
va-t-il rire, pleurer, avoir peur, aimer, élever des enfants,
fêter des anniversaires, réunir des amis dans
cet immeuble qu'aura autorisé à construire le maire,
qu'aura financé le promoteur, qu'aura imaginé l'architecte
et qu'auront réalisé ingénieurs, artisans, ouvriers,
sans que jamais, à aucun moment,
on lui ait demandé son avis ? »
︎23︎
ne prend aucune part à la construction,
mais il n'est même pas consulté, remarque Patrick Bouchain :
« Lui a-t-on jamais demandé combien il espérait avoir
d'enfants, si cela lui ferait plaisir que sa mère - ou sa
sœur, ou son frère - n'habite pas trop loin de chez lui ?
Lui a-t-on jamais demandé s'il avait des meubles de
famille auxquels il tenait (malgré leurs dimensions),
ou même seulement s'il avait le vertige ?
Et, pourtant, pendant combien d'années cet habitant
va-t-il rire, pleurer, avoir peur, aimer, élever des enfants,
fêter des anniversaires, réunir des amis dans
cet immeuble qu'aura autorisé à construire le maire,
qu'aura financé le promoteur, qu'aura imaginé l'architecte
et qu'auront réalisé ingénieurs, artisans, ouvriers,
sans que jamais, à aucun moment,
on lui ait demandé son avis ? »
︎23︎
Les éléments vus comme des parties détachées peuvent amener à déconstruire la maison comme un mythe et à la reconstruire comme un bien modulable, dont l’habitant·e mesure les capacités et dont iel a conscience de son fonctionnement. Les capacités en seraient augmentées. Considérer la structure de la maison comme un ensemble d’éléments modulables︎24︎ signifie qu’elle s’adapte aux besoins qui évoluent. Si chaque élément à la même nature d'objet composé d’une matérialité, d’une fonction et d’une forme, alors la maison devient une composition décomposable avec laquelle l’habitant·e peut interagir. En 1954, le grand architecte et designer français Jean Prouvé a proposé des fenêtres à l’unité, un escalier roulant ou encore des squelettes structuraux destinées à ces maisons démontables.


Aluminium strié et verre, Hôpital De Briançon, France.
« Alors que l’on ne construisait que des immeubles
dont les murs étaient porteurs, j’ai imaginé
des immeubles structurés différemment.
Ils comportaient une structure en métal ou en béton
comme un être humain comporte un squelette,
auquel il fallait ajouter le complément logique
d’un squelette : l’enveloppe.
L’idée était donc de l’envelopper d’une façade légère… »
︎25︎
dont les murs étaient porteurs, j’ai imaginé
des immeubles structurés différemment.
Ils comportaient une structure en métal ou en béton
comme un être humain comporte un squelette,
auquel il fallait ajouter le complément logique
d’un squelette : l’enveloppe.
L’idée était donc de l’envelopper d’une façade légère… »
︎25︎
Cette façon de considérer l’unité plutôt que le tout peut permettre à l’habitant·e d’inclure toutes les parties de la maison, donc de la considérer davantage dans son ensemble. Exactement comme pour un·e designer qui ne peut traiter la question de la maison et de ses enjeux dans sa globalité, mais iel va en revanche pouvoir agir sur un point précis à travers un objet. En 2006, les frères Bouroullec ont par exemple conçu des cloisons modulables, indépendantes et accessibles nommées : « North Times »︎26︎ . Ces parois ludiques qui peuvent faire office de toit ou de murs d’appoint, sont un exemple d’attention portée par le·a designer sur l’un des éléments structurels que pourrait comporter la maison. Si l’habitant·e ne peut ni ne souhaite développer un tel projet autour de la matérialité, la forme, l’isolation, iel peut du moins avoir un accès direct à la nature de ses biens. Iel peut se demander quels murs sont porteurs, quelle est la taille de ses fenêtres ou voit-iel la structure de la charpente au dernier étage ? L’habitant·e pourrait alors interagir avec son propre espace domestique au travers des éléments, mais à une échelle réduite afin d’adapter et de développer davantage son univers. Toutefois, cette démarche peut rapidement dévoiler ses limites lorsque l’on sort de la partie théorique pour la mettre en pratique. Tout d’abord, l’envie de l’habitant·e, mais aussi l’échelle et le degré de connaissance et de savoir-faire le·a limiterait dans son processus d’interaction. Cette approche pourrait nécessiter une aide extérieure, un appel au commun.


