Pascaline Soleilhac
CLOSERIE DE POTAGER
Ici et là, la pratique du potager s'exerce dans sa plus simple tradition. Inspiré par mon patrimoine culturel agricole et rural, je m'intéresse ici à cette culture et progressivement à la manière dont le design peut affirmer l'esthétique de ces potagers traditionnels.
Ce parterre géométrique est le reflet d'une intelligence de la terre transmise et intégrée. Les rangées, les tutorats, les guides et clôtures s'imposent en chefs d'orchestre et composent ainsi ce paysage. Car l'harmonie végétale qui y règne est bien souvent une histoire de délimitation réfléchie en amont.
1/3 : Cultiver son potager
︎ Octobre 2024
2/3 : Parterre géométrique
︎ Novembre 2024
3/3 : Tuteurs ornés
︎ Décembre 2024
Chapitre 3
Tuteurs ornés
La pluie est là, et désormais le potager gagne en prééminence. Les plantes grimpent gaiement, se soudent fermement aux appuis, laissent pendre leurs rameurs, tandis que les tiges se tendent et s'élèvent. Le grillage qui soutient, les tuteurs qui guident et les piquets qui délimitent sont les gardiens de l’équilibre et les artisans du microcosme potager. Tel est le portrait de ces médiateurs silencieux qui incarnent la relation du potager à l'homme. Un lien qui tient aussi à cet outillage rudimentaire agissant comme simple prolongement de la main.

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Introduction
Comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, nos potagers sont généralement relégués au rang de parents pauvres des jardins. A la différence des jardins d’agrément, les regards portés sur eux ne sont que très rarement empreints d’un ravissement esthétique. Car après tout, ces potagers ne sont-ils pas désespérément communs, et platement ordinaires ? Ne dit-on d’ailleurs pas bête comme un chou ? Symboliquement, poireaux, carottes et salades semblent pour beaucoup faire piètre figure face aux prouesses visuelles d’un bosquet anglais ou aux folies d’un jardin à la française. En effet, les références historiques et contemporaines que nous avons mobilisées dans les chapitres précédents nous ont permis de constater une absence presque totale d’ornementation dans nos potagers vivriers. Mais être conscient de cette réalité permet de dépasser cette vision réductrice : le potager, par ses lignes géométriques et sa rigueur naturelle, peut dévoiler à qui veut bien le voir harmonie et accordance.

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Le deuxième chapitre m’a permis d’approfondir mes connaissances et de constituer un panel de références enrichissant pour nourrir mon expertise sur le sujet. En explorant l’ornementation des jardins, quelle que soit leur nature, il est apparu que les références oscillent souvent entre des éléments archaïques (comme le treillage ou l’art topiaire), des objets empreints de kitsch (à l’image des nains de jardin) ou des ornements ayant perdu leur éclat originel (tel le treillage standardisé vendu dans la grande distribution). Au terme de cette étude, il n'est donc pas vain de se demander pourquoi cette dynamique esthétique s’est essoufflée. Quelles en sont les causes et à quoi a-t-elle laissé place ? Mais il s’agit aussi de recentrer et repréciser mon engagement au service du potager traditionnel. En effet, je dirais que je laisse à d'autres le soin de se concentrer autour de la valorisation des fleurs et plantes d'agrément. C’est aux légumes traditionnels, aux potagers populaires et ruraux que je m’intéresse ; ils évoquent des plats, des paysages et des gestes chers à mon cœur. Je souhaite ainsi mettre en lumière le potentiel topographique unique de ce paysage. Et ce par la production de nouvelles formes de ces outils déjà utilisés.
Ainsi, comment les tuteurs, les bardages, clôture et autres outils d’ordonnancement pourraient-ils révéler le potentiel esthétique de ce lieu ? Comment en faire des marqueurs à part entière d’ornement ? Et par quel moyen les intégrer de manière cohérente au sein de ce lieu traditionnel et technique ?
[1]Potager dans le département de la Haute-Loire, Photographie personnelle, Canon EOS 700D, Août 2023
[2] Image de l’observatoire de la terre de la Nasa par Mickael Taylor, utilisant les données Lnadsat de l’US. Geological Survey
[3] 4ème partie des Jardins de Crummau. Jardins Anglo-Chinois à la mode
I. Du brillant d’antan à l’économie moderne
Les grandes enseignes
De la volupté et la fantaisie des jardins royaux du 17ème siècle à notre pratique actuelle, il semble que la dynamique créative se soit restreinte. Délaissant progressivement l’ornement au profit d’objets conçus exclusivement pour leur fonctionnalité. Pour le comprendre, nous pouvons nous intéresser aux acteurs principaux de l’outillage actuel comme les grandes enseignes de jardinage Delbart ou Leroy-Merlin, qui dominent aujourd’hui largement le marché autour de cette pratique. Mais contrairement à d'autres secteurs comme celui du meuble, des bijoux ou de l'automobile, qui présentent une diversité de gammes et de segments de clients, le domaine du jardinage subit une plus large standardisation des modèles. Mais que retrouve-t-on en fait dans ces rayons ?

