Eva Sfendourakis
Le murmure des vestiges
S'inspirant d'un héritage culturel personnel lié à la civilisation minoenne, il s’agit, au fil de ces trois articles, d’explorer les liens potentiels entre design et archéologie.
Présentés sous forme de bulletins archéologiques, ces articles proposent une lecture contemporaine des vestiges. En se détachant de la fonction initiale de ces artefacts, la voie s'ouvre à de nouveaux imaginaires.
L'interrogation se concentre, dans un premier temps, sur le concept de "matriarcat" à travers les objets de culte de la déesse mère. La mise en lumière des vestiges en tant que témoins temporels suscite, par la suite, des réflexions sur la charge symbolique et son intégration dans des projets de design contemporain. Enfin, l'exploration des diverses approches conduit à de nouvelles interprétations des vestiges suggérant une perspective interdisciplinaire prometteuse entre design et archéologie.
1/3 : Objets d’un matriarcat
︎ Octobre 2023
2/3 : Héritage Fragmenté
︎ Novembre 2023
3/3 : Formes Orphelines
︎ Décembre 2023
Article 1
Objets d’un matriarcat
Cet article explore le concept de "matriarcat" à travers les artefacts des civilisations minoennes, questionnant l'influence de notre vision contemporaine sur l'interprétation de ces vestiges. En adoptant une approche conjointe de designer et d'archéologue, le texte dresse un répertoire archéologique qui met en lumière la transformation d'un héritage culturel en un corpus matériel riche d'imaginaire, de mythes et de techniques. Cette approche fait émerger des liens entre archéologie et création.
Image extraite du Documentaire Zakros, Filippos Koutsaftis, 2023
Là où les montagnes se fondent dans les vagues et où les sociétés passées s'entrelacent avec celles du présent: Zakros; village crétois où j’ai grandi.
Depuis mon enfance, en suivant le chemin qui mène à la plage la plus reculée, je suis attirée par la maison des archéologues qui viennent chaque année, de manière presque religieuse, recomposer des puzzles avec des fragments d'histoire retrouvées.
Non loin de là, les ruines d’un palais d’une civilisation aujourd’hui évanouie: les Minoens.
Baignant dans ce climat archéologique, j’ai voulu en comprendre les enjeux.
En 2021, je franchis les portes de cette maison rêvée.
Je m'immisce dans un univers fait d’artefacts auxquels je suis totalement étrangère; j’y découvre le terme de “matriarcat”: il constitue l’amorce de ma réflexion.
Au début du XXIème siècle le droit des femmes et les inégalités de genre sont au centre du débat public: l’archéologie n’y déroge pas ︎1︎.
De nouveaux courants archéologiques émergent sous l’impulsion de la deuxième vague féministe de 1980. Ils offrent un autre regard sur les fouilles avec pour théorie un matriarcat primitif porté par l’idée d’une déesse originelle ︎2︎ .
C'est le lien étroit entre une hypothèse du passé et une perspective contemporaine qui a suscité notre curiosité en tant que designers en devenir: objets d’histoires, histoire d’objets et objets à venir. Un fil conducteur qui relie le passé au présent.
Un mot à la définition qui fait débat: entre domination féminine, approche égalitaire ou encore mythe utopiste; quelle est la véritable nature du matriarcat? Que peut-il nous apprendre sur les sociétés passées et sur les perspectives futures?
Le matriarcat est une chimère dont la définition effectue un glissement sémantique. Dans le domaine de l'archéologie, c'est à travers la multiplication des représentations des femmes que la question du matriarcat émerge. Il questionne la visibilité de la femme et sa place dans la société. C’est ce point que l'on va traiter sous le prisme de la déesse mère dans la civilisation minoenne, une société dite matriarcale.
On choisit de dresser un bulletin archéologique et de faire parler les artefacts minoens en adoptant notre regard de designers sur l’archéologie.
Depuis mon enfance, en suivant le chemin qui mène à la plage la plus reculée, je suis attirée par la maison des archéologues qui viennent chaque année, de manière presque religieuse, recomposer des puzzles avec des fragments d'histoire retrouvées.
Non loin de là, les ruines d’un palais d’une civilisation aujourd’hui évanouie: les Minoens.
Baignant dans ce climat archéologique, j’ai voulu en comprendre les enjeux.
En 2021, je franchis les portes de cette maison rêvée.
Je m'immisce dans un univers fait d’artefacts auxquels je suis totalement étrangère; j’y découvre le terme de “matriarcat”: il constitue l’amorce de ma réflexion.
Au début du XXIème siècle le droit des femmes et les inégalités de genre sont au centre du débat public: l’archéologie n’y déroge pas ︎1︎.
De nouveaux courants archéologiques émergent sous l’impulsion de la deuxième vague féministe de 1980. Ils offrent un autre regard sur les fouilles avec pour théorie un matriarcat primitif porté par l’idée d’une déesse originelle ︎2︎ .