« Dessine-moi une maison ! Et l'enfant heureux
pensera à la fumée qui sort de la cheminée. »
︎27︎
pensera à la fumée qui sort de la cheminée. »
︎27︎
Par conséquent, considérant les éléments de la maison comme des objets, nous pouvons rentrer en profondeur dans la notion d’habiter. La maison est un corps maintenu par son squelette structurel et elle offre un dedans délimité par des murs. Elle comprend un cœur : le foyer. Il se situe au centre de la structure de la maison et peut se matérialiser par la cheminée. Cette dernière est l’exemple premier de l’objet indispensable de la maison bien que tout le monde n’en possède. Elle renvoie au statut primitif de l’architecture dont parlait Philippe Rahm à propos de maintenir la température corporelle de son habitant·e︎28︎. Toutefois, elle est automatiquement reliée au toit pour transmettre dans le conduit la chaleur aux étages supérieurs et pour évacuer la fumée. Cette connexion illustre l’objet structurel et de circulation qu'est la cheminée tels des vaisseaux sanguins. Si nous considérons alors que les objets de la maison sont dissociables, cela implique-t-il de les importer une fois la maison construite ou bien de les considérer pendant l’édification ? Dans le cas de la cheminée, il existe des petits poêles sans conduit, mais posséder un poêle n’apporte pas autant de chaleur, c’est l’interaction que nous pouvons porter en tant qu’usager avec ce poêle qui va allumer une flamme. Lorsque j’étais petite, j’observais mes grands-parents lancer le feu dans la cheminée. C’était un rituel qu’ils pratiquaient dès l’automne. Ils m’expliquaient qu’ils installaient dans l’âtre un parcours pour le feu composé de branches, de feuilles de journaux, de coquilles de noix et d’allumettes afin qu’il prenne bien en son centre et qu’il dure. Ce type d’interaction protocolaire, relatif aux maisons de campagne plutôt qu’aux appartements de ville, induit une action, un échange avec l’objet. L’habitant·e-fabricant·e permet alors à la maison de fonctionner et en échange, elle lui offre un abri.
Conclusion
Jusqu’au foyer
Nous nous sommes rapprochés de la maison, jusqu’à pénétrer ses murs afin d’essayer d’y entrer. Nous avons senti un changement, il y avait une différence difficilement descriptible, mais que nous pouvions remarquer parce que nos sens les avaient repérés. L’odeur de la vie humaine, le son amoindrit, la réduction de mouvement comparé à l’agitation de l’environnement extérieur, la chaleur autour de notre corps. Nous étions entrés dans le cocon. Nous avons essayé de nous rapprocher du centre, de son foyer. Nous l’avons trouvé grâce au bruit du crépitement et à la lumière qui progressivement éclairait notre chemin. Le feu dansait et la maison était vivante.
L’habitant·e-fabricant·e
Les objets, membres du corps de la maison, sont des entités à considérer. L’entité la plus vivante et primaire parmi eux est la cheminée. Elle rapproche la notion de foyer en tant que cœur du feu et le cœur d’une maison. Le feu étant un élément naturel, il se rapporte aux éléments de la maison. Le foyer est synonyme de l’action humaine parce qu’il doit constamment être alimenté. Il implique forcément l’habitant·e-fabricant·e. Comme évoqué par l’expérience de la maison de Mornex réhabilitée par mes parents, le statut d’habitant·e-fabricant·e induit une meilleure compréhension de son espace domestique parce qu’iel interagit avec lui par ces objets, parce qu’iel lui porte une attention, qu’iel le rend vivant, iel habitera profondément. Ces objets forment finalement un ensemble de témoins de la maison. Ils nous indiquent un environnement adapté à l’individu. Ils relatent notre manière d’habiter, ils sont des signes d’habitabilité.
︎17︎ Élément. Lexicographie, CNRTL.
︎18︎ DO HO SUH, 348 West 22nd Street, Apt. A, Corridor and Staircase, New York NY 10011, USA, Perfect Home, Polyester tissu, armature en métal, Apt., 254 x 430 x 690 cm, 254 x 168 x 1240 cm, 21 Century Museum of Contemporary Art, Kanazawa, Japon, 23 Novembre 2012 - 17 Mars 2013.
︎19︎Lego, jeu.