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Pour planter les jeunes pousses en prévision de leur repicage, on peut retrouver les pots à jardinière en plastique, souvent de taille limitée, et généralement conçus pour être empilables ou modulables. Les outils suivent une logique similaire : bêches, râteaux et transplantoirs sont produits en série, en matériaux légers comme l'aluminium ou les plastiques renforcés, optimisés pour leur coût de production. A cela s'ajoutent des équipements modernes tels que des serres miniatures ou des kits d’irrigation. Dans les rayons de graines et de plantes, la diversité apparente masque une sélection souvent restreinte par les impératifs commerciaux ; les variétés les plus productives et résistantes sont privilégiées. Concernant les éléments d’aménagement pour le potager, comme les bordures, les treillis ou les paillis, ils sont produits dans des matériaux synthétiques comme le pvc ou le géotextile, accentuant leur aspect fonctionnel. Ainsi, tout semble pensé pour maximiser l’efficacité et réduire drastiquement les coûts. Ces objets, bien que accessibles, contribuent à faire des potagers des espaces visuellement uniformes. C’est donc en cela que ce glissement révèle un changement de paradigme dans notre rapport au jardinage. D’un espace de contemplation et d’expression artistique, il est devenu une extension utilitaire de la maison, dominé par des préoccupations pratiques. L’influence des grandes enseignes façonne aussi notre regard et la manière dont nous interagissons avec ces espaces, privilégiant des solutions rapides et accessibles.
Parmi les exemples évoqués, le treillage m'intéresse tout particulièrement (objet tuteur historique entrevu dans le chapitre 2). Son destin commercial, depuis les jardins à la française, illustre de manière très pertinente l'évolution de l'objet ornemental dans le jardin potager. Il est simplifié dans sa forme, ses matériaux et son application pour être proposé à un prix abordable. Mais la pratique du jardin potager est en soi modeste et simple, ces objets reflètent donc cette aspiration. Il s’agit donc d’un gain économique mais en dépit de quel avantage historique ?
Treillage

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Dans la genèse du projet de Louis XIV pour les jardins de Versailles, le bosquet de l’encelade ︎1︎ imaginé par le jeune André Le Nôtre ︎2︎ fut à l’initiative de la construction des premiers treillages ︎3︎. Ils ont ainsi été conçus et dessinés à la manière d'édifices architecturaux typiquement baroques. Pour la première fois, ces éléments tuteurs, purement fonctionnels, se révèlent aussi esthétiques et décoratifs, dessinés et pensés en fonction de leur résonance dans ce paysage royal. Il vont au-delà de leur usage premier de tutorat, et sont admirés pour ce qu’ils sont avec et sans le végétal. Le treillage historique s’affirme et se dresse, il révèle et supporte majestueusement ; pilastre, arc de triomphe font grimper des plantes pour faire vibrer la maçonnerie. Il semble donc que cette charge esthétique s’est peu à peu atténuée pour laisser place à des structures aux ornements plus sobres et simplifiés avec des courbures plus dociles et moins fantaisistes. On préfère aujourd’hui les commercialiser en métal courbé plutôt qu’en châtaignier ou en frêne d’origine. Mais ces treillis sont le reflet des intérêts financiers actuels ; le beau n'est plus réservé à une élite de classe, le design industriel s’est aussi emparé légitimement de référence historique de ce type, les ramenant à une réalité économique et financière populaire. On pratique le potager pour les ressources qu’il a à offrir mais aussi pour s’alléger d’un poids financier. Reconsidérer ces outils du quotidien demande de composer de manière cohérente avec cette dimension économique.