C'est le lien étroit entre une hypothèse du passé et une perspective contemporaine qui a suscité notre curiosité en tant que designers en devenir: objets d’histoires, histoire d’objets et objets à venir. Un fil conducteur qui relie le passé au présent.
Un mot à la définition qui fait débat: entre domination féminine, approche égalitaire ou encore mythe utopiste; quelle est la véritable nature du matriarcat? Que peut-il nous apprendre sur les sociétés passées et sur les perspectives futures?
Le matriarcat est une chimère dont la définition effectue un glissement sémantique. Dans le domaine de l'archéologie, c'est à travers la multiplication des représentations des femmes que la question du matriarcat émerge. Il questionne la visibilité de la femme et sa place dans la société. C’est ce point que l'on va traiter sous le prisme de la déesse mère dans la civilisation minoenne, une société dite matriarcale.
On choisit de dresser un bulletin archéologique et de faire parler les artefacts minoens en adoptant notre regard de designers sur l’archéologie.
︎1︎AUGEREAU Anne et DARMANGEAT Christophe ( sous la dir.), Aux origines du genre, Paris, PUF, 2022
︎2︎PATOU-MATHIS Marylène, L’homme préhistorique est aussi une femme, Paris,Points, 2022
︎2︎PATOU-MATHIS Marylène, L’homme préhistorique est aussi une femme, Paris,Points, 2022
1. Mère Cosmique
Prémisse d’une idéologie: la religion et le culteProvenance: Crète, Herakleion, trouvé dans un sanctuaire de maison
Période: 1600 av. J.C
Matériaux: Argile
Figurine à caractère religieux
Naissance d’une croyance et d’une civilisation
Depuis la période néolithique, les fouilles archéologiques en Crète exhument des figurines représentant des femmes à la poitrine découverte. Parmi elles, la déesse aux serpents bras ouverts, poitrine exposée, serpents en mains. Elle ne révèle pas un passé disparu mais l’énigme de son existence dont l’archéologue se doit de reconstituer la signification.
Pour la préhistorienne Marija Gimbutas, cet artefact fait partie d’un ensemble plus important, porté sur la représentation de la Grande Déesse ︎3︎ .
Elle constitue les prémices de la pensée féministe qui, partant d'un postulat évolutionniste, considère la déesse mère comme preuve d'un matriarcat primitif ︎4︎ .
Chez les Minoens, elle est à l'origine universelle de la cosmogonie : mère de la nature et de la fertilité.
Nous sommes à la fin du troisième millénaire avant J.-C., la civilisation minoenne voit le jour sur l’île de Crète. Elle est considérée comme l'une des civilisations antiques les plus avancées, se distinguant par sa maîtrise de la navigation, son architecture remarquable et son artisanat très développé ︎5︎ . Marquée par l’importance de la religion, les villes et palais minoens s’articulent autour de celle-ci.
Pour l’historienne Riane Eisler : « là où les religions sont centrées sur la Déesse, les sociétés tendent à avoir un ordre social centré sur les femmes » ︎6︎ . Les fresques et les faïences des palais en témoignent.
Visibilité de la femme et articulation de la société
Les premières fouilles archéologiques réalisées en 1878 par Minos Kalokairinos, suivies d'Alexander John Evans 35 ans plus tard, ont révélé une prédominance de la représentation des femmes sur les fresques et autres artefacts retrouvés. Mêlant rituel religieux et nature, dans les grandes et petites peintures murales, sur les vases, les coupes, les sceaux, les bagues, les bijoux et les statuettes. La divinité était fondamentalement comprise comme une femme, sans aucun équivalent masculin ︎7︎ .
La déesse y est représentée sous différentes formes et activités, chacune mettant en avant l'une de ses spécificités (la déesse mère avec l'enfant, la protectrice des maisons avec ses serpents, la créatrice de nature avec ses cruches etc…).
Outre la manifestation de la déesse, la femme trouve une place particulière au sein de ses représentations. Les Minoens attachent de l’importance aux détails de cette dernière et semblent esquisser les hommes plus sommairement. Elles sont femmes prêtresses, administratrices, artisanes.
La plupart des représentations sont retrouvées dans les palais et sont donc des marqueurs d’une classe sociale élevée, au plus près du roi et des célébrations religieuses.
Seules les cérémonies semblent déroger à cette règle: les femmes de tous milieux s’y rassemblent dans des danses rituelles alors que les hommes ne sont que spectateurs ︎8︎ .