︎20︎ LAMBERT, Léopold, La Déferlante, « Lieux de vie, lieux de luttes ? », 21 septembre 2023, La Gaîté Lyrique, Paris.
︎21︎ DÉBAT, Aurélien, « Cabanes », Studio Fotokino, Marseille, 7 - 22 Novembre 2015.
︎22︎ LLOYD WRIGHT, Frank, Pope-Leighey House, 9000 Richmond Highway, 1940.
︎23︎CHOLLET, Mona, Chez Soi.
BOUCHAIN, Patrick, DOR, Édouard, « La conception, un abri pour la démocratie », éd. La Découverte, Paris, 2016.
︎24︎Modulable, Lexicographie, CNRTL.
︎25︎ PROUVÉ, Jean, Galerie Patrick Seguin, Paris.
︎26︎ THÉBAUD Sylvie, Parois ludiques, AD Magazine, Fév. Mar. 2007.
︎27︎ ONIMUS, Jean, La maison corps et âme, Essais sur la poésie domestique, PUF Écriture, 1992.
︎28︎ RAHM, Philippe, Histoire naturelle de l’architecture, 2020.
︎18︎ DO HO SUH, 348 West 22nd Street, Apt. A, Corridor and Staircase, New York NY 10011, USA, Perfect Home, Polyester tissu, armature en métal, Apt., 254 x 430 x 690 cm, 254 x 168 x 1240 cm, 21 Century Museum of Contemporary Art, Kanazawa, Japon, 23 Novembre 2012 - 17 Mars 2013.
︎19︎Lego, jeu.
︎20︎ LAMBERT, Léopold, La Déferlante, « Lieux de vie, lieux de luttes ? », 21 septembre 2023, La Gaîté Lyrique, Paris.
︎21︎ DÉBAT, Aurélien, « Cabanes », Studio Fotokino, Marseille, 7 - 22 Novembre 2015.
︎22︎ LLOYD WRIGHT, Frank, Pope-Leighey House, 9000 Richmond Highway, 1940.
︎23︎CHOLLET, Mona, Chez Soi.
BOUCHAIN, Patrick, DOR, Édouard, « La conception, un abri pour la démocratie », éd. La Découverte, Paris, 2016.
︎24︎Modulable, Lexicographie, CNRTL.
︎25︎ PROUVÉ, Jean, Galerie Patrick Seguin, Paris.
︎26︎ THÉBAUD Sylvie, Parois ludiques, AD Magazine, Fév. Mar. 2007.
︎27︎ ONIMUS, Jean, La maison corps et âme, Essais sur la poésie domestique, PUF Écriture, 1992.
︎28︎ RAHM, Philippe, Histoire naturelle de l’architecture, 2020.
Bibliographie
︎Ouvrages & articles
BACHELARD, Gaston, La poétique de l’espace, éd. Presses Universitaires de France, Paris, PUF, 1957.
CHOLLET, Mona, Chez Soi, Une odyssée de l’espace domestique, Paris, éd. La Découverte, 2016.
ONIMUS, Jean, La maison corps et âme, Essais sur la poésie domestique, éd. PUF Écriture, 1992.
PEREC, Georges, Les Choses, éd. 10|18, Paris, 1965.
POE, Edgar Allan, Philosophie de l’ameublement, éd. Casimiro, Espagne, 2018.
RAHM, Philippe, Histoire naturelle de l’architecture, Belgique éd. Pavillon de l’Arsenal, 2020.
SUPERVIELLE, Jules, Gravitations, 1925.
︎Dictionnaires
CHEVALIER, Jean, GHEERBRANT, Alain, Dictionnaire des Symboles, BOUQUINS La collection, 1982.
DAUZAT, Albert, DUBOIS, Jean, MITTERAN, Henri, Le Nouveau Dictionnaire Étymologique, Larousse, 1964.
MURRAY, John, Un dictionnaire des antiquités grecques et romaines, Londres, 1875.
REY, Alain, Le Petit Robert, 2018.
︎Presse
« Atlas des migrations », Courrier International, Hors-Série, Août-Septembre 2023.
THÉBAUD Sylvie, Parois ludiques, AD Magazine, Fév. Mar. 2007.
︎Conférences
LAMBERT, Léopold, La Déferlante, « Lieux de vie, Lieux de luttes ? », La Gaîté Lyrique, Paris, 21 septembre 2023.
︎Podcasts
« Habiter, demeurer, se loger », 5 épisodes, Matières à penser, France Culture, septembre 2019.