[4] Potager dans le département de la Haute-Loire, Photographie personnelle, Canon EOS 700D, Août 2023
[5] Plan et élévation d’un berceau en treillage, A.J Roubot
[6] Plan et élévation d’un berceau en treillage, A.J Roubot
[7] Bosquet de l’encelade, Versailles, Photographie personnelle, Canon EOS 700D, Novembre 2024
︎1︎Le bosquet de l’Encelade est situé dans le jardin de Versailles, entre le bassin de Flore et le bassin d’Apollon. Il est délimité au nord par l’allée de Cérès-et-de-Flore et à l’ouest par celle d’Apollon. Créé en 1675 par Louis XIV et mis en œuvre par André Le Nôtre en 1675. Il est composé d’un anneau central octogonal en gazon et huit fontaines en rocaille sont installées autour de la fontaine centrale. En 1998, le bosquet de l'Encelade est restauré dans son état primitif par Pierre-André Lablaude, architecte en chef des monuments historiques, ramenant ainsi la galerie de treillage historique.
︎2︎
André Le Nôtre, né le 12 mars 1613, fut le jardinier du roi de 1645 à 1700 et eut notamment la tâche de concevoir les parc et jardins pour le château de Versaille mais aussi pour ceux de Vaux le Vicomte et Chantilly.
︎3︎
Le treillage est une invention française du XIVème siècle, qui était premièrement destinée à la conduite des arbustes palissés et de la vigne. Cette technique de jardinier devint très en vogue dans les aménagements de jardin, en tant que décor à partir du XVIème siècle.
II. Trame et treillage
Nous pouvons ainsi considérer l’art du treillage comme une inspiration dans la dynamique et l’ambition du projet à mener. Ses qualités en tuteurage, en élément d’ornementation, ou comme vecteur de cohésion végétale, ouvrent la voie à de multiples interprétations et usages pour le projet. Ce modèle composite s'intègre au paysage par ses effets visuels et son apport pratique. Pour nous, ses charges intentionnelles qui ont fait leurs preuves sont donc véritablement des moyens à étudier pour servir la géométrie de nos potagers. Mais quelles sont les qualités systémiques et techniques de cet art ?

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Objet tuteur
Dans un premier temps, rappelons que le treillage est un tuteur ; un objet, une structure, un système d’appui et d’épaulement pour l’élévation de la plante. C’est donc aussi et avant tout un outil à part entière. Le tuteurage désigne l’action d’attacher une plante pour l’aider à croître correctement. Ces tuteurs peuvent prendre différentes formes et revêtir différentes matérialités. Certaines plantes et espèces ont tendance à s'affaisser sous le poids de leurs feuilles, de leurs fruits. En orientant la plante vers le haut, le tuteur soutient la tige et améliore la circulation de l’air et l’exposition au soleil.Dans nos potagers seuls les tomates, haricots, aubergines, et pois sont les légumes et fruits qui en nécessitent.

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Le tuteur simple est le plus facile d’utilisation, il est accessible et on le retrouve la plupart du temps sous forme hélicoïdale. Intuitivement planté dans le sol grâce à une partie plane, il forme une hélice pour laisser la tige et les feuilles s’enrouler autour de lui.


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Le tuteur grillagé est utile pour les haricots et pois grimpants. Assez simple d’installation lui aussi, il consiste à utiliser un filet ou bien un grillage comme support de base. En laissant ce grillage au pied des plantes grimpantes, il ne reste qu'à observer ces dernières investir l’espace d’elles-mêmes.
Le tuteur en tipi/en V quant à lui nécessite plus d’effort mais semble être le seul, par son matériau, à faire un compromis entre esthétisme et production. Il résiste bien aux intempéries, et est notamment préconisé dans les régions venteuses.