A: Fragment de fresque “ la Parisienne”, fin de la période palatiale, (1400-1350 av. J.C)
B: Libation en forme de femme, Fourni Arachnes, période palatiale (22000-1800 av. J.C)
C/D: Figurine de femme, trouvé dans un tombeau à Knossos, période palatiale (1450-1400 av. J.C)
E:“ kourotrophos” figurine de femme portant un enfant. Tombe de Knossos, période palatiale ( 1450-1400 av. JC)
F: deuxième figurine de la déesse au serpents. Sanctuaire du palais de Knossos, période néopalatiale (1600 av. J.C)
G: Fragment de fresque “ Sacred Grove or Dance Fresco”, palais de Knossos, (1400-1350 av. J.C)
Culte inspirateur d’objets
Ces lieux aux rites opulents ont laissé le temps couvrir leurs traces.
Enfouis sous terre, les objets marqueurs d’un culte n'attendent qu’à être révélés.
Ces vestiges constituent des archives, un document de mémoire bien plus que d’histoire. Ils sont le symbole de croyances, de mythes et de partage.
Ces artefacts, de par leur symétrie, l’équilibre visuel qui s’en dégage et leurs nombreux détails créent un répertoire formel envoûtant.
La croyance en la Déesse mère inspire les artisans les plus expérimentés qui s’adonnent aux travaux de la pierre, du bronze et de l’argile.
Ils sont objets d’offrandes ou de rites funéraires, logés dans les temples, les tombes et les maisons. Ils reflètent leur mode de vie et la place importante de la mort.
Leur croyance oriente la création de nouveaux objets aux usages multiples et incertains:
- Kernoi: plat en pierre ou en argile
- Rhyton: vase en forme de cône en argile ou métal utilisé pour les liquides
- Figurine: humains , animaux, oiseaux: tous symboles d’une fonction de la déesse ︎9︎ .
Ce corpus artefactuel témoigne d’une sensibilité technique riche et de l’artisanat au service d’un culte.
C’est par la femme en tant qu’entité cosmique que ces objets son nés.
Objets d’offrande en pierre, Tombe de Mochlos, période prépalatiale (2500-2000 av. J.C)
RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, The archaeological museum of Herakleion, Herakleion, Archaiologikon Mouseion Herakleiou, 2005
︎3︎GIMBUTAS Marija, Le langage de déesse, Paris, Des femmes Antoinette Fouque, 2006
︎4︎Gould, Davis, Reed et Stone sont devenues les pionnières de la thèse matriarcale contemporaine. Elles suivent le schéma évolutionniste établi par Bachofen, caractérisé par trois stades successifs des sociétés : la sauvagerie, la barbarie et la civilisation. Le matriarcat s'intègre dans la "sauvagerie":
︎5︎LEDUC Claudine, “ Claudine COHEN, La femme des origines: Images de la femme dans la préhistoire occidentale”, in Clio, vol 23, 2006, p. 343-346
︎6︎RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, The archaeological museum of Herakleion, Herakleion, Archaiologikon Mouseion Herakleiou, 2005
︎7︎ EISLER Riane, The Chalice and the Blade: Our History, Our Future, Harper Collins, 1987
︎8︎ GOETTNER- ABENDROTH Heide, Matriarchal Societies of the Past, Peter Lang, 2022, p. 374-398
︎9︎ RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, op.cit.
︎4︎Gould, Davis, Reed et Stone sont devenues les pionnières de la thèse matriarcale contemporaine. Elles suivent le schéma évolutionniste établi par Bachofen, caractérisé par trois stades successifs des sociétés : la sauvagerie, la barbarie et la civilisation. Le matriarcat s'intègre dans la "sauvagerie":
︎5︎LEDUC Claudine, “ Claudine COHEN, La femme des origines: Images de la femme dans la préhistoire occidentale”, in Clio, vol 23, 2006, p. 343-346
︎6︎RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, The archaeological museum of Herakleion, Herakleion, Archaiologikon Mouseion Herakleiou, 2005
︎7︎ EISLER Riane, The Chalice and the Blade: Our History, Our Future, Harper Collins, 1987
︎8︎ GOETTNER- ABENDROTH Heide, Matriarchal Societies of the Past, Peter Lang, 2022, p. 374-398
︎9︎ RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, op.cit.
2. Mère Nature
Construction d’un mode de vie agraireProvenance: Crète, Haghia Triada, quartier seigneurial du nord-ouest du Palais
Période: 1500 av. J.C
Matériaux: Stéatite noir
Rython: objet utilisé lors des cérémonies religieuses et libations
Approche holistique de la nature
Ce vase à la forme symétrique et au bas-relief complexe dépeint une scène religieuse liée à l’agriculture. Deux à deux, les moissonneurs rentrant des champs portent sur leurs épaules faucilles, fléaux et autres instruments de coupe.
Ils sont accompagnés d’un guide aux cheveux longs qui semble représenter une figure religieuse. Cette scène est décrite par les archéologues comme étant une action de grâce faite après la moisson pour remercier la Mère Nature.
