Inès Sviezeny


Surfaces mutantes 



Ce mémoire analyse la laque comme un système de surface à la fois technique, esthétique et culturel. À partir de son évolution, de la résine végétale artisanale aux revêtements industriels contemporains, il montre comment la laque est passée d’une fonction première de protection et de durabilité à un outil de standardisation visuelle et de production du désir à travers la brillance.

En croisant histoire des techniques, design et théorie de la perception, le mémoire met en évidence le « syndrome de l’objet brillant » : la tendance des surfaces lisses et miroitantes à produire de la valeur symbolique, du luxe et de l’illusion de perfection, souvent indépendamment de la réalité matérielle qu’elles recouvrent. La laque y apparaît comme un trompe-l’œil industriel, capable de travestir des matériaux ordinaires — comme le PVC — en objets perçus comme précieux.

À travers les notions de masque, camouflage et révélation, et en dialogue avec le Kintsugi, Ruskin, Viollet-le-Duc, Boito et des pratiques contemporaines de réemploi, le mémoire interroge le rôle du traitement de surface dans la fabrication de la valeur, de l’identité et de la durée des objets. Il pose ainsi une question centrale pour le design :
comment utiliser la surface non seulement pour protéger et transformer, mais aussi pour rendre lisible l’histoire matérielle et les mutations des objets ?

 


1/3 : Le syndrôme de l’objet brillant
︎ Novembre 2025 
2/3 :
Tout ce qui brille n’est pas de l’or
︎ Janvier 2026
3/3 :
Titre de l’article 3
︎ Février 2026


Article 1

Le syndrôme de l’objet brillant



Ce premier article explore les paradoxes de la laque en tant que surface industrielle et culturelle, à partir d’un constat initial : derrière son apparente perfection et sa brillance hypnotique se dissimule une histoire complexe de gestes, de transformations et de glissements techniques. En retraçant l’évolution de la laque, de sa forme végétale artisanale à ses déclinaisons chimiques et industrielles, cet écrit interroge la quête humaine du brillant et les valeurs symboliques qui lui sont associées.

Nous verrons comment la laque, initialement pensée comme une carapace protectrice, est progressivement devenue un vecteur de désir et de standardisation, au point de nourrir un « syndrome de l’objet brillant ». À travers des références historiques, industrielles et contemporaines, cette réflexion met en lumière les tensions entre durabilité, illusion de perfection et fascination visuelle. En conclusion, l’article questionne la persistance de cette attraction pour les surfaces lisses et miroitantes, en la reliant à des mécanismes culturels, symboliques et cognitifs qui traversent les siècles.



Laque naturelle à l’état brut, photographie d’Isabelle Violain, De la laque au laque, isabelleviolain.com


Je soulève le vase luisant posé sur la table. La profondeur de sa surface bleue sombre et miroitante m'intrigue. Mon réflexe de designer me dit de tenir, de caresser, de palper ce lisse parfait. Il semble bleu mais plus loin il semble vert puis violet et l’infini que je vois à travers me fait tourner la tête. Je me sens hypnotisée par une surface que je ne peux pas définir. Hermétique et scellée, elle semble pourtant contenir des milliers de gestes qui me sont inconnus. Et pourtant voilà que je la soulève du bout des doigts en me demandant quel support elle peut bien camoufler. Me voilà qui enquête sur son histoire: son passé, son présent et le futur que son évolution pourrait lui permettre. Car au-delà d’un revêtement lisse, profond et miroitant, la laque soulève débats et paradoxes. Étymologiquement issue d’une sève végétale, le mot laque peut pourtant désigner une matière naturelle comme industrielle. Et il s’agit là d’un grand glissement technique, puis sémantique, entre deux univers très différents : celui de l’artisanat traditionnel asiatique et de l’industrie moderne de la peinture. Par le biais d’une analyse sur les origines et l’évolution de cette technique, je donne un sens à cette quête du brillant que mène l’Homme, qui l’a poussé à optimiser et standardiser des procédés d’artisans pour s’approprier et reformuler une ressource unique.