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Mais en se perdant dans les onglets d’un site de jardinage, il est amusant d’en découvrir des moins classiques et plus fantaisistes. Comme une première tentative d'esthétisation de cet objet, si souvent transparent et peu visible. Mais nous sommes encore bien loin de la portée ornementale des treillages d’antan.
1; Tuteur rosier colonne et sa boule Tulipe
2; Support à plantes, Esschert Design
3; Tuteur marguerite, 9 pétales Louis Moulin
Objet d’ornement

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Cette première impulsion esthétique des grandes enseignes laisse présager un potentiel rôle du designer dans l’ornementation du tuteur. Car l’élément ornemental n’entrave pas sa fonctionnalité ; un banc sous un arbre reste une assise, une fontaine dans un parc est une source d’hydratation, et un treillage dans un bosquet soutient les plantes grimpantes. Certains jouent aussi une rôle dans la signalétique d’un espace : statues, bassins ou grands pots deviennent des repères qui orientent le regard et les déplacements. Dans le potager, plus précisément, ils créent des rangées, modulent l’espace en hauteur et militarisent les légumes.
Dans le treillage originel, l'ornement reflète l’aspiration humaine à dialoguer avec la nature, à en exalter la beauté tout en voilant subtilement une forme de domination.
Synergie naturelle

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“Il m’est avis que de posséder une certaine quantité de plantes, quelles que soient leur qualités et leur nombre, ne fait pas un potager ; on a là simplement une collection. Une fois que l’on a les plantes , encore faut-il savoir les sélectionner et avoir une intention précise. Seulement, les planter dans un jardin, de manière désordonnée, revient à avoir entre les mains les tubes des meilleures couleurs et à disposer quelques touches sur une palette. Ce qui ne crée pas pour autant un tableau.” ︎4︎
Cette citation de Gertrude Jekyll ︎5︎, paysagiste anglaise, évoque la dernière charge intentionnelle que pourrait porter le projet ; soutien, ornement mais aussi acteur de la cohésion végétale. En effet, nous ne sommes pas sans savoir que certaines plantes s’approvisionnent en nutriments lorsqu'elles interagissent spatialement. La permaculture a d’ailleurs depuis quelques années popularisé cette notion. L’intention du jardinier devient alors un acte de conception, visant à orchestrer une harmonie entre les différentes composantes du potager. Ce principe rejoint une idée centrale de la permaculture, où chacune des plantations participe à une synergie collective. Dans ce cadre, l’objet au sein du potager peut jouer un rôle fondamental en facilitant ou en renforçant cette cohésion. Qu’il s’agisse de structures de soutien, de dispositifs de clôture, ou d’éléments de délimitation, ces objets peuvent être des catalyseurs de bonne cohésion.
Mais comment et par quels moyens retranscrire l’ensemble de ces qualités dans le projet à mener ?