“Belle et fertile au dessus de la mer noire,
Une terre se trouve, qui fait appel à la Crète,
Des sauces des vagues de chaque partie tirées”︎10 ︎.
Si la Grande Déesse est à l’origine de la cosmogonie alors la nature est son incarnation.
La région entière de Crète était jonchée de sites et symboles religieux, indiquant que toute l’île était considérée comme un espace sacré par les Minoens ︎11 ︎ .
Les animaux, les plantes et certains éléments du paysage étaient envisagés comme étant son épiphanie.
La grande déesse se manifeste sous forme humaine à travers Myrtho accompagnée de sa cruche, symbole de vie par l’eau et de Déméter, déesse de l’agriculture et de la moisson.
Ces représentations sacralisent la nature. Elle est considérée de manière holistique. Elle est vénérée et écoutée. Les minoens vivent en symbiose avec elle.
Bague en or représentant l'épiphanie ainsi qu’une danse extatique dans un champ de fleurs, Tombe à Isopata, Knossos, période Néopalatiale (1600 av. J.C)
RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, The archaeological museum of Herakleion, Herakleion, Archaiologikon Mouseion Herakleiou, 2005
Le culte comme philosophie agraire
Considérer que la grande déesse fait partie intégrante de la nature incite les Minoens à produire différemment. Soucieux de leur environnement, ils conçoivent la nature dans son entièreté en tenant compte de l’influence des astres, du mouvement de la lune sur les marées et les récoltes︎12 ︎ .
Ils perfectionnent les outils du Néolithique en utilisant des métaux tels que le cuivre ou le bronze, marqueurs de l’âge de bronze, qui les rendent plus résistants.
Ces avancées technologiques ouvrent de nouvelles possibilités de productions agricoles et s'étendent à la confection de liquides tels que l’huile et le vin.
Avec leurs outils, ils développent une panoplie d'objets et de mécanismes, afin de moudre, écraser, verser, conserver.
Leurs récoltes servent d’offrande, de monnaie d’échange durant leur explorations maritimes et de denrées alimentaires ︎13 ︎ .
Les arbres plantés jadis, s’érigent encore aujourd’hui sur la terre aride de Crète.
Les croyances inculquées par la déesse Déméter perdurent encore dans la manière de produire de l'agriculteur crétois. Au cours d’une conversation avec mon père concernant sa production d’olives à Zakros, il explique :
“La lune est un réel outil pour l’agriculture; c’est elle qui rythme la production.
Lorsqu’elle est croissante, c’est le moment idéal pour planter. Les oliviers poussent plus vite et sont plus vigoureux. Lorsqu’elle est décroissante, la sève descend dans les racines: c’est le moment de tailler les branches de l’arbre.
C’est un savoir transmis depuis des millénaires. Aujourd’hui la plupart des gens l’ont oublié.”︎14 ︎.
1. Outils Minoen pour l’agriculture et la pêche, Haghia Triada, Palaikastro, Kato Zakros, période poste palatiale ( 1600-1300 av. J.C)
2. Myrte. Bassin en terre cuite avec robinet, période palatiale (22000-1800 av. J.C)
Culte de femme - culture d’homme ?
Le rôle des femmes dans la vision religieuse des Minoens plaide donc de manière convaincante en faveur d’une société matriarcale à l’âge du bronze. Mais qu'en est-il des femmes citoyennes, des femmes éloignées des palais ? Et celles impliquées dans l’agriculture ?
Faute de preuve matérielle, il est difficile d’attribuer un genre à une fonction.
Certains archéologues se perdent en conjectures, puisant leurs hypothèses en comparaison avec des pays ou sociétés aux pratiques similaires.
Dans son article “Woman's art man’s craft?”, l’archéologue Katerina Kopaka met en avant la familiarité interrompue des femmes avec le monde naturel ︎15 ︎.
De la Mère Nature, en passant par les sorcières jusqu'à la Crétoise d’aujourd’hui, toutes semblent avoir une connaissance et un lien particulier avec les plantes.
Pour l’archéologue, elles seraient à l’origine du jardinage et des outillages du Néolithique, d'où découleraient les outils agricoles des Minoens.
Cette théorie reste spéculative. Le temps s’est écoulé et a emporté avec lui les preuves périssables de son passé.
Aujourd’hui, du haut de leur montagne, les Crétoises se courbent face à la sauge sauvage, à l’origan ou au sideritis. Miroir d’un passé ou image d’un présent? Ces incertitudes jettent des zones d’ombre sur la théorie utopiste des féministes : un matriarcat passé pour un matriarcat futur.