Collection d’objets du quotidien en plastique et laque chimique, designer Gustaf Westman, 2025


1. La laque avant la laque


a)  Brillance confuse

La laque berce nos quotidiens. Mais cette scène de ménage où l’on hésite entre dinette et objets de collection suscite une confusion. La confusion entre la brillance presque kitsch du plastique et la noblesse de la laque chimique. Naturelle, industrielle, végétale ou chimique, c’est une matière que l’on connaît de nom : on l’entend partout, et elle semble désigner des choses bien diverses. Des produits de fixation capillaire, aux plateaux japonais, en passant par la carrosserie, il semble pourtant difficile de mettre le doigt sur les origines de cette matière. C’est en se penchant sur les origines du mot lui-même que l’on comprend pourquoi il prête à confusion. C’est d’abord un “trouble dans le genre” ︎1︎ auquel se heurte quiconque veut parler de cette matière. Plaisir des yeux et du toucher,  laque  est masculin lorsque l’on parle d’une œuvre exécutée dans cette matière, qui elle, est au féminin. Etonnante la langue française qui masculinise l’objet d’art achevé, et féminise la ressource originelle, sans qui l’œuvre ne pourrait exister ; comme une mère porteuse. Mais bien qu'apparu tôt dans la langue française, le mot laque possède des racines bien plus anciennes et étrangères. Le mot laque est d’abord emprunté à l’arabe lakk (laque), lui-même emprunté au persan lāk, et celui-ci à l’hindoustani lākh, du sanscrit lāksā. Il veut alors dire tache, marque, et on y discerne déjà la volonté de qualifier un matériau résistant, liquide. De nos jours, le mot laque peut désigner une technique ancestrale asiatique, un vernis de revêtement ou un produit chimique cosmétique permettant de fixer les cheveux. C’est donc un mot qui porte diverses significations, ayant elles-mêmes voyagé dans le temps, changeant de nature grammaticale, d’orthographe et de genre. Mais outre l’étymologie, les significations de laque ont toutes un point commun. On y discerne la volonté de désigner un produit chimique ou végétal, liquide ou pulvérisé qui sous-entend dans son utilisation, une fixation pérenne, une immobilisation, une résistance, capable de « revêtir » son support. Et ces trois significations principales suivent une chronologie d’apparition.  



Boîte en laque de cinabre à décor de pivoines, Chine, dynastie Ming (1368–1644), XVe siècle
© MET Museum


b) De la sève au salon

L’étymologie est indispensable pour comprendre la disparité des homonymes et des significations du mot laque. Mais elle permet surtout de comprendre les origines historiques de cette résine végétale au sens 1. Dès le néolithique en Chine, des réalisations entièrement en laque étaient utilisées comme objets utilitaires de grand luxe. Ces objets ont été décryptés comme dépôts funéraires, cette matière présentant d'exceptionnelles qualités de conservation. Bien que l’on retrouve la laque sur des objets luxueux pour l’époque, il semblerait avant tout que ce soit la robustesse particulière de cette matière une fois séchée qui ait retenu l’attention des artisans et des ingénieurs. Ayant découvert que cette résine liquide avait la capacité de se durcir incroyablement au contact de l’humidité,  l’Asie du sud s’est vue devenir l’endroit idéal pour développer et enrichir sa production. La laque en Asie était principalement appliquée sur du bois et permettait de le protéger en l’imperméabilisant et le renforçant. C’est bien la vocation protectrice de la matière qui lui a valu autant de diversité d’applications et d’usages. La laque était finalement extrêmement polyvalente puisqu’elle permettait de coller, de fixer, de protéger les supports de l’humidité, des insectes et du temps. Bien que délicate à récolter et travailler, on comprend davantage les raisons des constructeurs de l’époque, de laquer des architectures entières comme les temples pour les préserver.




Commode à deux rangs de tiroirs, attribuée à Jean Demoulin, Paris, vers 1745. Bâti de chêne, préparation laque noire, décor en relief de laques polychromes, bronzes ciselés et dorés, marbre brèche d’Alep, Paris, musée des Arts décoratifs © Les Arts Décoratifs, photo de Jean Tholance