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[8] 4ème partie des Jardins de Crummau. Jardins Anglo-Chinois à la mode
[9] Tuteurs hélice pour plantation de tomates
[10] Grillage pour plantation de harricots à rames
[11] Tipi en bambou, tuteur de harricots à rames
[13] Zoom Support à plantes, Esschert Design
[14] Hotel van Eetvelde, Victor Horta, 1899
[15] Systéme racinaire
[16] Potager dans le département de la Haute-Loire, Photographie personnelle, Canon EOS 700D, Octobre 2024
[17] Potager dans le département de la Haute-Loire, Photographie personnelle, Canon EOS 700D, Octobre 2024
︎4︎
G. Jekyll, Colour Schemes for the flower garden, 1908, Londres, Frances Lincoln, p. 17-18.
︎5︎
Gertrude Jekyll est une paysagiste anglaise née en 1843 ; elle est l’une des grandes jardinières de son temps avec une influence très importante sur cette pratique dans le monde.
III. Langages de tuteurs
Il s’agit à présent et au terme de cette étude de comprendre quel peut être l’apport d’un designer en réflexion sur de nouvelles typologies de ces objets.
L'approche conceptuelle devra tout d’abord traiter de la fonctionnalité première de l’objet. Car si l’ornement sera sa révélation, il n'est pas pour autant son seul rôle puisqu’il sera également un soutien à la croissance de la plante. Pour cela, une étude et expertise précise de la croissance de chaque plante du potager sera évidemment nécessaire. Succédera à cela l’anticipation de systèmes d'ancrage facile d’installation dans des sols robustes. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant de se référer à des structures architecturales d’extérieur qui ont déjà engagé ces questionnements. Par exemple, les tentes de bivouac les plus récentes ︎6︎ sont des systèmes modulaires et des structures légères inspirantes ︎7︎ . Cela pourrait en effet aider à concevoir des structures constructives précises et déclinables, peut-être modulaires, où l’utilisateur pourrait jouer un rôle. A cela s’ajoute l'hypothèse de créer des supports adaptatifs qui accompagnent les spécificités morphologiques des plantes, avec par exemple, des mécanismes permettant de guider les tiges grimpantes en fonction de leur croissance. L’ambition première est donc d’imaginer des systèmes assemblables et combinables, qui structurent le potager sans le rigidifier.

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Les matériaux choisis dicteront non seulement la faisabilité économique, mais aussi l’identité visuelle et symbolique des objets. Les matériaux classiques d'ornementation en extérieur sont généralement durables et naturels, en bambou, bois non traité, rotin ou métal patiné pour un dialogue harmonieux avec le paysage naturel. Dans ces exemples, un matériau m’intéresse particulièrement car il est le symbole de l’ornement dans le mobilier d'extérieur ; les chaises de bistrot parisiennes. La maison Drucker ︎8︎ qui les produit, initie un savoir-faire, et un style ornemental depuis des générations et envisage d'élargir sa spécificité au-delà du mobilier par des collaborations avec des designers ︎9︎ . Envisager de rattacher leurs matériaux à des systèmes du potager pourrait être un moyen d’amener l’ornement dans ce lieu. Mais il reste important de préciser que les rotins utilisés pour ces assises sont synthétiques et questionnent la dimension éco-responsable de ce projet. Néanmoins, elle reste une inspiration forte dans la symbolique esthétique qu'elle propose dans nos espaces extérieurs. Enfin, une piste plus novatrice consiste à utiliser des plantes robustes comme supports pour d'autres végétaux. Cela conduit à une vision circulaire et symbiotique du potager, où les éléments se soutiennent mutuellement comme une exploration de “tuteurs vivants”.

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Quant aux formes et aux choix esthétiques qui engageront ces productions, les treillages traditionnels, avec leurs courbes et arches, offrent une richesse formelle qui peut être transposée en structures à petite échelle. L’ambition est de réinterpréter leurs dessins techniques pour produire des artefacts qui associent fonctionnalité et élégance, sensibilisant ainsi les usagers à la richesse esthétique du potager. Si ces systèmes se rapportent à des tiges courbées et dressées, à la manière de l’armature d’une tente ; pourquoi ne pas les imiter à petite échelle ? A cela s’ajoute le fait que s’inspirer des dessins techniques du treillage revient à conférer des codes visuels nobles et esthétiques connus à ces objets. Sans les défigurer, mais dans une volonté de réinterprétation ornementale de formes familières où l’usage de l’objet reste intuitif.