︎10
︎
HOMÈRE, L’Odyssée, Paris, Ecole des Loisirs, 2018, versets 212-219
︎11 ︎ GOETTNER- ABENDROTH Heide, op. cit., p. 374-398
︎12 ︎ VILLARD Pierre, The Beginning of the Iron Age: invention of ironwork and its consequences, Londre, A.H Dani et J.P Mohan, 1996, p 395-448
︎13 ︎ KOPAKA Katerina, “Σύντομο ιστορικό της αρχαιολογικής έρευνας για το λάδι και το κρασί στη μινωική Kρήτη”, in Αριαδνη, volume 10, 2005 , p.10-38
︎14 ︎ SFENDOURAKIS GEORGIOS, entretien avec mon père agriculteur, 15 Août 2023
︎15 ︎ KOPAKA Katerina, “Women's arts - Men's crafts? Towards an approach of gender skills in the prehistoric Aegean”, in TEXNH, Craftsmen, Craftswomen and Craftsmanship in the Aegean Bronze Age,1997, p. 521-531
︎11 ︎ GOETTNER- ABENDROTH Heide, op. cit., p. 374-398
︎12 ︎ VILLARD Pierre, The Beginning of the Iron Age: invention of ironwork and its consequences, Londre, A.H Dani et J.P Mohan, 1996, p 395-448
︎13 ︎ KOPAKA Katerina, “Σύντομο ιστορικό της αρχαιολογικής έρευνας για το λάδι και το κρασί στη μινωική Kρήτη”, in Αριαδνη, volume 10, 2005 , p.10-38
︎14 ︎ SFENDOURAKIS GEORGIOS, entretien avec mon père agriculteur, 15 Août 2023
︎15 ︎ KOPAKA Katerina, “Women's arts - Men's crafts? Towards an approach of gender skills in the prehistoric Aegean”, in TEXNH, Craftsmen, Craftswomen and Craftsmanship in the Aegean Bronze Age,1997, p. 521-531
3. Mère Parturiente
Matriarcat ou croyance utopiste“Rituel et enfantement.”
Provenance: Crète, Grotte d’Itanos
Période: entre la période post-palatiale et la période protogéométrique: -1050 à -850 av. J.C
Matériaux: Céramique
Bol comportant deux figurines: objet rituel
Rituel et enfantement
Ces figures enlacées dans un vase dépeignent une scène d'accouchement. L'une, enceinte, en position assise, est prête à enfanter. L'autre, dans son dos, prend la fonction de sage-femme à travers la personification de la grande déesse, représentée ici par Ilithyie.
« Comme une femme en plein travail souffre du trait cruel
Que lui décochent tout à tour les sombres Ilithyies» ︎16 ︎ .
Que lui décochent tout à tour les sombres Ilithyies» ︎16 ︎ .
Ilithyie est la déesse des accouchements, elle prend place dans la civilisation et éduque celles que nous appellerons plus tard “sage-femmes” ︎17 ︎ .
La grotte d’Itanos est le sanctuaire le plus important dédié à cette déesse. Des pratiques cultuelles s'y sont déroulées depuis le début de la période minoenne jusqu’à l’époque romaine. Plus de 2000 objets ont été retrouvés sur le site malgré les pillages post-palatiaux ︎18 ︎ .

Petit échantillon de poterie datant de la période Protopalatiale et Néopalatiale, Grotte d’Itanos, Crète
Photo Y. Papadakis-Ploumidis.
Objets d'or et d'argent,objets plus modestes, objets venus d’ailleurs. Ces pluralités d’artefacts témoignent des visites effectuées tant par des membres de l'élite que par des habitants moins fortunés.
Pourtant ce sanctuaire constitue une exception : bien que la maternité soit évidente et universelle, elle laisse peu de traces dans les archives archéologiques, en particulier dans les domaines préhistoriques ︎19 ︎ .
La fertilité se manifeste à travers des figurines à la poitrine exposée, placées dans les maisons, les sanctuaires ou les champs, symbolisant un vœu à la déesse mère. Cette fertilité, ici, concerne à la fois les terres et les femmes.
Alors, quelle était la place des mères minoennes ? Comment cette place se traduisait-elle dans la société ?
Mère Invisible
Le matriarcat prend ses racines du latin : mater, signifiant « mère », mettant ainsi en évidence l’importance de cette dernière. Johann Jakob Bachofen est l'un des premiers à évoquer l'idée d'un matriarcat ; il parle alors de « droit maternel» ︎20 ︎ .
Il le qualifie comme étant une partie inhérente de la civilisation préhistorique: une société où la mère est respectée ︎21 ︎ .
Pourtant, en analysant les fresques et les artefacts qu'ils ont laissés derrière eux, les mères semblent n'avoir jamais existé. Ils dépeignent des femmes blanches et sveltes aux habits détaillés et aux cheveux tressés. Elles sont prêtresses, administratrices, danseuses, tisserandes, artisanes... Mais sont-elles mères ?
Rares sont les artefacts liés à la maternité. On les retrouve loin des villes, en haut des montagnes ou au fond des grottes. Leur localisation témoigne d'un tabou, obligeant les femmes à accoucher à l'abri des regards.