c)  La jalousie s’adapte

Si l’arbre à laque ne se voit pas embarquer les caravelles des explorateurs de l’Asie du sud-est c’est avant tout car la résine en question récoltée pour produire la laque, est extrêmement toxique. De ce fait, son usage par les artisans experts reste limité, se révélant allergène et irritante au contact de peau humaine. Le perfectionnisme et l’expertise qui ont poussé la laque à évoluer au rythme de savoirs faires et des industries changeantes viennent à l’origine d’une recherche de durabilité. On laque ainsi d’abord les objets liés à la quête de l’éternel comme tous les artefacts funéraires ainsi que les objets religieux. C’est donc avant tout pour des raisons pratiques et techniques que l’on associait souvent la laque au sacré. Il y a un attrait singulier pour les objets laqués qui semblent hypnotiser l’œil humain. Lorsque la laque arrive en France en 1730 c’est seulement sous forme de vernis et il comporte un gros défaut : il ne résiste pas du tout à l’eau. Ce vernis laque est né pour pallier une méconnaissance technique ; en tant que substitut à la laque originelle, végétale. La laque n’est alors plus une résine colorée mais un vernis protecteur appliqué à une couche de peinture. Cette imitation de la laque a donc conservé le nom de la matière calquée, par analogie visuelle et formelle. La laque, uniquement végétale jusqu’à lors, devient chimique et change complètement de constitution.

︎1︎ Cf. BUTLER, Judith, Trouble dans le genre, Le féminisme et la subversion de l’identité, traduit de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, 2005  

2. De la sève au solvant


a)  Disséquer l’incassable

La laque végétale est donc une exsudation provoquée par incision sur les troncs « d’arbres à laque » qui sont en fait de la famille des magnolias. Mais la sève en question de ces arbres hauts est extrêmement allergisante car elle contient de l’urushiol, qui tire son nom du nom japonais de cette espèce urushi et/ou du thitsiol, des polymères à base de catéchols substitués. En se solidifiant, la résine brute perd sa toxicité.



Incision et récolte de la laque – filtrage de la résine au papier, photographie d’Isabelle Violain, De la laque au laque, isabelleviolain.com


b) Saigner la résine

Si on parle de lenteur dans le processus de fabrication de la laque, ce n’est pas pour rien. Car dès la récolte de la résine brute, les artisans doivent faire preuve de patience. Pour laisser aux arbres le temps de saigner leur résine, les paysans dévoués à la récolte de la laque ont mis au point des séries d‘ustensiles leur permettant de récolter la matière sur le long terme. Sous les incisions dans l’écorce, ils placent de petites coupelles en bois fixées au tronc qu’ils viennent récupérer une fois que suffisamment de sève s’y est écoulée. L’écorce est lacérée par encoches successives jusqu’à ce que l’arbre ne soit plus exploitable. Des tubes creux de bambous étaient aussi exploités pour créer de petits objets de récolte. Tranchés en biais, ils forment des pointes acérés que l’on plante dans les troncs pour les y fixer. La sève s’écoule ensuite lentement dans le reste du récipient tubulaire sans déborder. Afin d’être débarrassée de ses impuretés solides, la laque brute doit être filtrée au papier puis laissée à décanter. Elle se divise naturellement en couches de différentes densités, ayant chacune leur vocation (enduit, colle, vernis…). Le durcissement de la laque est rendu possible dans une atmosphère chaude et humide: entre 25°C et 30°C, taux d’humidité de 80% environ. La fermentation naturelle et l'oxydation de l'eau agiront peu à peu pour solidifier la laque. Une fois durcie, elle résiste à tout dissolvant, à la chaleur et aux agents chimiques de toute nature et aux bactéries.



Photo extraite du catalogue d’exposition, a sprinkling of gold, The Lacquer Box Collection of Elaine Ehrenkranz, Barbra Teri Okada, The Newark Museum



Brush Collection, mobilier en laque chimique, designer Pierre Charié x maison Hanoïa, 2020