« Chez nous, Chacun cherche son chez soi », 4 épisodes, LSD (La Série Documentaire), France Culture, Février 2023.
PONTY, David, « C’est mieux quand ça dure : Prendre soin des objets », Vivons heureux avant la fin du monde, Arte Radio, Juin 2023.
︎Vidéo
FINDELI, Alain, Ethics for design, 2018.
[En ligne : https://ethicsfordesign.com/fr]
︎Sites
Ancient Mosques of the Northern Region, Ghana Museum & Monuments Board.
[En ligne : https://www.ghanamuseums.org/ancient-mosques.php]
CARTWRIGHT, Mark, Yourte, World History Encyclopedia, Septembre 2019.
[En ligne : https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-18474/yourte/#:~:text=Définition&text=Une yourte (ger en mongol,avant les premiers documents écrits.]
DÉBAT, Aurélien, « Cabanes », Studio Fotokino, Marseille, 7 - 22 Novembre 2015.
[En ligne : https://fotokino.org/agenda/aurelien-debat/]
DODO BOUNGUENDZA, Erica, « L’une des plus vieilles maisons de France se trouve en Aveyron », Le Journal Toulousain, Institut Supérieur de Journalisme de Toulouse, 18 mai 2022.
[En ligne : https://www.lejournaltoulousain.fr/occitanie/aveyron/culture-aveyron/vieilles-maisons-france-aveyron-166766/]
DO HO SUH, 348 West 22nd Street, Apt. A, Corridor and Staircase, New York NY 10011, USA, Perfect Home, Polyester tissu, armature en métal, Apt., 254 x 430 x 690 cm, 254 x 168 x 1240 cm, 21 Century Museum of Contemporary Art, Kanazawa, Japon, 23 Novembre 2012 - 17 Mars 2013.
[En ligne : https://www.victoria-miro.com/artists/188-do-ho-suh/works/image2337/]
FAHD, Toufy, La Tente Bédouine, Persée, 1976.
[En ligne : https://www.persee.fr/doc/ktema_0221-5896_1976_num_1_1_1774]
Le site du CNRTL.
[En ligne : https://www.cnrtl.fr/]
LLOYD WRIGHT, Frank, Pope-Leighey House, 9000 Richmond Highway, 1940.
[En ligne : https://franklloydwright.org/site/pope-leighey-house/]
Monnetier-Mornex, Google Earth.
[En ligne :
https://earth.google.com/web/@46.15242075,6.21466764,769.84423256a,8006.86227324d,35y,-72.00013182h,44.99971248t,0r/data=CkEaPxI5CiUweDQ3OGM3MDU2OTI4ZmQ5NTk6MHgyZjcxYzA5MGRlNzA3NzE4KhBNb25uZXRpZXItTW9ybmV4GAIgAQ]
PAILLET, Patrick, « Qu’est-ce que la Préhistoire ? », Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, Mars 2023.
[En ligne : https://www.mnhn.fr/fr/qu-est-ce-que-la-prehistoire#:~:text=En triant les objets qu,et l'âge du Fer.]
PROUVÉ, Jean, Galerie Patrick Seguin, Paris.
[En ligne : https://www.patrickseguin.com/fr/jean-prouve-panneaux-de-facade/]
Contact ︎
︎ margot.dumont4350@gmail.com
︎@margueritedmt
Le projet de diplôme ︎
La Foyère
Le feu a progressivement déserté les foyers en raison des progrès techniques, des normes de sécurité et de pollution de l’air. Se sont enfuis avec lui les gestes actifs de l’habitant·e qui permettent de l’allumer et de l’alimenter au sein de son espace domestique.
La Foyère est un vestige du feu. Elle s’installe au sein d’un habitat qui n’est pas prévu pour accueillir un foyer. Elle invite les habitant·es à retrouver la maîtrise du feu domestiqué et à se réunir autour et sur elle comme un lieu stratégique. Inspirée de la techniques des poêles en faïences, La Foyère est composée d’une céramique qui lui permet une inertie importante et une durabilité de par ses propriétés de rénovation. Grâce à l’alliance des savoir- faire de céramistes et de poêlier·es, La Foyère s’adaptera à son habitat par la modularité que permet son système de carreaux.


Composition_3, Marguerite Dumont, 2023.

Composition_4, Marguerite Dumont, 2023.