Pour l'archéologue Katerina Kopaka, bien que la société minoenne soit une civilisation centrée sur les femmes, elle témoigne d'un mépris à l'égard de la grossesse et de la maternité. Cela crée un grand paradoxe pour la culture minoenne de la Déesse Mère fertile, considérée comme matriarcale ︎22 ︎ .
1. Intérieur de la Grotte d’Itanos en 1962, Photo par Kanta et Davaras
2. A: Rhyton from Chondros Viannou, période Néopalatiale
B: rhyton de Gournia, h. 18 cm, période Néopalatiale
C: Partie genital de femme en travaille, Petsophas. Crete, c. 2000–1600 av. J.C
Mère Foyer
Le peu d’informations connues sur la maternité questionne la place de la femme en dehors de son importance au sein de la religion. Car si cette dernière est portée par la déesse mère, le dirigeant des minoens reste le roi Minos, un homme considéré comme son représentant sur terre. Hormis le phénomène religieux, comment s’organisent la société et la maternité?
Pour l’historienne Riane Eisler “ les religions dans lesquelles la divinité la plus puissante est une femme ont tendance à refléter un ordre social dans lequel la descendance est matrilinéaire ( ascendant maternelle) et le domicile est également matrilocal (le mari va vivre avec la famille ou le clan de sa femme) ︎23 ︎ .”
Les premières fouilles réalisées dans les maisons situées autour des palais et dans les montagnes, vont révéler une quantité importante de vestiges liés aux tâches domestiques: vaisselle, pots, vases…
L’archéologue Adam Evans présuppose une structure familiale clanique car ces maisons sont très spacieuses. Cette hypothèse corrobore celle de Riane Eisler qui parle d’indicateur de potentielle matrilocalité.
Cette structure modèle la société tant dans son mode de vie que par la place que prend la femme et la mère au sein de celle-ci.
Si, selon les féministes, ces indicateurs relèvent d'un matriarcat, pour des anthropologues tels que Nicole-Claude Mathieu, la matrilinéarité et la matrilocalité constituent des indices de la place de la femme. Cependant, elles ne permettent pas d'élucider les zones d'ombre nécessaires pour la qualifier de matriarcat ︎24 ︎ .
︎16
︎
HOMÈRE, L’Iliade, Arles, Acte Sud, 2013, p. 269-272
︎17 ︎ WILLETTS R.F, Cretan Eileithyia, Classical Association Stabled, Cambridge University, 1958
︎18 ︎ Hölbl Günther et Konstatinos Chalikias (sous la dir.),The Shrine of Eileithyia Minoan Goddess of Childbirth and Motherhood at the Inatos Cave in Southern Crete Volume I The Egyptian-Type Artifacts, INSTAP Academic Press,2022
︎19 ︎ Kopaka Katerina, “Mothers in Aegean stratigraphies? The dawn of ever-continuing engendered life cycles”, in FYLO, Aegaeum 30, 2009, p. 183-196
︎20 ︎ BACHOFEN Johann Jakob, Le droit maternel - Recherche sur la gynécocratie de l'Antiquité dans sa nature religieuse et juridique, Lausanne, L’âge de l’Homme, 1861
︎21 ︎ L’archéologue Marija Gimbutas appuie ses propos en évoquant une “société matristique.”
GIMBUTAS Marija, op. cit.
︎22 ︎ Kopaka Katerina, “Mothers in Aegean stratigraphies? The dawn of ever-continuing engendered life cycles”,op. cit., p. 183-196
︎23 ︎ EISLER Riane, op. cit.
︎24 ︎ MATHIEU Nicole-Claude, Une maison sans fille est une maison morte : La personne et le genre en sociétés matrilinéaires et/ou uxorilocales, Paris, édition de la maison des sciences et de l’homme, 2007
︎17 ︎ WILLETTS R.F, Cretan Eileithyia, Classical Association Stabled, Cambridge University, 1958
︎18 ︎ Hölbl Günther et Konstatinos Chalikias (sous la dir.),The Shrine of Eileithyia Minoan Goddess of Childbirth and Motherhood at the Inatos Cave in Southern Crete Volume I The Egyptian-Type Artifacts, INSTAP Academic Press,2022
︎19 ︎ Kopaka Katerina, “Mothers in Aegean stratigraphies? The dawn of ever-continuing engendered life cycles”, in FYLO, Aegaeum 30, 2009, p. 183-196
︎20 ︎ BACHOFEN Johann Jakob, Le droit maternel - Recherche sur la gynécocratie de l'Antiquité dans sa nature religieuse et juridique, Lausanne, L’âge de l’Homme, 1861
︎21 ︎ L’archéologue Marija Gimbutas appuie ses propos en évoquant une “société matristique.”