c)  Du salon à l’avion

Le travail artisanal de la laque végétale demeure un exercice extrêmement lent et délicat. Un laque une fois terminé n’aura pas plus de trois à quatre millimètres d’épaisseur mais aura nécessité un travail de six mois pour le réaliser, sinon neuf sous nos climats tempérés européens. Il peut être composé en moyenne d’une trentaine de couches de différentes nature, (naturelle, décorative ou vernis) chacune appliquée en deux temps. Entre chaque couche, un temps de séchage de plusieurs jours et une étape de ponçage sont nécessaires. Mais il semblerait qu’une telle persévérance soit récompensée par la robustesse des objets laqués qui peuvent se préserver plus de 3000 ans sans se dégrader. Elle s’applique sur toutes sortes de matériaux ; le bois, évidemment, mais aussi le cuivre, l'argent, mais aussi la pierre, le verre, le cuir, le papier et même le pyrex. Mais sa toxicité et son travail extrêmement long et lent justifient qu’on essaye d’en trouver d’autres alternatives dès le XVIIIe siècle. D’abord pour imiter sa brillance profonde hypnotisante, puis pour revenir à son rôle d’origine, celui de carapace protectrice. Mais si on conserve au maximum robustesse et esthétique de la laque naturelle, on s’éloigne complètement de sa composition chimique. Le but est alors de pouvoir produire certes plus rapidement, mais avec des substances à portée de main et une hygiène qui limite les allergies face à la matière brute. Pendant la Première Guerre mondiale, la laque fut même employée pour renforcer la résistance des hélices d’avion. Mais en essayant de calquer la matérialité de la laque naturelle, on met au point de nouvelles compositions qui dérivent alors plus ou moins de la laque. On voit apparaître des laques nitrocellulosiques, glycérophtaliques ou polyuréthanes. Ces laques modernes furent employées par les décorateurs du mouvement Art déco sur toutes sortes de supports : contreplaqué, latté, aggloméré ou encore tôle d’aluminium. La laque va alors peu à peu glisser vers l’industrialisation, qui lui permet d’accélérer sa mise en forme, réduire son coût tout en conservant voire en amplifiant sa résistance et sa durabilité.




Avion Nieuport 17 avec pales de moteur laquées pour mieux résister aux chocs, armée française, vers 1917



3. La quête de la perfection visuelle


« Les laques prennent tout leur sens dans l’ombre, là où leur brillance profonde capte une lumière atténuée et mystérieuse. » ︎2︎




Vase à offrandes en laque rouge birmane "Hsunok" de la fin du XIXe siècle



a)   “Je veux que ça brille”

Est-ce sa brillance hypnotisante qui fait sa rareté et donc sa préciosité ou bien la chronophagie de sa mise en forme ? Car il semblerait que la laque se soit diffusée pour ses caractéristiques de conservation remarquables avant tout. Pourtant, en parallèle de sa capacité à conserver, beaucoup d’artistes et designers s’en sont emparé pour l’appliquer sur des objets à des fins décoratives. Il y a comme une attraction inconsciente, une fascination étrange de l’œil humain pour cette matière brillante, qui l’a fait évoluer des sarcophages enterrés aux vitrines de nos objets modernes d’art de vivre de luxe. Et ce n’est pas pour célébrer le résultat d’un travail lent et chronophage car beaucoup ne se doutent pas du travail qui  se cache en dessous de 3 mm de laque, végétale comme industrielle. Il semblerait donc que la laque fasse partie des matériaux brillants qui attirent notre curiosité. A la différence de l’or, l’argent ou le bronze qui reluisent plus ou moins uniformément et de manière constante, la brillance de la laque change selon les galbes des objets laqués et leur exposition à la lumière, qui révèlent son unique profondeur.


Si on plonge dans l’histoire de l’art, on remarque que la quasi entièreté des tableaux et icônes du moyen âge représentent des scènes bibliques pour l’Europe, ou des divinités d’Asie avec de l’or. L’or recouvre tous les fonds des tableaux peints ainsi que les statues et les objets liés au sacré. Ainsi, depuis les plus anciennes civilisations tels les égyptiens, le brillant est lié au précieux, et le précieux au sacré. Cette analogie explique en grande partie l’évolution de matériaux qui ont traversé les révolutions industrielles et subsistent toujours, de manière naturelle ou industrielle. Il y a bien dans la laque, des reflets uniques et plus ou moins contrastés selon les techniques qui ont poussé les collectionneurs du 18e à se les approprier jusqu’à essayer de la produire eux même. Ainsi la laque a traversé l’Histoire et ses révolutions industrielles pour aller jusqu’à changer sa composition intrinsèque afin d’essayer de reproduire aisément sa brillance.