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[18] Tente Zempire Invert 10
[19] Echantillon Maison Druckër
[20] Colonnes de treillages avec ses développements, A.J Roubot
[21] Colonnes de treillages avec ses développements, A.J Roubot
︎6︎
Camille, designer produit, présente la tente MH100 fresh black produite par Quechua. Lien de la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=42-pRfGJI1s
︎7︎
Étude et développement de la structure d’une tente par le site web mécastyle, développeur de solutions ingénieuses. Référencement du brevet déposé pour ce système. Lien du site ; https://www.mecastyle.com/conseil-innovation-structure-tente
︎8︎ La Maison Drucker est la plus ancienne fabrique artisanale de sièges en rotin au monde. Elle est notamment spécialisée dans les chaises de bistrot parisiennes, symboles de l'esthétique à la française.
︎9︎
En 2020, le designer Anthony Guerrée, formé à l’école Boulle, collabore avec la Maison Drucker pour sa collection “Les assises du temps perdu. L’entreprise va produire le modèle “Odette”, une des chaises de cette collection sortant des standards qu’elle propose habituellement.
Conclusion

[22]
En amont de ce mémoire, je portais déjà un intérêt personnel à la thématique du potager. Mais ce cheminement de pensée m’a permis de le redécouvrir par le biais d’une réflexion en design. J’ai pu interroger, découvrir et comprendre l’évolution dont a fait l’objet cette pratique, qui m’était déjà familière. Et ce en étudiant et en considérant ce lieu, au même titre qu’un élément à part entière du paysage, où les esprits s’apaisent grâce à l’ordre qui y règne. Les rangées de légumes et chaque section de plantations semblaient pour moi détenir un potentiel esthétique à l’instar d’une allée de rosiers ou de buis taillées. J'ai également étudié les outils utilisés pour cet ordre potager : la clôture, le bardage, le muret, le tutorat. En constatant qu’ils sont acteurs du paysage au côté des végétaux mais sensiblement absents ou en retrait de celui-ci, mon ambition de projet s’est peu à peu dessinée : parvenir à faire de ce lieu, un espace de contemplation par un travail conceptuel autour de ces objets de coordination végétale. En reprenant les caractéristiques graphiques du treillage, le projet se situe à l’intersection entre fonctionnalité et culture. Il interroge la réhabilitation d’une typologie d'objets souvent jugés très modestes, sans dénaturer leur essence. Il donne l’occasion au cultivateur d'ennoblir ce coin de terre, d’ordinaire moins admiré. Pour terminer ce propos, je souhaite citer le botaniste Marc Jeanson, qui résume par ces quelque mots l’intention et la vision que j’ai ici explorer :
"L'ordre au jardin n'est pas une contrainte, c'est une esthétique." ︎10︎
[22] Mosaïques dans l’architecture, Dmitry Bush, Sergei Chukov, 1991
︎10︎
Marc Jeanson,, Botaniste, Grasset, 2019, p. 51.
Sitographie
Leyla Bouyssou, « Du lainage au paillage », exposition du 9 novembre au 22 décembre 2024 : https://arcade-designalacampagne.fr/page-expositions/expo-lainage-paillage [consulté le 9 décembre 2024]
«Optimisation de l'Espace : Faut-il Préférer les Tuteurs aux Potagers Verticaux ?» Le jardin de Rodolphe, mars 2024 : https://www.youtube.com/watch?v=b_niDWU1jpk [consulté le 29 novembre]
« Quel tuteur pour quelle plante ? Guide complet sur le tuteurage », Jardins animés, 12 juin 2020 : https://fr.jardins-animes.com/quel-tuteur-pour-quelle-plante-guide-complet-sur-tuteurage-i-86.html [consulté le 1er décembre 2024]
« Tuteurer efficacement tomates, courges, concombres, pois & haricots et les protéger (froid/pluie) », Paysans de jardin, 6 juin 2022 : https://www.youtube.com/watch?v=0KGaPGuEwSI [consulté le 1er décembre 2024]
Bibliographie
BRUNON, Hervé, Histoire des jardins, Paris, PUF, coll. “Que sais-je ?”, 2023.
DE LA QUINTINIE, Jean-Baptiste, Instruction pour les jardins fruitiers et potagers, Paris, Barbin, 1690.
DI MATTEO LABLAUDE, Colette, Les jardins historiques, Paris, Hermann, 2022.
LIZET, Bernadette, Comprendre un paysage, Versailles, Quae, 2023.
NAU, Clélia, Feuillage. L’art et la puissance du végétal, Paris, Hazan, 2021.
SASIAS, Gérard, Les meilleures associations au potager, Paris, Artémis, 2017.
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