GIMBUTAS Marija, op. cit.
︎22 ︎ Kopaka Katerina, “Mothers in Aegean stratigraphies? The dawn of ever-continuing engendered life cycles”,op. cit., p. 183-196
︎23 ︎ EISLER Riane, op. cit.
︎24 ︎ MATHIEU Nicole-Claude, Une maison sans fille est une maison morte : La personne et le genre en sociétés matrilinéaires et/ou uxorilocales, Paris, édition de la maison des sciences et de l’homme, 2007
Du mythe à l’héritage culturel
Le concept de matriarcat repose sur un univers nébuleux aux définitions variées, suscitant des questionnements, des débats et nourrissant un imaginaire. Sa véracité scientifique demeure difficile à établir car les sociétés ont emporté avec elles le secret de leur fonctionnement. Bien qu’éminament politique, interroger le concept de matriarcat offre l'opportunité d'examiner les sociétés du passé sous un nouveau prisme.
Les artefacts minoens chargés d'histoire et de symbolisme nous invitent à explorer les profondeurs d'une civilisation où le pouvoir féminin et la nature étaient étroitement liés. S'engager dans une démarche de designer, tout comme d'archéologue, nous a permis de transformer notre héritage culturel en un corpus matériel riche en imaginaire, mythes et techniques. Les artefacts sont les témoins de prouesses artisanales et de productions raisonnées. Ils dépeignent l’histoire du passé et forgent celle du présent.
Leur étude, sujette à interprétations, contribue à rendre cette culture vivante par l’objet.
Elle soulève des questions sur les femmes, leur mode de vie, aussi bien passé que présent. Ces artefacts sont le miroir d’une utopie féministe; ils en deviennent politique.
Pour reprendre les mots d’Enzo Mari: “ils stimulent les consciences”︎25 ︎.
Comment réinvestir l’essence de ces artefacts dans un contexte contemporain?
Entre artisanat, production et politique, où se place le design?
Lexique
-
Designer- Archéologue
Terme personnel qui conçoit une recherche par l’objet de manière holistique : technique de fabrication, histoire, impact social, répertoire formel…
- Glissement sémantique
Procédé linguistique naturel par lequel un mot change progressivement de sens à mesure que les locuteurs l’utilisent et comprennent comme désignant quelque chose de légèrement différent du désigné précédent ︎.
-
Cosmogonie
Ensembles de récits mythiques ou de conjectures scientifiques, cherchant à expliquer l'origine et l'évolution de l'univers ︎.
-
Libation
Acte qui consiste à répandre un liquide (vin, huile, lait p. ex.) à l'intention d'une divinité ︎.
- Parturiente
(Femme) qui accouche; (femelle) qui met bas ︎.
-
Matrilinéaire
Qui repose sur l'ascendance maternelle et par lequel un enfant est affilié exclusivement au groupe des parents de sa mère ︎.
-
Matrilocale
Qui fait qu'un couple marié réside sur le territoire ou dans la maison de la mère de l'épouse ︎.
︎ Glissement sémantique — Wiktionnaire, le Dictionnaire libre. (s. d.). https://fr.wiktionary.org/wiki/glissement_s%C3%A9mantique
︎ COSMOGONIE : Définition de COSMOGONIE. (s. d.). https://www.cnrtl.fr/definition/cosmogonie
︎ LIBATION : définition de LIBATION. (s. d.). https://www.cnrtl.fr/definition/libation
︎ PARTURIENTE : Définition de PARTURIENTE. (s. d.). https://www.cnrtl.fr/definition/parturiente#:~:text=f%C3%A9m.-,PARTURIENTE%2C%20adj.,(femelle)%20qui%20met%20bas.
︎ MATRILINÉAIRE : définition de MATRILINÉAIRE. (s. d.). https://www.cnrtl.fr/definition/matrilin%C3%A9aire
︎ MATRILOCAL : Définition de MATRILOCAL. (s. d.). https://www.cnrtl.fr/definition/matrilocal
Bibliographie
︎Articles et thèses
BRAUN Françoise, “Matriarcat, maternité et pouvoir des femmes”, in Anthropologie et Société, Volume 11, numéro 1, 1987, p. 45–55
C.G Thomas, « Matriarchy in early greece: the bronze and dark ages», in Arethusa, Vol.6. No.2., 1973, p. 173-195
Gimbutas Marija et Dexter Robbins ( sous la dir.), The living Goddess, Berkeley Los Angeles,University of California Press, 1999, p. 142-145
KOPAKA Katerina, “Σύντομο ιστορικό της αρχαιολογικής έρευνας για το λάδι και το κρασί στη μινωική Kρήτη”, in Αριαδνη, volume 10, 2005 , p. 10-38
Kopaka Katerina, “Mothers in Aegean stratigraphies? The dawn of ever-continuing engendered life cycles”, in FYLO, Aegaeum 30, 2009, p. 183-196
KOPAKA Katerina, “Women's arts - Men's crafts? Towards an approach of gender skills in the prehistoric Aegean”, in TEXNH, Craftsmen, Craftswomen and Craftsmanship in the Aegean Bronze Age,1997, p. 521-531
PLATON Leftéris. “Ateliers palatiaux minoens : une nouvelle image”, in: Bulletin de correspondance hellénique, Volume 117, 1993, p. 103-122
LEDUC Claudine, “ Claudine COHEN, La femme des origines: Images de la femme dans la préhistoire occidentale”, in Clio, vol 23, 2006, p. 343-346
WILLETTS R.F, Cretan Eileithyia, Classical Association Stabled, Cambridge University, 1958
︎Film/ Documentaire
KOUTSAFTIS Filippos, « Zakros», Pan Entertainment, 2023.