Kartell, affiche publicitaire pour les meubles de rangement Componibili, design d’Anna Castelli Ferrieri / catalogue Kartell, Milan, 1970, collection Kartell Museum


b)   Moi aussi je le veux

Autrefois réservée aux artefacts de luxe, la brillance s’associe souvent au kitsch. Le goût pour la brillance de l'orient mythique est devenu le goût populaire et chacun a voulu se l’approprier. Mais pour quelles raisons concrètes avons-nous tendance à aimer ce qui brille? Il y a un étrange désir de possession peut-être lié à l’inconscient. Le documentaire que réalise Hustwit Gary en 2009 Objectified, démontre que les surfaces lisses et brillantes sont devenues vecteurs de désir et de consommation. Cette quête de l’objet brillant bien qu’on ne parle plus forcément d’or ou d’argent, se révèle avec l’industrialisation de la laque qui devient chimique au cours du XXe siècle. Si la laque s’est industrialisée c’est pour répondre à une demande plus qu’un besoin. Cette demande est de rendre sa brillance accessible, de la standardiser afin qu’un maximum de personnes puisse se permettre de la posséder à leur tour. Le brillant devient même un facteur marketing non négligeable qui s’illustre avec la naissance de la Streamline. Les objets doivent être lisses et brillants afin de correspondre à une vision d’objets aérodynamiques. Mais cette quête du brillant sur des objets standards suit elle une volonté d’ergonomie ou plutôt de perfection visuelle ? Un perfectionnisme de la surface lisse et miroitante qui ne s’éloigne pas totalement d’une dimension sacrée. Cette perfection de la surface s’accompagne évidemment d’un rapide désir de possession, qui explique la standardisation exponentielle de la laque végétale et son application sur des objets que tout le monde veut s’offrir. La voiture en est le parfait exemple. L’industrie de la carrosserie est celle qui a le plus conservé la légitimité de son appellation laque. On parle bien de laque industrielle pour les carrosseries automobiles, revêtues dans la plupart des cas d’un mélange de peintures pulvérisées en couches successives, également poncées et vernies. Si l’on choisit la laque pour revêtir les automobiles ce n’est pas au hasard. Ces dernières deviennent de réels objets de parade et de customisation. Le choix de la brillance de la laque n’est pas anodin et justifie les innombrables tests pour industrialiser au maximum sa composition tout en gardant son esthétique unique.



Image de catalogue des mobiliers gonflables Satellite inflatable stool, Quasar Khanh, collection AEROSPACE 1968, objets gonflés qui mettent en valeur leur brillance avec les reflets du soleil et le scintillement de l’eau



c) L'inconscient désir

N’a-t-on pas tous déjà acheté un vêtement, un accessoire, un objet sans fonction car sa brillance ou ses reflets nous ont touchés ? La science attesterait que notre attrait pour les laques, les baumes à lèvres et tout objet scintillant auraient la même origine : un besoin primitif de l’eau. A travers une étude intitulée « Comment la préférence pour le brillant découle d’un besoin inné de l’eau » ︎3︎ et publiée par l’université de Gand dans le Journal of Consumer Psychology, un groupe de chercheurs a révélé la raison qui pousse les individus à aimer tout ce qui brille. Outre l’aspect visuel et culturel, un troisième facteur entrerait en ligne de compte : l’eau, indispensable à notre survie. Une étude datant de 2003 démontre que nourrissons et enfants en bas âge portent à la bouche et lèchent les jouets brillants d’une façon qui rappelle les instincts primitifs du besoin d’eau. Pourtant, les enfants n’ont aucune notion de la richesse. Qu’est-ce qui les pousse dès lors à choisir ce qui brille ? Il est humble de reconnaître que malgré notre sophistication et notre progrès en tant qu’espèce, nous sommes toujours attirés par les choses qui servent à nos besoins innés, dans ce cas, le besoin d’eau. Cette théorie expliquerait pourquoi  les progrès techniques et technologiques suite aux découvertes et aux recherches scientifiques se sont emparés de la chimie pour permettre à la brillance de la laque de subsister.



Tabourets laqués Tip Taps au bord de l’eau, studio Pols Potten




Ponçage dans les bacs de sablage du workshop Hanoïa en banlieue de Hanoï, Vietnam, 2023, stage de fin de DSAA 1, Inès Sviezeny

︎2︎ TANIZAKI Jun’ichirō, Éloge de l’ombre, Paris, Publications orientalistes de France, 1978 [1933].