︎Ouvrages
AUGEREAU Anne et DARMANGEAT Christophe ( sous la dir.), Aux origines du genre, Paris, PUF, 2022
BACHOFEN Johann Jakob, Le droit maternel - Recherche sur la gynécocratie de l'Antiquité dans sa nature religieuse et juridique, Lausanne, L’âge de l’Homme, 1861
EHRENREICH Barbara et ENGLISH Deirdre ( sous la dir.), Sorcières, sages-femmes & infirmières, une histoirE des femmes soignantes, Paris, Cambourakis, 2021
EISLER Riane, The Chalice and the Blade: Our History, Our Future, Harper Collins, 1987
GIMBUTAS Marija, Le langage de déesse, Paris, Des femmes Antoinette Fouque, 2006
GOETTNER- ABENDROTH Heide, Matriarchal Societies of the Past, Peter Lang, 2022, p. 374-398
HITCHCOCK Louise, Representation of gender from prehistory to present, Moira Donald et Linda Hurcombe, 2000, p. 69 - 86
GÜNTHER Hölbl et CHALIKIAS Konstatinos (sous la dir.), The Shrine of Eileithyia Minoan Goddess of Childbirth and Motherhood at the Inatos Cave in Southern Crete Volume I The Egyptian-Type Artifacts, INSTAP Academic Press, 2022
HOMÈRE, L’Iliade, Arles, Acte Sud, 2013, p. 269-272
HOMÈRE, L’Odyssée, Paris, Ecole des Loisirs, 2018, versets 212-219
MATHIEU Nicole-Claude, Une maison sans fille est une maison morte : La personne et le genre en sociétés matrilinéaires et/ou uxorilocales, Paris, édition de la maison des sciences et de l’homme, 2007
OLIVIER Laurent, Le sombre abîme du temps : mémoire et archéologie, Paris, Seuil, 2008
PATOU-MATHIS Marylène, L’homme préhistorique est aussi une femme, Paris, Points, 2022
RETHEMIOTAKI-DIMOPOULOU Nota, The archaeological museum of Herakleion, Herakleion, Archaiologikon Mouseion Herakleiou, 2005
VILLARD Pierre, The Beginning of the Iron Age: invention of ironwork and its consequences, Londre, A.H Dani et J.P Mohan, 1996, p 395-448
︎Sites et podcasts
FEVRE Anne-Marie, “ Enzo Mari: Le design, c’est stimuler les consciences”, Libération, 17/04/2003, [En ligne: https://www.liberation.fr/culture/2003/04/17/le-design-c-est-stimuler-les-consciences_461835/ ]
LIATARD Séverine, “Le matriarcat a-t-il existé ?”, France Culture, 19/05/2016 [ En ligne https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/le-matriarcat-a-t-il-existe-1729220]
︎Entretien
SFENDOURAKIS GEORGIOS, entretien avec mon père agriculteur, 15 Août 2023
Contact ︎
︎ sfendourakiseva@gmail.com
︎@eva.sfendourakis
Le projet de diplôme ︎
Formes Orphelines
Inspirée d’un héritage culturel personnel lié aux Minoens et à la Crète, le projet Formes Orphelines s’inscrit dans une démarche de recherche visant à établir un lien entre archéologie et design.
En appliquant les protocoles archéologiques au design, il en explore des usages contemporains.
L’élaboration de ce projet s’appuie sur des échanges avec des archéologues chercheurs et professeurs à la Sorbonne : Hara Procopiou et Elise Morero.

Objets d'archives fragmentés, rendu 3D , Eva Sfendourakis, 2023

Objet d'archive flottant, rendu 3D , Eva Sfendourakis, 2023

Recherche d'objets muséaux, rendu 3D , Eva Sfendourakis, 2023

Traînage linéaire en plâtre pour l'extrusion de formes, photographie, Eva Sfendourakis, 2023

Exploration de formes à partir d'archives, 3D, Eva Sfendourakis, 2023