︎3︎ K. Meert, M. Pandelaere & V. M. Patrick, « Taking a shine to it: How the preference for glossy stems from an innate need for water », ScienceDirect, 27 décembre 2013



Conclusion 


    La laque, étonnante surface miroitante, s’est vue passer d’origine naturelle à industrielle afin de se propager dans nos quotidiens et toucher différents niveaux de vie selon son application. Car la brillance de la laque chimique demeure luxueuse et privilégiée. Même standardisée, elle nécessite de nombreuses d’heures de ponçage manuelles. C’est lorsque j’ai vu ces petites mains à la chaîne plonger et replonger dans les bacs de sablage de la manufacture de laque chimique à Hanoï, que j’ai compris la complexité du travail de ces pièces. Elles dissimulent des centaines de gestes minutieux et répétitifs qu’une machine peine à reproduire. Besoin primitif, quête de rédemption sacrée, envie de luxe et de perfectionnisme, le syndrome de l’objet brillant semble avoir diverses origines qui convergent toutes vers un même objectif. Celui de la quête infinie de la perfection visuelle, qui nous rassasiait, nous rassasie et nous rassasiera encore.   

 

Bibliographie


︎sites


K. Meert, M. Pandelaere & V. M. Patrick, « Taking a shine to it: How the preference for glossy stems from an innate need for water », ScienceDirect, 27 décembre 2013, [En ligne : https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1057740813001150] (consulté le 24 août 2025). ScienceDirectnews.sundanceusa.com

CNRTL, « Laque », CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, s.d. (site consulté sans date précise de publication), [En ligne : https://www.cnrtl.fr/etymologie/laque] (consulté le 24 août 2025). Cnrtl

Wiktionnaire, « laque », Wiktionnaire, s.d., [En ligne : https://fr.wiktionary.org/wiki/laque] (consulté le 24 août 2025). Wiktionnaire

Wikipédia, « Laque », Wikipédia, 2025 (dernière mise à jour récemment), [En ligne : https://fr.wikipedia.org/wiki/Laque] (consulté le 24 août 2025). Wikipédia

Documents d’Artistes, « Ruiz-Vida, repro5 », documentsdartistes.org, s.d., [En ligne : https://www.documentsdartistes.org/artistes/ruizvida/repro5.html] (consulté le 24 août 2025).

Société Chimique de France, « Laque », Société Chimique de France – Produits, s.d., [En ligne : https://new.societechimiquedefrance.fr/produits/laque/] (consulté le 24 août 2025). Société Chimique de France (SCF)

Isabelle Violain, « De la laque au laque », isabelleviolain.com, s.d., [En ligne : https://www.isabelleviolain.com/de-la-laque-au-laque] (consulté le 24 août 2025). isabelleviolain

Musée des Tissus, « (Document PDF) », museedestissus.fr, juillet 2020, [En ligne : https://www.museedestissus.fr/attachment/2020/07/4i383a9Sa9rmRmYeXwGXGNI0fpa1lQ.pdf] (consulté le 24 août 2025).
Tandfonline, « (Article scientifique, résumé) », tandfonline.com, s.d., [En ligne : https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1207/S15326969ECO1503_1] (consulté le 24 août 2025).


︎Ouvrages


BACHELARD Gaston, L’Eau et les rêves, Essai sur l’imagination de la matière, Paris, José Corti, 1942. « C'est près de l'eau que j'ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l'intermédiaire d'un rêveur. »

BUTLER, Judith. Trouble dans le genre, Le féminisme et la subversion de l’identité, traduit de l’anglais par Cynthia Kraus, Paris, La Découverte, 2005

BRUNET, Claire et GEEL, Catherine, Le Design, Paris, Gallimard, 2003

LU Rong et MIYAKOSHI Tetsuo, Lacquer Chemistry and Applications, Amsterdam, Elsevier, 2015

TANIZAKI Jun’ichirō, Éloge de l’ombre, Paris, Publications orientalistes de France, 1978 [1933]



︎Documentaires


PRETELLI Sara, Lacquerware, 2021, « Les artisans réinventent une tradition millénaire. »

STANSIFER Carla, Lacquer – Korea’s Brilliant Art, documentaire, s.d. discours sur la brillance comme héritage culturel
WASHIZU Toshi, Bone, Flesh, Skin – The Making of Japanese Lacquer, 1987 (remasterisé 2018).


︎Films

HUSTWIT Gary, Objectified, documentaire, 2009.


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Expérimentation scannées de pièces de quincaillerie usinées thermolaquées et scannéees




Table basse PODS en tôles d’acier thermolaquées et quincaillerie thermolaquée

Thermolaquage après polymérisation dans les fours industriels du partenaire de diplôme PEINTEBOX

Expérimentations de thermolaquage sur pièces métalliques industriels de la ferraillerie AMRS